
L’allumage des feux désigne en Franc-maçonnerie la cérémonie rituelle d’installation et d’inauguration d’une nouvelle loge, marquant sa naissance officielle et son entrée dans l’ordre maçonnique. Cette pratique consiste en l’allumage symbolique des « lumières » ou « feux » – généralement des bougies ou flambeaux représentant la connaissance, la sagesse et l’esprit initiatique – qui illuminent le temple et sacralisent l’espace.
Conduite par des officiers d’une obédience supérieure (comme le Grand Maître ou ses délégués), elle inclut des serments d’allégeance, des bénédictions et des invocations, affirmant l’engagement des fondateurs envers les principes maçonniques. Au-delà de l’installation initiale, le terme s’étend aux rituels d’ouverture des tenues régulières, où l’allumage progressif des lumières symbolise le passage des ténèbres profanes à la Lumière initiatique. Cette cérémonie n’est pas seulement formelle ; elle incarne la transmission de la Lumière spirituelle, unifiant les membres en une chaîne fraternelle et ordonnée, et rappelant que la loge est un microcosme du Temple de Salomon, édifice éternel de vertu et de connaissance.
Étymologie

Le terme « allumage des feux » provient du français « allumer » (du latin alluminare, éclairer), et « feux » désigne ici les flammes ou lumières, métaphore pour la Lumière maçonnique. « Feux » évoque les foyers sacrés antiques (feu de Vesta chez les Romains) ou alchimiques (feu philosophal), tandis que « allumage » implique une activation rituelle, comme allumer un foyer pour invoquer la divinité. En maçonnerie, il tire ses racines du vocabulaire opératif médiéval (allumer les torches pour travailler), évoluant vers un sens symbolique au XVIIIe siècle. Synonyme d’« allumage des lumières » ou « étoiles », il lie le physique (flamme) au spirituel (illumination intérieure), avec « feux » renvoyant aux « feux de la loge » (son activité initiatique). Étymologiquement, il connecte à des concepts hermétiques où le feu est un agent de transmutation, transformant l’initié de l’obscurité à la clarté.
Histoire

L’allumage des feux s’inscrit dans les traditions initiatiques antiques, où l’allumage de feux sacrés marquait la création d’un espace rituel (ex. feux olympiques grecs ou autels romains). En maçonnerie opérative médiévale, il évoquait l’éclairage des chantiers, mais avec la maçonnerie spéculative au XVIIe-XVIIIe siècles, il devient cérémoniel. Les Constitutions d’Anderson (1723) impliquent déjà une illumination symbolique pour les nouvelles loges, formalisée en France au XIXe siècle avec l’influence des rites écossais.
Au Convent de Lausanne (1875), des débats sur la Lumière renforcent son rôle dans l’installation, opposant obédiences régulières et adogmatiques. Historiquement, il marque des événements clés : l’allumage des feux de la première Grande Loge d’Angleterre (1717) ou de loges coloniales. Au XXe siècle, post-guerres, il symbolise la renaissance (ex. réallumage après interdictions nazies).
Aujourd’hui, il persiste dans les obédiences, adapté à des contextes modernes comme les loges virtuelles, mais fidèle à son essence fondatrice.
Symbolisme

L’allumage des feux symbolise la création ex nihilo d’un ordre sacré, passant des ténèbres (chaos profane) à la Lumière (connaissance initiatique). Les feux représentent la Lumière intérieure, source de sagesse, force et beauté (trois piliers). La flamme évoque la vie spirituelle, l’amour et l’espérance, avec la bougie comme image du maçon : cire (corps), mèche (pensée), flamme (esprit).
L’allumage progressif incarne la genèse maçonnique, où la Lumière primordiale (étoile éternelle) se diffuse aux piliers, unifiant le groupe en une spirale ascendante. Symboliquement, c’est une alchimie : transmuter la dualité matière/esprit en harmonie, reliant microcosme (loge) au macrocosme (univers). Pour une nouvelle loge, il marque la « naissance » : serments lient les membres à un Principe transcendant, bénédictions invoquent protection divine ou cosmique.
Globalement, il incarne la transmission éternelle de la Lumière, rappelant l’initiation individuelle et collective.
Rituels et Pratiques

La cérémonie commence par la consécration du temple : officiers de l’obédience entrent, le Grand Maître ou délégué allume l’étoile éternelle (flamme primordiale), puis transmet la Lumière aux trois piliers via le Maître des Cérémonies en spirale : « Que la Sagesse préside à notre édifice » (Orient), « Que la Force le soutienne » (Occident), « Que la Beauté l’orne » (Midi). Serments collectifs affirment fidélité aux landmarks, bénédictions invoquent le Grand Architecte. Pour tenues régulières, l’allumage ouvre les travaux : Vénérable Maître interroge sur la Lumière demandée, puis allume progressivement. Pratiques incluent allumettes pour pureté, extinction sans souffle (impur) à minuit. Le Maître des Cérémonies porte un flambeau à trois bougies, symbolisant lumière humaine rencontrant la transcendance. En cas de suspension, un « extinction des feux » inverse le rituel.
Variations par Rites et Obédiences
- Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) : Allumage progressif avec emphase sur les piliers ; invocation au GADLU.
- Rite Français : Plus philosophique, allumage marque l’ordre laïque ; optionnel dans obédiences adogmatiques.
- Rite Émulation (anglo-saxon) : Simple, focus sur transmission de Lumière ; bénédictions déistes.
- Rite Écossais Rectifié : Intègre éléments chrétiens ; allumage avec feu, eau, terre ; rituel familial symbolique.
- Obédiences Régulières (GLNF) : Exige serments stricts ; allumage sacralise l’espace.
- Obédiences Libérales (GODF) : Adapté à la laïcité ; symbolisme rationnel sans transcendance obligatoire. Variations incluent usage de flambeaux vs bougies, ou intégration d’éléments alchimiques.
Importance dans la Franc-Maçonnerie

L’allumage des feux est fondamental pour légitimer une loge, assurant sa reconnaissance et son intégration à la chaîne universelle. Il renforce l’unité, la transmission initiatique et la quête de Lumière, favorisant l’humilité et la fraternité. Historiquement, il a préservé la tradition face aux schismes ; aujourd’hui, il adapte la maçonnerie à des défis modernes, rappelant l’importance de la spiritualité collective.
En conclusion, l’allumage des feux incarne la genèse maçonnique, un rituel vivant de Lumière et d’harmonie éternelle.

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