mer 28 janvier 2026 - 15:01

Qui sont les « anti-crèches » qui s’indignent pour des santons dans une mairie ?

Fortement inspiré par l’article de notre confrère nlto.fr

Lien historique avec la Franc-maçonnerie

En décembre 2025, une nouvelle controverse agite le débat public en France autour de la laïcité : l’installation de trois santons provençaux dans une mairie provoque l’indignation de groupes militants qualifiés d’ « anti-crèches ». Ces organisations, qui voient dans ces figurines traditionnelles un symbole religieux menaçant la neutralité républicaine, relancent un rituel annuel de recours administratifs et de communiqués virulents.

Cet épisode, rapporté dans un article satirique publié le 4 décembre 2025, met en lumière des associations comme la Fédération nationale de la Libre Pensée, la Ligue des droits de l’Homme et le Grand Orient de France, toutes impliquées dans la défense d’une laïcité stricte. Mais au-delà de cette affaire locale, ces groupes entretiennent des liens étroits avec la Franc-maçonnerie, une institution historique qui a joué un rôle pivotal dans la promotion de la laïcité en France. Cet article explore les faits, les arguments et le contexte historique, en s’appuyant sur des sources documentées.

La controverse des santons : un rituel annuel de la laïcité militante

Chaque année, à l’approche de Noël, des municipalités françaises installent des crèches ou des santons dans leurs halls d’accueil, souvent présentés comme des éléments culturels patrimoniaux plutôt que religieux. En 2025, l’attention se porte sur une mairie où trois simples santons – des figurines en argile représentant des personnages provençaux – déclenchent une vague d’indignation. Les militants « anti-crèches » qualifient cette décoration d’« attentat décoratif contre la République », un « cheval de Troie religieux » et un « oxymore culturel » qui viole la neutralité des espaces publics.

Selon ces groupes, même une crèche dite « culturelle » porte un message confessionnel codé, transformant un bébé en plastique, un bœuf et un âne en symboles d’une menace théocratique.

Cette affaire n’est pas isolée. En 2024, à Beaucaire (Gard), une crèche provençale installée par un maire du Rassemblement national a été contestée devant le tribunal administratif de Nîmes, qui a ordonné son retrait sous 48 heures, arguant d’une violation de la laïcité.

De même, à Fréjus, la ville installe annuellement des santons sans être inquiétée, mais ces cas illustrent une application variable du droit : le Conseil d’État autorise les crèches si elles ont un caractère culturel, festif ou artistique, sans prosélytisme religieux manifeste.

Pourtant, les militants persistent, engorgeant les tribunaux avec des recours sur des détails symboliques, au détriment d’affaires plus urgentes.

Les organisations impliquées : des minorités agissantes

Les principaux acteurs de ces campagnes sont des associations laïques militantes, souvent subventionnées par l’État. La Fédération nationale de la Libre Pensée*, fondée en 1892, est en première ligne. Elle défend une laïcité « intégrale et mène des actions contre toute présence religieuse dans les espaces publics, y compris les crèches municipales.

* Un lecteur nous demande de préciser que ce mouvement ne reçoit aucune subvention d’aucune provenance.

Avec quelques milliers d’adhérents, elle se positionne comme un rempart contre le cléricalisme, mais est critiquée pour son approche « sourcilleuse » qui impose une vision minoritaire au grand public.

La Ligue des droits de l’Homme (LDH), créée en 1898 lors de l’affaire Dreyfus, rejoint souvent ces combats. En 2024, elle a reçu 719 000 euros de subventions publiques et soutient les recours contre les crèches, arguant qu’elles entravent la liberté en favorisant un culte spécifique. Enfin, le Grand Orient de France (GODF), la plus grande obédience maçonnique française, est explicitement associé à ces mouvements. Issu de la Franc-maçonnerie, il promeut une laïcité absolue et participe à des actions contre les symboles religieux publics.

Ces groupes, décrits comme une « poignée d’organisations hyper-militantes », se rêvent en gardiens de la République mais sont accusés d’autoritarisme : ils protègent le peuple « contre lui-même », en interdisant des traditions populaires comme les marchés de Noël ou les sapins décorés.

Les arguments : une laïcité rigide contre le patrimoine culturel

Les « anti-crèches » s’appuient sur la loi de 1905 de Séparation des Églises et de l’État, qui garantit la neutralité des pouvoirs publics. Selon l’article 28 de cette loi, « il est interdit, à l’avenir, d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices servant au culte ». Pour eux, les santons, même provençaux et folkloriques, représentent la Nativité chrétienne et constituent un prosélytisme déguisé. Ils craignent un « coup d’État liturgique » ou une « théocratie provençale », transformant des figurines inoffensives en « armes de destruction massive » symboliques.

Laurent Wauquiez en 2021

Cependant, des jurisprudences nuancent cela : en 2017, Laurent Wauquiez a installé cinq crèches au conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes sous couvert d’une exposition sur l’art des santons, contournant l’interdiction. Le Conseil d’État, en 2016, a précisé que les crèches peuvent être tolérées si elles n’ont pas de visée religieuse explicite. Malgré cela, les militants persistent, voyant dans ces tolérances une dérive.

Le lien avec la Franc-maçonnerie : un héritage anti-clérical

Le rôle de la Franc-maçonnerie dans ces controverses n’est pas anecdotique. Le Grand Orient de France, fondé en 1773, est une obédience maçonnique qui, sous la Troisième République (1870-1940), s’est impliquée dans la vie politique pour promouvoir la laïcité et combattre l’influence de l’Église catholique. Les francs-maçons ont été constitutifs de l’armature républicaine, soutenant les lois sur l’éducation laïque et la séparation des Églises et de l’État en 1905.

Les liens avec la Libre Pensée sont « forts et ambigus » : dans l’esprit public, ces deux mouvements sont souvent assimilés, partageant un combat contre le dogmatisme religieux. La Libre Pensée agit de manière conséquente pour défendre la loi de 1905, et reçoit le soutien de la LDH, elle-même influencée par des idéaux maçonniques. Historiquement, la Franc-maçonnerie française, hostile à toute position dogmatique, a combattu pour la liberté absolue de conscience, incluant une laïcité qui exclut les symboles religieux des espaces publics.

En Méditerranée orientale au XIXe siècle, les loges maçonniques latines (française, italienne, espagnole) ont même promu une éducation laïque anti-religieuse. Aujourd’hui, cette tradition se perpétue dans les luttes contre les crèches, où le GODF et ses alliés voient une défense des valeurs républicaines contre toute ingérence cléricale. La LDH, fondée en partie sur des principes maçonniques, intègre l’athéisme et la laïcité comme piliers, aux côtés de la Libre Pensée.

Contexte historique et perspectives

La laïcité française, issue des Lumières et de la Révolution de 1789, a été renforcée par la Franc-maçonnerie lors de la querelle scolaire et anti-cléricale du XIXe siècle. Sous la Troisième République, les maçons ont influencé les politiques éducatives et sociales, promouvant une société sécularisée. Ces combats se retrouvent aujourd’hui dans des régions comme la Corse, où l’identité insulaire défie parfois la laïcité continentale, avec des crèches installées malgré les controverses. Des critiques soulignent cependant une dérive : dans un pays où l’on soupçonne un santon de menace politique, la joie des fêtes est éclipsée par des débats stériles.

La Franc-maçonnerie, autrefois force progressiste, est parfois accusée d’imposer une vision totalitaire sous couvert de neutralité.

En conclusion, l’indignation autour de trois santons illustre un clivage persistant entre tradition culturelle et laïcité militante. Les liens avec la Franc-maçonnerie, via le GODF et ses alliés, rappellent un héritage anti-religieux ancré dans l’histoire républicaine.

Si ces groupes défendent une liberté absolue, ils interrogent aussi sur la tolérance envers les coutumes populaires dans une France diverse.

29 Commentaires

  1. mon F.’., ma S .’. si tu crois à la fable de Bethléem tu en as le droit comme j’ai le droit de ne pas y croire.
    si tu souhaites une iconographie de cette histoire, rends toi dans n’importe quelle église et tu seras exhaussé.
    tu y rencontreras peut-être un conservateur qui t’expliquera tout le mal qu’il pense de la F.M.
    les lieux de culte sont à la dispositions de leurs fidèles, les bâtiments publics le sont pour tous. c’est tout simple.
    G dit

  2. La loi du 9 décembre 1905 n’est pas une date froide, encore moins un slogan. C’est une architecture de paix, une manière de tenir la République debout sans exiger des consciences qu’elles s’agenouillent. Elle dit simplement ceci, et c’est immense. L’État garantit à chacun le droit de croire, de ne pas croire, de douter, de chercher. Et, pour que cette liberté ne soit pas un privilège mais un bien commun, la puissance publique se tient à égale distance de tous les cultes. Ni reconnaissance, ni financement, ni favoritisme. Non par hostilité, mais par justice. La séparation n’est pas un mur dressé contre le spirituel. C’est une frontière claire entre deux ordres, afin que l’un n’absorbe pas l’autre.
    Pour un franc-maçon, cette loi résonne comme un outil. Elle ressemble à l’équerre, qui rectifie l’arbitraire, et au compas, qui trace la juste mesure entre des convictions différentes. La mettre en œuvre ne consiste pas à effacer les croyances, mais à refuser qu’une croyance, quelle qu’elle soit, devienne un titre de commandement. En Loge, cela prend la forme d’une discipline intérieure. On apprend à ne pas confondre conviction et conquête, témoignage et prosélytisme, profondeur et domination. On respecte le sanctuaire de l’autre, ce lieu inviolable où chacun, à sa manière, nomme le sens, ou accepte de ne pas le nommer.
    Dans la cité, la 1905 devient une manière de vivre. Elle nous oblige à parler sans humilier, à contester sans exclure, à défendre la liberté de conscience jusque dans ce qui nous déplaît. Elle réclame une vigilance douce mais ferme. Contre le cléricalisme qui voudrait gouverner au nom du sacré. Contre l’anti-religieux qui voudrait mépriser au nom d’une vertu de façade. Entre ces deux violences, la laïcité n’est pas une arme. C’est une balance.
    Et peut-être est-ce là sa grandeur la plus secrète. La loi de 1905 ne promet pas que nous penserons pareil. Elle promet que nous pourrons vivre ensemble sans nous dévorer. Pour un franc-maçon, la mettre en œuvre, c’est travailler à ce miracle quotidien. Tailler sa pierre pour que la République demeure un Temple où nul n’est sommé de renier son for intérieur pour être citoyen.

    • OK, bonne idée !
      On commence quand ?
      Mais y a du boulot : en France, on compte un peu plus de 4 500 communes – la base officielle des codes postaux mentionne 4 581 localités avec « saint », incluant villes et villages – dont le nom comporte le mot « Saint » ou « Sainte » ou leurs équivalents régionaux (« San », « Santo », etc.)., soit autour de 12 à 13% des communes françaises.

  3. Je viens d’assister à un spectacle son et lumière de la ville de Toulon et de ses habitants. Y figuraient, tous les métiers , tous les monuments, et aussi une maison et ,comme par hasard une grange, où est né un bébé. Le propriétaire de la maison à accueilli, la mère prête à accoucher. Toulon est une ville généreuse. Elle accueille tout le monde. Dans ce spectacle il n’y avait pas d’église, mais une place qui s’appelle la place de LA LIBERTE

  4. Oui, mais au nom de quoi on va interdire les prières de rue dans l’espace public si l’on tolère les crèches dans les édifices publics. Je suis de tradition Chrétienne, mais je mesure le risque que nous prenons avec une interprétation à géométrie variable de la loi.

  5. Cette querelle et absurde; une crèche est une décoration: religieuse pour les croyant et qui symbolise la famille
    pour les athées et agnostiques ; ce n’est pas une crèche 15 jours par an qui relève d’un prosélytisme religieux;
    L’on peut comprendre la rigueur de la laïcité mais alors il faut aussi interdire tout signe religieux dans tout espace public, y compris le Hijab.

    • la laicité n’a pas pour but de gommer les signes religieux dans l’espace public. La loi laicité est une loi de separation de l’Etat et de neutralité de l’Etat. C’est donc tres simple en réalité. La Mairie, la Prefecture, le Conseil Général Régional étant un représentation de l’Etat, elle doit donc etre neutre. Les crèches, c’est dans les eglises, pourquoi pas dans la salle des fêtes, mais pas dans les Mairies.

    • Il faut simplement appliquer la loi républicaine : celle de 1905 interdit les symboles religieux dans les bâtiments publics. Par contre chacun.e est libre de se vêtir comme il l’entend à la condition que le vêtement ne dissimule pas le visage

  6. Bonjour,
    Comment les SS ET FF anti crèche dans les lieux publics expliquent leur adhésion à la symbolique du REAA à commencer par celui de la Loge et la Légende qui nous rassemble. ???

  7. Les activistes dela libre pensée et de la ldh ont tous un point commun ( la dictature de la pensée)
    Chez les maçons nous sommes libre de penser ce qu’on veut .
    Et dire que l’état (nous ) les subventionnent. !!!!!!!
    La France va très mal .

    • Bonjour Si vous êtes « libres de penser » alors sachez que l’état n’accorde aucune subvention à la libre pensée. Et que de nombreux FF et SS sont membres de la LDH et de la Libre Pensée; donc … Ce sont des maçons!
      Bon courage.

  8. Je ne puis que souscrire à toutes les réponses qui viennent d’être faites, il est triste de constater de certains maçons se focalisent sur une laïcité « particulière » qui ne cible que la chrétienté, baissant les yeux devant les signes religieux qui menacent réellement notre république….
    J’ajouterai que cet article me semble assez ambigu et ces illustrations faites par I.A. me mettent très mal à l’aise….

  9. La crèche n’a pas lieu d’être dans un lieu public. En effet la loi promulguée le 9décembre 1905 dans ses article 1 et 2 signifie bien la séparation du domaine public et domaine privé. Pour éviter tout conflit ne vaut-il pas mieux rester neutre dans un lieu public plutôt que choisir délibéremment d’exposer une identité relegieuse au détriment des autres. Il exite bien des lieux à caractère privé (églises, temples ou mosquées) domaines publics pour exposer ce que la population considère être le support d’une religion.

  10. A lire ces commentaires, qui pour certains se lachent entre les lignes contre une catégorie de notre population, on se dit qu’heureusement que la politique et la religion restent interdites dans nos ateliers… l’universalité de notre ordre semble s’arreter aux portes de la méditerrannée. Meme chez les maçons, la fenetre d’Overton s’ouvre de plus en plus grande.

  11. La ”libre pensée ” reste enfermée dans son anti catholicisme datant du 19ème siècle, la ldh ne défend que les hommes musulmans tandis que le gouvernement a renié les Auld chargés et les la’dmarks de la FM. Pour des organisation qui prônent la Fraternité nous sommes loin du compte.

  12. C’est aussi navrant que l’interdiction des contes des « Trois petits cochons » en terre musulmane. Supprimer Noel des fêtes de tradition françaises ne profitera qu’à ceux qui cherchent à promouvoir l’Islam.ne nous voilons pas …la face.

  13. Lecture intéressante… mais une question demeure, et elle gêne : pourquoi cette “laïcité sourcilleuse” semble-t-elle ne se réveiller qu’à Noël, dès qu’apparaissent une crèche ou trois santons, alors qu’elle se montre beaucoup plus discrète dès qu’il s’agit d’autres expressions religieuses, y compris musulmanes ?
    La laïcité n’est pas un projecteur braqué sur une seule tradition : elle est un fil à plomb, et le fil à plomb ne choisit pas son mur. À force de traquer le folklore chrétien, on donne le sentiment d’une laïcité devenue sélective, donc idéologique, donc fragile.
    Si l’on veut être crédible, même exigence pour tous, même liberté pour tous, même neutralité pour tous — sinon ce n’est plus une règle commune, c’est une arme de circonstance.

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Charles-Albert Delatour
Charles-Albert Delatour
Ancien consultant dans le domaine de la santé, Charles-Albert Delatour, reconnu pour sa bienveillance et son dévouement envers les autres, exerce aujourd’hui en tant que cadre de santé au sein d'un grand hôpital régional. Passionné par l'histoire des organisations secrètes, il est juriste de formation et titulaire d’un Master en droit de l'Université de Bordeaux. Il a été initié dans une grande obédience il y a plus de trente ans et maçonne aujourd'hui au Rite Français philosophique, dernier Rite Français né au Grand Orient de France.

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