Ce traité explore la lenteur comme une philosophie de vie, un acte de résistance à l’ère de l’accélération permanente. Notre époque valorise la vitesse : produire vite, décider vite, consommer vite. Or, selon l’auteur, cette accélération n’est pas neutre : elle épuise, déracine, fragilise le sens. La lenteur apparaît alors comme une écologie du temps, un refus de la tyrannie du rendement immédiat. Elle permet de réapprendre à habiter la durée, à ressentir, à contempler.
La lenteur, loin de la passivité, devient un acte volontaire, une reconquête du temps contre la dictature de l’urgence.
L’ouvrage montre que cette valorisation du « toujours plus vite » est récente à l’échelle humaine : elle vient de la révolution industrielle et s’intensifie avec l’ère numérique et l’infosphère. Le temps s’accélère, mais surtout, c’est notre perception subjective du temps qui se rétrécit. La productivité devient injonction morale : celui qui ne va pas vite semble « en retard ».
Contre cela, l’auteur propose un autre imaginaire : celui de la lenteur comme espace où la pensée se construit, où le sens se déploie, où l’être humain retrouve une forme d’intensité intérieure. La lenteur n’est pas inactive : elle permet maturation, réflexion, profondeur. Il montre que la précipitation appauvrit, notamment : la qualité de la décision – la créativité -la relation à l’autre – la relation à soi – le rapport au monde. En allant vite, nous perdons l’épaisseur du réel. La lenteur rend possible la pleine présence : vivre plutôt qu’anticiper, être plutôt qu’exécuter.
Mathias Leboeuf interroge ensuite le rapport entre lenteur et liberté. Être lent, c’est redevenir maître de son rythme, refuser la norme de l’urgence. La lenteur est donc un choix politique, un refus du dressage social, un acte d’autonomie. Ce retour au temps long permet aussi une réappropriation du corps et de la sensibilité : marcher, cuisiner, contempler, lire lentement, méditer, écrire. Ces pratiques deviennent des antidotes à la dissolution du sujet dans le flux d’obligations et de stimulations. L’auteur ne propose pas un rejet naïf de la vitesse, mais une harmonie lucide : savoir décider quand la vitesse est utile, et quand elle devient toxique. La lenteur n’est pas une régression, mais une réévaluation du rapport au temps afin de distinguer : l’urgent du superflu – l’essentiel du compulsif – l’intensité de la frénésie. La lenteur devient ainsi une sagesse existentielle : elle invite à habiter le présent, à redonner du sens à l’action, à redevenir auteur de sa vie. Elle ouvre l’espace nécessaire au désir véritable, au choix conscient, à la joie non instrumentale.
La lenteur peut aussi devenir une pédagogie du vivant : elle réapprend la patience, l’attention, la maturation, la présence au monde. En elle se joue une humanité retrouvée, affranchie de l’illusion d’efficacité et de la perte de sens. Le traité se conclut implicitement sur une invitation individuelle et collective : repenser notre rapport au temps, accepter les rythmes de la vie, ouvrir un espace où la liberté, la créativité et la profondeur peuvent respirer.
La lenteur devient non pas une fuite mais une conquête, un acte d’avenir, une résistance au monde-machine. D’Héraclite à Deleuze en passant par Aristote, Hegel ou Marx, ce livre relève le pari de raconte en fin d’ouvrage, trois millénaires de sagesse en 32 citations)…. Un outil simple et décomplexant pour détricoter le jargon philosophique en apprenant à penser.
L’Auteur :
Mathias Leboeuf est philosophe, journaliste et conférencier. Il intervient régulièrement en entreprise et anime plusieurs cafés philosophiques. Il enseigne également dans le cadre de l‘Université permanente de Paris et à l’Institut supérieur du droit. Il est l’auteur de : TOUT CE QUE JE SAIS C’EST QUE JE NE CONNAIS RIEN petite histoire de la philosophie en 32 citations et de PLAGES PHILO à l’usage de tous.
