Ah, la Franc-maçonnerie ! Ce noble art royal, où l’on taille la pierre brute pour édifier un temple intérieur, tout en veillant à ce que le temple extérieur – comprenez la loge – ne manque de rien. Mais voilà, en ces temps de crise économique qui s’éternise comme un rituel mal préparé, un constat amer s’impose : pendant que vos frères et sœurs peinent à boucler les fins de mois, les troncs de la veuve débordent et les comptes bancaires des loges ronronnent comme un chat repu.
Permettez-moi de vous conter cette histoire avec un zeste d’humour, car rire de nos travers est parfois le meilleur moyen de les corriger. Après tout, n’est-ce pas l’esprit maçonnique que de transformer le plomb en or ? Ou, dans ce cas, l’or dormant en actions fraternelles.
Imaginons la scène : la France, berceau de la Révolution et de la Franc-maçonnerie moderne, abrite environ 4 000 loges maçonniques, un chiffre qui fait tourner la tête comme un compas mal calibré. Certaines de ces loges, au fil des ans, ont accumulé des dizaines de milliers d’euros – parfois plus – issus des contributions modestes mais sincères au tronc de la veuve, sans oublier les excédents des comptes bancaires grâce aux capitations.

Multipliez cela par 4 000, et vous obtenez plusieurs millions d’euros qui sommeillent paisiblement, bien au chaud dans des coffres ou des placements prudents. C’est une fortune collective, fruit de la générosité fraternelle, destinée en théorie à soutenir les veuves, les orphelins et les frères dans le besoin… et pourquoi pas des profanes dans le besoin ? Mais voilà, la réalité est plus prosaïque : une gestion saine et prudente préconise de conserver une à deux années de fonctionnement en réserve, pour parer aux imprévus – comme nous l’avons vu lors de la pandémie de Covid, où les loges ont dû s’adapter en un clin d’œil maçonnique. Jusque-là, rien à redire ; c’est de la sagesse pure, digne d’un vénérable maître.
Mais pourquoi, grands dieux (ou Grand Architecte, selon le rite), thésauriser cinq à dix ans de budget d’avance ? C’est comme si un apprenti stockait assez de pierres pour bâtir dix temples, tout en laissant ses outils rouiller.
Cela signifie tout simplement que, chaque année, les frères et sœurs paient une capitation inutilement.
Imaginez : avec ces réserves, on pourrait exonérer tous les membres du paiement pour l’année en cours ! En cette période de crise, où l’inflation galope plus vite qu’un cheval au galop symbolique, chacun trouverait un moyen de faire des économies personnelles – payer les factures, offrir un cadeau à la famille, ou même investir dans un bon livre sur les symboles maçonniques. Au lieu de cela, je connais des loges déjà riches qui augmentent le montant de la capitation. Une aberration qui frôle la stupidité, diront les cyniques. C’est comme si un trésorier, face à un coffre plein, décidait d’ajouter une serrure supplémentaire au lieu de partager la clé.
Humour noir : peut-être craignent-ils une invasion de profanes jaloux de nos mystères financiers ?
Prenez l’exemple d’une loge parisienne que je connais bien : son vénérable maître a récemment mis au vote l’idée de suspendre les capitations pour un an, grâce aux réserves accumulées.

Croyez-vous que les membres refuseront ? Il faudrait être idiot pour continuer à remplir un bas de laine dormant, alors que chacun traverse une crise économique qui nous fait tous ressembler à des apprentis face à une pierre particulièrement récalcitrante. Non, ils voteront oui, avec l’enthousiasme d’un compagnon découvrant la lumière. Et pourquoi pas ? C’est l’occasion de redonner du sens à la fraternité : au lieu de thésauriser comme des écureuils maçonniques prévoyant un hiver éternel, utilisons ces fonds pour des actions concrètes.
Une autre idée, plus audacieuse encore, serait de se réunir pour mutualiser ce capital dormant et investir dans une action profitable pour la société. Imaginez des loges unissant leurs forces pour financer un projet humanitaire, une bourse d’études pour les enfants de frères défunts, ou même une initiative écologique – après tout, la Franc-maçonnerie n’est-elle pas censée éclairer le monde profane ?
Combien de loges connaissez-vous qui ont participé à ce genre de projet ? Pour ma part, aucune et c’est bien dommage.
À l’heure où chacun s’interroge sur l’utilité opérative de l’Art royal, voilà un premier pas qui nous ferait sortir de l’entre-soi des petits retraités qui viennent ronronner sur les colonnes deux fois par mois. Humour à part, n’est-ce pas un peu comme si nous étions des gardiens de trésors oubliés, préférant polir nos maillets plutôt que d’agir ? La Franc-maçonnerie, avec ses idéaux de fraternité et d’égalité, pourrait être un modèle pour la société, au lieu de ressembler à une banque occulte où l’argent dort mieux que dans un lit à baldaquin.
Vous savez ce qui vous reste à faire maintenant… Regarder un reportage animalier sur la famille des Trochilidae, plus communément connue sous le nom de colibri

Ces minuscules oiseaux, avec leur battement d’ailes frénétique, symbolisent l’action modeste mais collective qui change le monde – une goutte d’eau après l’autre pour éteindre l’incendie. Au passage, saluez pour moi votre vénérable maître et votre trésorier : dites-leur que, dans la grande chaîne d’union, il est temps de transformer les réserves en actes, avant que la crise ne nous transforme tous en profanes désillusionnés.
En conclusion, chers frères et sœurs, ce sujet grave nous invite à une réflexion profonde, mais avec un sourire en coin : la Franc-maçonnerie n’est pas un club d’épargne, mais une fraternité vivante. En gérant nos ressources avec sagesse et générosité, nous pourrions non seulement soulager nos membres, mais aussi rayonner au-delà des temples.
Après tout, si nous pouvons aligner les étoiles symboliques, aligner nos budgets devrait être un jeu d’enfant. À vos maillets, prêts, agissez !
