Article proposée par Lucène Ophiucus
Elle fut la victime sacrifiée lors des massacres de 1792 en France pour son attachement à la monarchie et au couple royal. Mais aussi une figure de la Franc Maçonnerie en tant que Grande Maitresse de toutes les loges d’adoption féminines Ecossaises régulières de France après un engagement commencé à 28 ans à Paris.
Une origine aristocratique italienne et une amitié royale
Princesse de la branche cadette de la famille royale de Piémont-Sardaigne, Marie-Thérèse Louise de Carignan-Savoie, princesse de Lamballe, (1749-1792) devient française par son mariage, en 1767, à l’âge de 17 ans, avec Louis-Alexandre de Bourbon-Lamballe (1747-1768), fils très débauché du très pieux et très charitable duc de Penthièvre, lui-même prince du sang, fils de Louis de Bourbon, comte de Toulouse, bâtard légitimé de Louis XIV.

Le duc de Penthièvre, richissime aristocrate, restera son protecteur bienveillant, conscient que la jeune femme a eu une vie de couple affligeante avec son fils volage, libertin et mort de la syphilis. Devenue veuve, sans descendance et attristée par cette alliance sans le bonheur promis lorsqu’ elle a quitté sa famille italienne, le Duc eut à cœur de l’introduire à la cour de Louis XV. Elle y noue une amitié solide et fidèle avec Marie Antoinette d’Autriche. En effet en 1770, le jeune dauphin Louis-Auguste épouse cette archiduchesse. Présente au mariage célébré au château de Versailles, les deux jeunes femmes font ainsi connaissance. Elle a vingt-et-un ans, Marie-Antoinette presque quinze.
À compter de l’année 1771, la princesse se montre de plus en plus souvent à la cour et la dauphine voit en elle une alliée sûre et une amie sincère. Le roi Louis XV étant mort le 10 mai 1774, Marie-Antoinette devenant reine de France, pour que la princesse Lamballe reste proche, la reine demande à son mari Louis XVI, que la princesse soit nommée Surintendant de la maison de Versailles. Une fonction qui attire alors à la princesse beaucoup de jalousies mais qui va démontrer vite qu’elle ne possède pas les épaules d’un chef d’entreprise pour assurer les tâches importantes liées à cette charge. Qu’importe, la jouissance d’un appartement au château va avec la charge et lui évite le retour en carrosse à Paris !
L’amitié fidèle à la reine de France Marie Antoinette jusqu’au sacrifice

Devant le contexte social effervescent, durant l’été et l’automne de 1791, la princesse de Lamballe émigre, par prudence en Allemagne et réside à Aix-la-Chapelle. Mais à l’appel de son amie, la reine, elle revient en France pour la soutenir. D’abord emprisonnée avec Marie Antoinette aux Tuileries, la princesse est incarcérée, à la prison La Force, le 10 août 1792 rejoignant 212 prisonnières. Alors même que les autres femmes sont relâchées, la princesse de Lamballe, elle, est traduite devant le tribunal populaire, pour y être interrogée.
Au tribunal, elle est jugée trop proche de la reine et suspectée d’être impliquée dans les affaires d’État. Après que le juge a prononcé la phrase « qu’on élargisse madame ! », le terme ambigu signifiant soit sa libération, soit sa mise à mort, deux hommes la prennent, la font sortir du greffe et elle tombe comme une proie pour une foule de révolutionnaires en colère. Assassinée ce jour du 3 septembre 1792, son cadavre est décapité et sa tête promenée au bout d’une pique, jusqu’au Palais Royal. Le corps et la tête amenés vers 19 heures à la section des Quinze-Vingts sont enterrés, en début de nuit, au cimetière des Enfants trouvés.
Cet épisode très sombre de la Révolution française a fait de la princesse de Lamballe une victime expiatoire de la rage populaire et une réprobation de la vindicte du peuple parisien.
L’adhésion à la Franc Maçonnerie féminine dans les loges d’adoption de la Princesse de Lamballe

Douce, bonne, obligeante, la princesse Lamballe est entrée sans difficulté dans la Franc-maçonnerie en 1777 présentée dans la loge d’adoption « La Candeur », avec recommandation de son illustre beau-père. Il faut dire que l’entrée en loge obéit à cette époque à une logique de caste. La volonté est d’associer à des loges maçonniques masculines des loges d’adoption pour permettre à des femmes de la noblesse exclues des institutions politiques et militaires, de trouver en ces loges d’adoption un nouveau lieu de sociabilité. En première ligne pour les fréquenter se trouvent en proximité et en lien de parenté des princesses de sang dont la Princesse de Lamballe.
En 1781, elle devient la Grande Maîtresse de toutes les loges d’adoption féminines Ecossaises régulières de France, reconnues par Le Grand Orient de France. Un titre qu’elle gardera jusqu’à son arrestationavecle prestige reconnu dans le milieu maçonnique.

En effet, des loges huppées, comme La Candeur et la Loge de Saint Jean du Contrat Social (dont Madame de Lamballe est après son initiation, devenue rapidement la Grande Maîtresse), maintiennent l’entre-soi nobiliaire en organisant des manifestations culturelles diverses et des divertissements pour ses membres. Ces manifestations sont le prolongement des quelques tenues maçonniques : ce sont des bals, des concerts, le théâtre, et les réunions d’échanges sur les idées du siècle qui permettent à des sœurs et des frères d’y être « sans gêne » dans une visibilité publique… En même temps qu’elle favorise la cohésion et l’harmonie du groupe, cette expression de sociabilité et de respectabilité, est censée prouver l’utilité de la franc-maçonnerie, à la fois aux yeux des pouvoirs aristocratiques et du « monde profane » de la haute bourgeoisie. Par leur présence dans les loges d’adoption, les femmes propagent leur goût pour les débats et les échanges nouvelles des idées. Une nouvelle attitude féminine se remarque car dans leur activité maçonnique, les Dames initiées investissent beaucoup de temps et d’argent…

Ainsi la princesse de Lamballe à Paris, après le retour de la famille royale à Paris, en octobre 1789 n’hésite pas à tenir un salon contre-révolutionnaire, ses idées restant fermement attachées à la légitimité de la monarchie et au couple royal. Effectivement la Franc Maçonnerie dont elle est devenue une personne de premier plan reconnue par les loges d’adoption, ne prône pas les notions de liberté et d’égalité des classes sociales. Mais un tel prisme de vue n’annule pas un intérêt à considérer comme importants des problèmes liés à la pauvreté ou à l’éducation ou à la santé pour justifier s’il y a lieu, différents projets envisagés par les membres des loges féminines sur le territoire. Même si à l’examen de leurs comptes, les aides financières aux plus démunis sont restées bien inférieures aux dépenses pour l’organisation des bals, des concerts, des fêtes, des spectacles… il n’en demeure pas moins un changement : l’aide de bienfaisance « coutumière » aux nécessiteux n’était plus du monopole de l’Eglise.
Les loges féminines de cette époque se mêlent également d’ésotérisme, de mysticisme : ainsi n’échapperont pas à la curiosité de la Grande Maitresse de toutes les loges Ecossaises, le Rite Egyptien de Cagliostro et celles de l’Ordre de l’Harmonie, (une organisation paramaçonnique fondée par le magnétiseur et stupéfiant Mesmer, qui innove dans les moyens de lutte contre des maux de santé)
Autre exemple dans la loge La Candeur que la Princesse a assurément fréquentée, un rituel particulier s’appliquait pour gérer la tenue des Franc Maçonnes car il s’agissait d’assurer à toutes « « les conditions d’une liberté à cultiver dans le cœur et dans l’esprit » (comme l’atteste un de ses procès-verbal conservé). La Candeur qui fonctionnait comme une loge-mère, comme a pu le faire, semble-t-il, la loge de Saint Jean du Contrat Social avec les loges féminines Ecossaises régulières de France, délivrait des patentes, et imprimait ses rituels pour les expédier à ses loges-filles. De l’avis des historiens de la Franc Maçonnerie, ces textes ont une véritable teneur symbolique qui sous-tend, au moins de manière implicite un discours qui anticipe le féminisme moderne, concept encore inconnu à cette époque.
Dans la ville de Lamballe, ceci précisé pour la petite histoire, La Loge LA PRINCESSE DE LAMBALLE est née à l’Orient de cette ville le 21 octobre 6006 (2006 de notre ère profane). Elle était à l’origine affiliée à la GLNF. Elle est, depuis, affiliée à la GLA-MF où elle a été consacrée le 28 avril 2012. Elle porte le numéro distinctif 372. La loge travaille au rite écossais ancien et accepté. Elle fait partie de la franc-maçonnerie régulière ce qui permet aux Frères de la Loge de pouvoir voyager et être accueillis dans toutes les loges du monde entier pour autant qu’elles soient également des loges régulières. La loge se réunit le 1er jeudi de chaque mois à l’Orient de LAMBALLE. Madame de Lamballe n’est jamais venue dans cette ville mais elle a son portrait exposé à l’Hôtel de Ville et son nom définitivement associer aux travaux de frères Maçons.
Sources
- « Francs- maçons et Franc Maçonnes, dont le génie a éclairé le monde », Irène Mainguy, Collection Dervy 2025, page 50 La princesse de Lamballe.
- « Mesmer, magnétiseur stupéfiant » France Culture, Concordance des Temps
