ven 06 février 2026 - 11:02

D’où je viens ? Qui je suis ? Où vais-je ?

Je ne peux tout d’abord m’empêcher de faire une petite malice, comme dit un frère célèbre de ma loge, car ce thème m’a immédiatement fait pensé à notre Frère Pierre Dac qui a répondu avec humour : « Je suis moi, je viens de chez moi et j’y retourne… ». Plus sérieusement, passé cet instant de détente, j’ai réfléchi sur ce qu’évoquaient pour moi ces trois questions et surtout ce qui pouvait aider nos jeunes apprentis à appréhender ce qu’ils ont vécu récemment.

D’où je viens ? Sortant de la matrice maternelle, le nouveau né ne vie effectivement que lorsque le souffle initial rempli ses poumons et active ainsi toutes les fonctions qui vont animer son enveloppe humaine tout au long de son existence jusqu’à « son dernier souffle », comme on dit, qui le fera passer à l’Orient Éternel. Dans ce contexte, peut-on rapprocher et considérer que le « Verbe » au prologue de St Jean serait ce souffle qui est à l’origine de la création ? Le Maître reconnaît la Parole (le Verbe, le souffle) comme étant la vie et donnant la Lumière. C’est la nature créatrice du travail maçonnique.

 Nous tentons de réaliser, « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu ».

En Franc-maçonnerie, il s’agite de cette matrice aussi que l’on retrouve symboliquement le jour de notre initiation lors de l’épreuve de la terre. Notre voie Initiatique commence par la Terre, au plus profond de nous-mêmes, de nos entrailles, dans le cabinet de réflexion. Là, on peut prendre conscience de son « petit moi », celui qui nous donne tant d’orgueil, cet orgueil que l’on ne ressent pas facilement mais qui nous empêche de faire jaillir l’étincelle Divine, la petite graine qui est en nous.

Qui suis-je ? Le miroir

« Connais toi toi-même et tu connaîtras l’Univers et les Dieux ! », SOCRATE n’a-t-il pas donné une bonne réponse à la question. Qui suis-je ? D’où viens-je ? Où vais-je ? Telles sont les trois questions fondamentales que se pose l’être humain, depuis la nuit des temps. Un des buts de l’initiation est de donner au néophyte les outils lui permettant, par son travail et sa méditation, de répondre à ces trois questions. En d’autres termes, l’initiation vise à favoriser les possibilités de réalisation de tout être qui a la volonté de travailler à l’épanouissement harmonieux de ses potentialités physiques, émotives, intellectuelles, voire même spirituelles. Être initié, c’est renaître autrement à soi-même, changer sa perspective, afin de prendre conscience non seulement des apparences qui nous entourent, mais également de la nature profonde des choses.

C’est pourquoi la cérémonie de la réception fait vivre au candidat une série de mises en situation, qui visent à frapper son imagination, à l’extraire de son quotidien, afin de l’amener à se poser les questions fondamentales dans une recherche de la Vérité, de sa propre vérité intérieure. D’où l’utilisation abondante des symboles dont le pouvoir évocateur a pour but de générer une réflexion profonde au niveau de son subconscient tout d’abord, puis de sa conscience.

C’est le début du chemin, la mise en route. À partir de là va commencer le véritable travail maçonnique. Il est individuel et nécessite effort et persévérance. C’est un cheminement dynamique, des remises en question quotidiennes, un état d’instabilité souvent inconfortable, mais nécessaire à l’éveil de la conscience.

En d’autres termes, voilà ce que représente l’action de « polir sa Pierre ». Sans un tel travail, toute initiation demeure vaine.

Être reflet, Être miroir, bien, mais qui suis-je aujourd’hui ?

« Miroir Oh miroir ! Dis moi encore et encore…si je suis la plus belle ? »

J’imagine que notre Frère Walt Disney a glissé cette phrase à dessein dans la bouche de la reine maléfique. La réponse du miroir est sans équivoque. Ce dernier ne peut dire que la Vérité (je l’écris avec un V majuscule) ; il ne voit que le cœur et l’âme pure de Blanche Neige. Lors de l’épreuve du miroir on m’a fait arracher le voile qui me cachait mes propres défauts pour m’apprendre à me connaître moi-même. A ce moment, il ne s’agit pas évidemment pour moi de regarder mon aspect physique, mais de comprendre que je dois apprendre à voir ce que je suis « dans les replis de mon cœur ».

L’abandon des métaux, leur rejet, je l’avais ressenti comme un des moyens explicites ou plutôt, peut-être, comme l’un des multiples outils nécessaires pour parvenir à un but…celui, dans cette nouvelle étape que j’amorçai, celle de me voir tel que je suis. Et c’est bien pour acquérir la force d’avancer sur ce parcours dont le but est incertain, qu’il faut un vrai désir de sagesse pour l’entreprendre, puis du courage pour avancer chaque jour un peu plus mais sans découragement dans la souffrance ressentie dès les premiers échecs.

Il faut avoir le courage de remettre à son juste niveau notre image sociale, c’est-à dire à terre comme les métaux que nous abandonnons en entrant dans le Temple. Le miroir nous enseigne que le véritable guide n’est pas à chercher parmi les autres hommes. Il est au plus profond de chacun d’entre nous. Il y a la beaucoup de similitude avec l’enseignement de Jésus Christ. La Tradition rapporte que la Vérité est tel un miroir qui, tombé du ciel, se brisa en milliers de morceaux.

Les hommes en recueillirent chacun un éclat et crurent détenir la Vérité. L’expression « rassembler ce qui est épars » trouve ici une nouvelle acception. N’est-ce pas en assemblant nos morceaux que nous tendons vers la Vérité, tout en gardant à l’esprit qu’il en manque toujours un bout ? Notre quête nous amène toujours plus loin au fond de nous même.

Enfin, Où vais-je ?

Tout initié doit abandonner tout ce qui relève du particulier pour entrer dans l’universel. Le maçon qui a travaillé sur lui-même et sur les symboles a découvert puis compris les lois et les correspondances qui existent entre le microcosme et le macrocosme, ce qui conduit de la connaissance de ce qui est visible à la Connaissance de ce qui est caché.

La véritable initiation apporte la réponse à celui qui se pose les bonnes questions, c’est-à-dire, qui suis-je ? ou bien qu’est ce que l’homme ? Le produit d’une chute originelle avec pour mission de recouvrer sa vraie nature, celle qui était sienne avant que le monde ne soit souillé, avili, avant qu’une partie de la première lumière ou de la première manifestation ne se trouvât dégradée par la volonté céleste.

La régénération peut s’accomplir. Elle commence quand l’homme a accédé au statut d’Homme universel, finalité ultime du travail devant être accompli. Lorsque l’âme individuelle conditionnée et donc relative a évoluée à l’âme Universelle. (Quantique)

Dans ce contexte, le maçon n’éprouve plus d’appréhension face à la mort ; son mental et le monde de ses illusions ayant été vaincus, il demeure face au réel à la manière d’un animal car l’animal qui vit sans connaître la mort. En fait, nous mourons en permanence, à tout instant, puisque chaque journée qui s’écoule voit des cellules mourir et des neurones disparaître par milliers de notre corps mais nous ne le sentons pas. Ceci s’effectue inexorablement, malgré nous, alors on n’y prête guère attention, mais la mort accomplit son travail.

Parallèlement, à cette avancée progressive vers la mort physique de la matière, le Cherchant chemine sur la voie de la vie absolue.

Au contraire du corps de chair qui, comme tout ce qui est conditionné, ne peut s’avérer réel, je cite Goethe « notre esprit est une entité d’une nature absolument indestructible qui continue son action d’éternité en éternité ». Il y a en effet au plus profond de chaque corps, une substance pure, un principe de vie incorruptible.

La substance de l’homme était primitivement composée de trois parties de lumière et d’une de matière ; après la chute, le corps reçu trois parties de matière et une partie de lumière.

La régénération s’opérera alors par la permutation des trois parties de matière en trois parties de lumière ; tel sera le corps transfiguré…il faut donc nous débarrasser des chaînes de la chair. C’est certainement le message que nous a laissé maître Hiram par delà sa sépulture. La chair quitte les os, le mot mystérieux qu’il faudra prononcer avant de rendre notre dernier souffle pour accéder à l’univers de la déité et de la libération possible.

Nous allons doucement au terme de notre vie matérielle.

Que sommes-nous dans l’univers ? Accepter la question, avoir des doutes c’est se préparer à faire une démarche initiatique. C’est le doute permanent qui est à mes yeux notre moteur et qui fait que nous devrions toujours rester en dehors de tout dogme.

C’est aussi pour ce qui concerne notre obédience, croire en un principe créateur. La démarche initiatique, c’est croire à un univers ordonné et en chercher au fond de nous la « Vraie Lumière » la Loi Sacrée.

Cette démarche est difficile à parcourir en solitaire. Nous en avons tous tenté l’expérience. Et très vite confronté à nos propres limites nous avons tourné en rond. La démarche initiatique est une aventure individuelle qui se vit en communauté ; c’est pourquoi nous sommes en ce lieu ce soir.

C’est cette aventure commune, partagée, qui fonde notre fraternité. Nous enrichissons notre propre construction avec l’aide de toutes nos sœurs et frères.

La bible qui figure à l’Orient est aussi un formidable outil. Elle représente l’expression même du cheminement humain. Elle est le résultat en effet de l’enrichissement mutuel que les hommes ont réalisé au travers de ces textes, elle est la base de nos rituels.

La Franc-maçonnerie ne dévoile ni secret ni recette : on les déduit soi-même, en fonction de sa personnalité, de sa réflexion sur le symbolisme et par le contact avec les autres membres de la loge, de la réflexion partagée, qui n’impose pas de doctrine, mais qui est un long apprentissage. C’est là précisément la fonction d’un Ordre Initiatique comme le nôtre.

Cela implique que l’être humain porte en lui ce « Divin » et que l’Initiation tend à permettre d’atteindre une réalisation spirituelle, une redécouverte d’un état divin qui a précédé la Chute, à permettre la Réintégration finale de l’être humain dans son essence dans le tout, dans le « UN ».

Enfin, le travail intérieur par lequel ce développement sera réalisé graduellement, faisant passer l’être d’échelon en échelon à travers les différents grades de la hiérarchie initiatique, en ce qui nous concerne les 33 degrés du REAA, pour le conduire vers une véritable transformation de l’individu, son épanouissement, l’acquisition de niveaux de conscience, plus modestement de permettre à toute femme, à tout homme de devenir un « autre », un être véritable, c’est-à-dire de découvrir en elle, en lui ce qui est sagesse, force et beauté, de découvrir sa propre spiritualité.

 Être un vrai franc-maçon n’est pas à la portée de tous, certains croient l’être, et ne se posent même pas la question de savoir ce qu’ils ont amené à l’Ordre dont ils revendiquent l’appartenance ! Cette phrase du rituel : « Amener au dehors »… n’est pas une phrase anodine, mais une injonction à diffuser au dehors : « l’œuvre commencée dans le Temple ». Ils ont trop souvent oublié leur véritable « devoir » d’initiés au profit de leur ego. Combien de profanes ais-je approché ? Quels services ais-je apporté à la collectivité ? Transmettre aux autres est aussi un devoir. C’est aussi cela le parcours initiatique…et l’appartenance à un Ordre !

Chaque homme est une lettre. Le livre tout entier de l’humanité sera écrit lorsqu’il ne manquera aucune lettre.

Chaque homme a l’obligation d’écrire sa lettre, de laisser une trace dans ce monde, de s’écrire, c’est à dire de se créer.

1 COMMENTAIRE

  1. Désolé, mais Walt Disney n’a jamais reçu la lumière et ne peux bénéficier du titre intéressant de Frère.
    Juste un bon et loyal membre du DeMolay…

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Christian Belloc
Christian Bellochttps://scdoccitanie.org
Né en 1948 à Toulouse, il étudie au Lycée Pierre de Fermat, sert dans l’armée en 1968, puis dirige un salon de coiffure et préside le syndicat coiffure 31. Créateur de revues comme Le Tondu et Le Citoyen, il s’engage dans des associations et la CCI de Toulouse, notamment pour le métro. Initié à la Grande Loge de France en 1989, il fonde plusieurs loges et devient Grand Maître du Suprême Conseil en Occitanie. En 2024, il crée l’Institution Maçonnique Universelle, regroupant 280 obédiences, dont il est président mondial. Il est aussi rédacteur en chef des Cahiers de Recherche Maçonnique.

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