Le 24 juin 2025, jour de la Saint-Jean, 450.fm choisissait une date hautement symbolique pour relayer l’annonce de la création, par la Grande Loge de France (GLDF), d’un Observatoire de l’antimaçonnisme.

Dans la tradition johannique, la Lumière n’est pas un décor. Elle est une exigence. Et lorsqu’un ordre initiatique affirme publiquement qu’il va documenter, qualifier et combattre la haine qui le vise, il fait davantage qu’un geste institutionnel : il pose une pierre de protection pour l’ensemble de la chaîne fraternelle.

Notre article rappelait alors l’ambition de cet Observatoire
Un outil de veille et de dialogue, avec un lancement officiel annoncé pour l’automne 2025, lors d’une réunion de préfiguration réunissant obédiences – presque toutes avaient répondu présent –, chercheurs, élus et société civile. Il y était aussi précisé que l’Observatoire serait dirigé par Henri Hauterville, Grand Maître Honoris Causa. Et par ailleurs ancien directeur adjoint des renseignements généraux de Guyane, the right man in the right place soit l’homme qui convient au bon endroit).
Or, nous voici en janvier 2026 et une question devient peu à peu lancinante :
qu’en est-il de cette création ?
Où sont la charte, la méthode, les premiers bulletins, le “baromètre”, la cartographie des attaques et des narratifs, l’adresse de signalement, la doctrine de riposte ferme et sereine ? L’Observatoire a été annoncé comme un passage “de la parole à l’action”. Dont acte. Nous ne pouvons qu’en attendre un dispositif lisible.

Un silence de communication… ou un temps de consolidation ?

Sachant que l’antimaçonnisme, lui, ne fait pas de pause…
L’alternance à la Grande Maîtrise a-t-elle retardé les choses, en réaménageant les urgences et les priorités ? Nous espérons seulement que le dossier ne glisse pas, doucement, dans l’oubli, même si tous les jeux ne sont pas faits et que d’autres Obédiences se préparent à relever le gant, en organisant notamment au printemps un grand colloque sur le thème. La Rédaction n’en a pas moins écrit au Grand Maître Jen-Raphaël Notton pour recueillir son éclairage sur ce point. Nous ne manquerons de partager sa réponse avec nos lecteurs, quand elle nous parviendra.

L’antimaçonnisme mute, se numérise, s’industrialise : vieilles légendes noires, nouveaux algorithmes. Et 450.fm pointait déjà, dès le 8 juin 2025, cette résurgence sous des formes contemporaines, entre militantismes identitaires, paniques morales et économie virale de la suspicion.
Dès lors, l’enjeu n’est pas seulement de répondre
Il est de garder la main sur le récit. C’est pourquoi nous avions applaudi à l’initiative de la Grande Loge de France. Distinguer la critique légitime de la désignation d’un ennemi, séparer le débat de la diffamation, établir des faits avant de commenter. Un Observatoire sert précisément à cela : preuve avant récit et, surtout, ne pas laisser s’installer un discours dominant à la main des détracteurs, des polémistes, des complotistes de tout poil.

Le piège anglais : quand la transparence devient stigmatisation
Il faut ici regarder au-delà de nos frontières et c’est un point essentiel pour l’Observatoire. En décembre 2025, la Metropolitan Police de Londres a ajouté la franc-maçonnerie à sa politique de declarable associations. Désormais, policiers et personnels doivent déclarer une appartenance (passée ou présente) à certaines organisations jugées « hiérarchiques » et à membres confidentiels. La franc-maçonnerie est explicitement citée.

L’argument officiel est clair : restaurer la confiance, prévenir les conflits de loyauté, répondre à des inquiétudes internes sur l’impartialité perçue. Mais la conséquence symbolique est tout aussi claire : on fabrique une catégorie. Et une catégorie, dans l’espace public, devient vite une cible. La réaction de la Grande Loge Unie d’Angleterre ne s’est pas fait attendre : annonce d’une action en justice, dénonçant une mesure discriminatoire.

C’est exactement le nœud que tout Observatoire digne de ce nom devrait surveiller
- oui, la transparence est une vertu démocratique ;
- mais la transparence imposée à une minorité désignée peut devenir un instrument de soupçon ;
- et le soupçon, lorsqu’il se généralise, est l’antichambre de la haine.
Donc non : en Angleterre, les maçons ne sont pas « obligés de se déclarer auprès de l’administration » au sens large. Le cas qui fait date, documenté et contesté, concerne une politique interne de la Metropolitan Police – the Met, force territoriale de police responsable du Grand Londres (à l’exception de la Cité de Londres) – et c’est déjà suffisamment grave pour être étudié, comparé, mis en perspective.

La moyenne d’âge de la FM est plutôt ancienne, aux alentours des 60 ans de mémoire. Soit en complète inconscience de ce qui peut se dire sur les réseaux sociaux. Encore la semaine dernière, une carte qui recense les adresses des temples en France. Oui oui. Ça rappelle quelque chose.
Les réseaux sociaux étant ce qu’ils sont, la carte est participative et les lecteurs antimaçons fournissent des adresses « oubliées » par l’auteur. Problème : si le doxxing n’est pas punissable et pas sûr que l’on puisse attaquer un fournisseur de cartes de temples, car ladite page ne commet aucun crime, c’est une simple carte, qui ne dit rien. Ni « recensez les maçons », ni « allez y mettre le feu », rien.
Nous nous étions intéressés, avec un F. d’une autre obédience, à recenser ces cas, et particulièrement ceux appelant à la haine, voire au meurtre. De mon point de vue, le sujet ne peut être traité par la GLDF seule, mais par une commission interobédientielle, ayant le temps, les compétences pour les recenser, puis fournir les éléments, les rapprocher peut-être d’une F. ou S. juriste qui pourrait porter plainte au nom de cette commission. Pour une fois, nous ne sommes pas dans le sociétal vs symbolisme, ce sujet nous concerne TOUS. Il y a qq outils, payants, à mettre en place, certainement une IA permettant la veille. Nous avions commencé le travail puis abandonné devant les habitudes : fermer les yeux et continuer malgré.
Ça, c’est la 1re partie, juridique. La 2e, les obédiences l’ont compris : ouvrir leurs portes plus grandes. Il ne s’agit plus de faire des conférences de 2 h le samedi après-midi avec un thème philosophique. Mais d’utiliser les RS à notre avantage. Personnellement, je sais que cela va faire bondir, mais hors initiation/augmentation de salaire, je suis même pour ouvrir une tenue par an au 1er degré. Nous le savons tous, il n’y a pas de secret autre que celui qui passe en nous en maçonnerie. Et dire le contraire n’est que de l’ego dont nous sommes censés nous être débarrassés sous la porte basse, et oublier que ces rituels sont trouvables très facilement. Ceci doit être évidemment fait en accord avec les FF & SS n’ayant pas peur de se dévoiler.
Ne soyons pas dupes. Comme en politique, il est impossible de convaincre les purs et durs, mais bien d’apporter des réponses à ceux qui les cherchent en toute bonne foi.