sam 24 janvier 2026 - 13:01

Le désir mimétique selon René Girard : synthèse, analyse et adaptation maçonnique

Épisode 1/5

Le désir mimétique, théorie phare de l’anthropologue et philosophe français René Girard (1923-2015), éclaire les mécanismes profonds de nos choix et comportements humains. Inspirée d’une lecture attentive de la littérature et des mythes, cette théorie postule que nos désirs ne sont pas innés ou autonomes, mais imités d’autrui. Le texte fourni – une transcription vulgarisatrice, probablement issue d’une vidéo éducative – en offre une introduction accessible : « tout le monde sait que vivre sa vie c’est faire des choix mais comment choisissons-nous pourquoi ceci est pas cela René Girard nous a donné une réponse simple appelée le désir mimétique ».

Ce récit met en lumière l’illusion d’autonomie dans nos décisions, révélant l’influence inconsciente des « modèles » que nous admirons. Dans cet article, nous synthétiserons et analyserons les travaux de Girard, avant de les mettre en lien avec la Franc-maçonnerie. Enfin, nous étudierons ce texte en le transformant en une « carte » symbolique – une clé initiatique – pour explorer comment la Maçonnerie transcende les pièges du mimétisme.

Synthèse des travaux de René Girard

René Girard

René Girard, formé à l’École des Chartes et émigré aux États-Unis en 1947, a développé sa théorie à travers une carrière de professeur de littérature. Son œuvre commence avec Mensonge romantique et vérité romanesque (1961), où il analyse des romanciers comme Cervantes, Stendhal ou Proust pour démontrer que le désir est « triangulaire » : non une ligne droite du sujet à l’objet, mais mediée par un « modèle » dont on imite le désir. Le sujet ne veut pas l’objet pour ses qualités intrinsèques, mais parce que le modèle le désigne comme désirable. Girard distingue deux médiations : externe (modèle distant, comme un héros mythique) et interne (modèle proche, menant à la rivalité). Dans La Violence et le Sacré (1972), Girard étend cette idée à l’anthropologie : le désir mimétique engendre des crises de rivalité, où les imitateurs deviennent doubles symétriques, jaloux et violents.

Pour résoudre ces crises, les sociétés primitives recourent au « mécanisme victimaire » : un bouc émissaire innocent est sacrifié, canalisant la violence collective et restaurant l’harmonie temporairement. Les mythes masquent cette culpabilité en dépeignant la victime comme coupable.

Enfin, Des choses cachées depuis la fondation du monde (1978) intègre une dimension théologique : le christianisme révèle l’innocence de la victime (Jésus), brisant le cycle mimétique par l’amour et le pardon, plutôt que la vengeance. Girard synthétise ainsi une anthropologie unitaire : l’imitation explique désir, violence, sacré et religion. Ses idées, influencées par Lévi-Strauss et appliquées à la Bible ou aux tragédies grecques, forment une « fusée à trois étages » : désir mimétique, crise violente, résolution sacrificielle.

Analyse des travaux de René Girard

La force de Girard réside dans sa critique du « mensonge romantique » : l’illusion d’un désir autonome, libre et original, masque notre dépendance aux autres. Analysant la psychologie humaine, il montre comment le mimétisme, utile pour l’apprentissage, dégénère en rivalité quand les différences s’effacent : « Seuls des semblables peuvent s’envier ».

Cela explique les conflits sociaux, jalousies et violences collectives, des mythes antiques aux génocides modernes. Girard dépasse le structuralisme en posant le désir comme « sans sujet ni objet » : il est pure imitation, menant à des doubles interchangeables dans une « rivalité mimétique ».

Son analyse théologique est controversée : en voyant le Christ comme subversion du sacré archaïque, il propose une « sagesse mimétique » rivale de la philosophie traditionnelle. Des critiques, comme Jean-Luc Marion, questionnent la fermeture sur la violence, suggérant des ouvertures dans le désir d’être au-delà de l’objet. Néanmoins, Girard offre une clé universelle pour comprendre les crises humaines, des réseaux sociaux aux guerres.

Liens avec la Franc-maçonnerie

La pensée de Girard résonne profondément avec la Franc-Maçonnerie, comme l’illustrent des analyses maçonniques récentes. Le mythe d’Hiram – architecte du Temple de Salomon assassiné par trois compagnons jaloux – incarne le désir mimétique : les assassins, imitant le désir de connaissance supérieure d’Hiram, sombrent dans la rivalité et la violence. Hiram devient bouc émissaire, sacrifié pour restaurer l’harmonie, mais la Maçonnerie le réhabilite comme martyr innocent, aligné sur la révélation girardienne du Christ.

Les rituels maçonniques transforment ce mécanisme : le sacrifice symbolique (abandon de l’ego, « pierre brute » polie) rompt les cycles mimétiques par l’introspection et la fraternité. La chambre de réflexion, avec ses symboles mortuaires, invite à un renoncement intérieur, canalisant la violence potentielle vers une renaissance spirituelle. Contrairement aux sociétés primitives, la Maçonnerie critique la violence en promouvant l’inclusion : la chaîne d’union symbolise un sacrifice collectif pour l’harmonie, écho à l’amour girardien.

Des discours anti-maçonniques historiques, vus comme persécutions, illustrent le bouc émissaire girardien, renforçant l’actualité de cette lien.

La Franc-maçonnerie : une carte initiatique

Avec son ton pédagogique, le texte de Girard se prête à une adaptation maçonnique. Nous le réécrivons comme une « carte » symbolique – une clé rituelle – où le désir mimétique guide l’initiation, transformant l’imitation rivale en mimésis fraternelle. Tout le monde sait que vivre sa vie maçonnique, c’est faire des choix : mais comment choisissons-nous ? Pourquoi ce rite plutôt que cet autre ? René Girard nous a donné une réponse simple, appelée le désir mimétique. On a l’habitude d’expliquer que notre choix initiatique est rationnel, dépendant du symbole ou de ses qualités intrinsèques. On prétend choisir de manière personnelle, autonome, selon notre propre voix intérieure, sans influence des Frères. Eh bien non ! En étudiant la littérature et les mythes, Girard montre que certains grands symboles révèlent un processus profond de notre psychologie : l’imitation règne sur tous nos comportements, y compris sur nos désirs maçonniques.

Il découvre alors l’importance du modèle – celui que nous admirons, comme le Maître ou l’Hiram idéal, et à qui nous voulons ressembler. Nous ne faisons qu’imiter un modèle attirant, et inconsciemment ou non, nous calquons nos choix sur les siens. Il peut être aussi bien un Grand Maître historique que nous n’avons jamais rencontré, ou bien le Frère que nous côtoyons en Loge tous les jours.

L’homme prend ses besoins, mais ne sait pas le vent de ses désirs initiatiques. Il se tourne vers les autres Maçons pour se décider. Au lieu d’être directs et autonomes – « Je veux ce grade » – notre désir est triangulaire : je veux ça, parce que mon modèle le veut. C’est le désir mimétique. Par exemple, on va suivre des Vénérables pour choisir nos outils symboliques. Nous imitons toujours, mais nous ne voulons pas savoir pourquoi, car nous nous croyons autonomes.

Mais alors, qui sont ces modèles en Maçonnerie et peut-on les choisir ? Suite à la prochain Tenue…

En conclusion, la théorie de Girard, enrichie par ces liens maçonniques, invite à une vigilance éthique : reconnaître nos imitations pour choisir des modèles éclairés, transformant le désir en quête de lumière.

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Erwan Le Bihan
Erwan Le Bihan
Né à Quimper, Erwan Le Bihan, louveteau, a reçu la lumière à l’âge de 18 ans. Il maçonne au Rite Français selon le Régulateur du Maçon « 1801 ». Féru d’histoire, il s’intéresse notamment à l’étude des symboles et des rituels maçonniques.

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