mar 27 janvier 2026 - 00:01

A comme Adoption

Adoption en Franc-maçonnerieLe terme « Adoption » en Franc-maçonnerie revêt une double acception historique et symbolique, profondément ancrée dans les traditions maçonniques, particulièrement en France où il a émergé au XVIIIe siècle. D’une part, il désigne le processus symbolique d’intégration d’un enfant de maçon au sein d’une loge, une cérémonie qui engage la communauté maçonnique à veiller sur l’enfant et à l’accompagner dans sa vie. D’autre part, il renvoie aux « Loges d’Adoption », des structures mixtes ou féminines rattachées à des loges masculines, qui ont marqué les débuts de la participation des femmes à la Franc-maçonnerie.

Ces deux sens, bien que distincts, soulignent l’importance de l’inclusion et de la transmission au sein de l’ordre maçonnique. Nous explorerons ici ces deux dimensions de manière exhaustive, en nous appuyant sur l’histoire, les rituels, les évolutions et les contextes socioculturels, pour en dresser un portrait complet.

1. L’Adoption Symbolique des Enfants de Maçons : Les « Louveteaux » et le Protectorat Maçonnique

Alan Cockman (Trésorier de la Loge) avec Joshua et Izzie à la présidence, avec le chef de section Andy Dunsworth

Dans son premier sens, l’« Adoption » maçonnique concerne l’intégration symbolique d’un enfant né d’un parent franc-maçon (généralement le père, mais cela peut inclure la mère dans les obédiences mixtes ou féminines) au sein de la loge. Cette pratique, souvent qualifiée à tort de « baptême maçonnique », n’est pas un rite religieux mais une cérémonie laïque et symbolique qui vise à étendre les liens fraternels de la loge à la progéniture des membres. L’enfant adopté est désigné sous le nom de « louveteau » (ou « lowton » en anglais), un terme évoquant l’idée d’un jeune loup élevé par la meute, symbolisant la protection collective et l’éducation morale au sein de la « famille maçonnique ».

Origines et Contexte Historique

Cette forme d’adoption remonte aux traditions maçonniques du XVIIIe et XIXe siècles, influencées par les idéaux des Lumières qui mettaient l’accent sur l’éducation, la solidarité et la transmission des valeurs humanistes. En Espagne, par exemple, sous l’influence krausiste et positiviste à la fin du XIXe siècle, les francs-maçons espagnols voyaient dans l’adoption non seulement un engagement symbolique, mais aussi une obligation éducative. L’influence philosophique interdisait toute notion de baptême religieux, transformant l’adoption en un acte de responsabilité collective envers l’enfant.

Dans une famille maçonnique, considérée comme une extension de la société idéale, l’éducation des enfants adoptés devenait primordiale, avec la loge s’engageant à orienter leur formation morale et intellectuelle.

En France, cette pratique est attestée dès le XVIIIe siècle, mais elle s’est développée plus formellement au XIXe siècle au sein d’obédiences comme le Grand Orient de France (GODF) ou la Grande Loge Féminine de France (GLFF). Un exemple récent illustre sa pérennité : en décembre 2016, à la GLFF, une loge du sud de la France a adopté un enfant nommé César, âgé de 8 ans, lors d’une tenue blanche ouverte, en présence de sa famille et de maçons. Cette cérémonie, initiée par la mère maçonnique de l’enfant, visait à introduire le jeune garçon aux valeurs de la Franc-maçonnerie sans l’initier formellement, car l’initiation est réservée aux adultes.Le Rituel et les SymbolesLa cérémonie d’adoption se déroule généralement lors d’une tenue spéciale, souvent une « tenue blanche ouverte » accessible aux profanes (non-maçons). Elle n’est pas obligatoire et dépend des traditions de chaque obédience ou loge.

Les éléments rituels incluent :

  • L’engagement de la Loge : La loge s’engage collectivement à protéger l’enfant, à le guider dans la « bonne fortune » et à lui venir en aide en cas de malheur. Cela inclut une assistance morale, éducative et, si nécessaire, financière, particulièrement en cas de perte d’un parent maçonnique.
  • Les Parrains et Marraines : Deux parrains (ou une marraine) sont choisis parmi les membres de la loge. Ils ne dispensent pas une « initiation » mais agissent comme intermédiaires entre l’enfant et la communauté. Leur rôle est de veiller à l’évolution de l’enfant, de l’informer sur les idéaux maçonniques (tolérance, fraternité, quête de vérité) et de le soutenir. La loge entière devient une « famille élargie », avec les autres maçons considérés comme des « oncles » et « tantes ».
  • Symboles Utilisés : L’eau (pour l’ablution symbolique, évoquant la pureté), le glaive (symbole de justice), des guirlandes (représentant l’innocence et la joie), et parfois une batterie d’applaudissements ou des coups de maillet pour marquer les étapes. Le rituel peut inclure des allocutions sur l’humanité, l’intelligence et l’éducation, inspirées de thèmes bibliques comme le Déluge ou l’Arche de Noé, adaptés de manière laïque.
  • Âge de l’Enfant : Traditionnellement, l’adoption concerne les enfants de moins de 7 ans pour les plus jeunes (« baptême » symbolique), mais elle peut s’étendre à des enfants plus âgés. L’enfant doit avoir au moins un parent maçonnique.

Signification et Évolution

Cette adoption renforce le concept de « famille maçonnique » universelle, où les liens fraternels transcendent la biologie. Elle assure la continuité des valeurs maçonniques au sein des générations futures et offre un filet de sécurité social, particulièrement important au XIXe siècle lorsque les assurances sociales étaient inexistantes. Au XXe siècle, avec la sécularisation croissante, cette pratique a parfois été critiquée comme un « fatras pseudo-rituel » par certains maçons, préférant une aide discrète et efficace sans cérémonial.

Cependant, elle persiste dans des obédiences comme la GLFF ou le GODF, où elle est vue comme un moyen d’ouvrir la maçonnerie aux familles sans compromettre son caractère initiatique réservé aux adultes.

Dans les pays anglo-saxons, des pratiques similaires existent au sein d’organisations paramaçonniques comme l’Ordre de l’Étoile Orientale (Order of the Eastern Star), qui intègrent femmes et enfants de maçons, mais sans le terme « adoption » formel. En Hongrie et en Autriche au XVIIIe siècle, des adoptions d’enfants sont également documentées, soulignant l’universalité de cette tradition.

Les Loges d’Adoption : Les Débuts de la Franc-Maçonnerie Féminine ou Mixte

Le second sens, plus historique, désigne les « Loges d’Adoption » (ou Maçonnerie d’Adoption), des entités maçonniques créées au XVIIIe siècle pour intégrer les femmes, généralement épouses, sœurs ou filles de maçons, dans une forme adaptée de la franc-maçonnerie. Ces loges, sous tutelle masculine, représentaient une réponse aux exclusions des constitutions d’Anderson (1723), qui limitaient la maçonnerie aux hommes libres de bonnes mœurs. Elles marquèrent les premiers pas vers une maçonnerie mixte ou féminine, influençant l’évolution de l’ordre en Europe.

Origines et Développement au XVIIIe Siècle

Les Loges d’Adoption émergent en France vers les années 1740, dans un contexte où les femmes, inspirées par les idéaux des Lumières, aspiraient à participer à des cercles intellectuels et sociaux. La première loge attestée date de 1746 à Bordeaux, sous le nom de « Loges de Franches-Maçonnes ditte sœurs de l’Adoption ».

En 1751, une Grande Loge d’Adoption est créée à La Haye aux Pays-Bas par le baron de Wassernaer. En France, la Duchesse de Bourbon préside la première loge parisienne en 1775, initiée comme Grande Maîtresse.

Initialement, les maçons masculins étaient réticents, voyant ces loges comme des « ateliers de récréation » secondaires. Cependant, leur popularité croissante – elles devinrent nombreuses et influentes – força le Grand Orient de France à les réguler par un édit du 10 juin 1774, assumant leur contrôle et protection. Cela évita une opposition qui aurait pu menacer l’institution maçonnique. Les loges étaient rattachées à des loges masculines, avec des rituels adaptés, non basés sur la construction du Temple de Salomon (comme chez les hommes), mais sur des thèmes bibliques comme l’Arche de Noé, le Déluge ou la Tour de Babel, tirés du Livre de la Genèse.

En Angleterre, des loges d’adoption mixtes ou féminines apparaissent dès le milieu du XVIIIe siècle, subvertissant l’exclusivité masculine. Des documents du Burney Collection et de la Bibliothèque des Francs-Maçons de Londres attestent de cérémonies incluant femmes et hommes, avec des rituels comparables mais adaptés aux constructions de genre de l’époque.

Le Rite d’Adoption, propre à ces loges, comportait initialement quatre degrés (Apprentie, Compagnonne, Maîtresse, Maîtresse Parfaite), évoluant parfois jusqu’à dix. Les rituels, cachetés dès 1761, incluaient des thèmes comme la Reine de Saba (au degré supérieur). Contrairement à la maçonnerie masculine, ils mettaient l’accent sur la médiation féminine des valeurs (vertu, charité, discrétion). Les femmes étaient initiées lors de cérémonies mixtes, présidées par un Vénérable Maître masculin, mais avec une Grande Maîtresse féminine.

Des figures comme la Princesse de Lamballe (Grande Maîtresse en 1781) ou Benjamin Franklin (honoré en 1778) illustrent l’influence de ces loges. Elles se répandirent en Europe continentale, mais furent déclarées inconstitutionnelles par le GODF au début du XIXe siècle, entrant en éclipse pendant près d’un siècle.

Renaissance au XXe Siècle et Héritage

En 1901, au sein de la Grande Loge de France, les Loges d’Adoption reprirent vigueur, évoluant vers des loges féminines autonomes. Cela mena à la création de l’Union Féminine Maçonnique de France en 1945, devenue la Grande Loge Féminine de France en 1952, première obédience féminine mondiale. Aux États-Unis, des rites similaires comme l’Ordre de l’Étoile Orientale émergèrent au XIXe siècle, distinguant clairement le rituel mixte de la maçonnerie masculine.

Cette évolution marque un « éclosion d’une conscience collective maçonnique féministe », transformant l’adoption en un pont vers l’égalité. Aujourd’hui, elle symbolise l’ouverture de la maçonnerie aux femmes, influençant des obédiences mixtes comme Le Droit Humain.

En conclusion, l’« Adoption » en franc-maçonnerie illustre l’engagement de l’ordre pour l’inclusion familiale et l’égalité des genres. Que ce soit par la protection des enfants ou l’intégration des femmes, elle incarne les valeurs de fraternité et de solidarité, évoluant avec les sociétés tout en préservant son essence symbolique.

Pour un glossaire, ce terme mérite d’être croisé avec « Louveteau », « Rite d’Adoption » et « Maçonnerie des Dames ».

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