Deux voies philosophiques pour appréhender le divin
Dans un monde où la spiritualité se réinvente sans cesse, entre athéisme croissant et retours aux traditions religieuses, deux concepts philosophiques émergent comme des phares pour ceux qui cherchent un sens au-delà du matérialisme : le théisme et le déisme. Ces termes, souvent confondus ou réduits à des variantes du monothéisme, représentent en réalité deux approches fondamentalement distinctes de l’idée de Dieu. Le théisme évoque un Dieu personnel, impliqué dans le quotidien des humains, tandis que le déisme imagine un créateur distant, architecte rationnel d’un univers autonome.

Cette distinction n’est pas seulement académique ; elle imprègne les débats contemporains sur la foi, la raison et l’éthique, particulièrement dans des cercles comme la franc-maçonnerie libérale, où le Grand Orient de France tolère une vision déiste du « Grand Architecte de l’Univers » sans imposer de dogmes révélés.
Cet article explore en profondeur ces différences, en remontant à leurs origines historiques, en analysant leurs implications philosophiques, et en les reliant à des contextes modernes comme la maçonnerie ou la pensée des Lumières. Nous verrons comment le théisme nourrit une relation intime avec le divin, tandis que le déisme privilégie une admiration rationnelle pour l’ordre cosmique. Enfin, nous aborderons les critiques et les évolutions de ces idées en 2025, à l’ère de l’intelligence artificielle et des crises existentielles.
Tableau comparatif entre Déisme et Thèisme
| Critère | Théisme | Déisme |
|---|---|---|
| Dieu existe-t-il ? | Oui | Oui |
| Dieu est-il personnel ? | Oui (il a une volonté, une conscience, des émotions, il aime, il juge, il pardonne) | Non (Dieu est une cause première impersonnelle, une intelligence ou une raison cosmique, pas une « personne ») |
| Dieu intervient-il dans le monde après la création ? | Oui, constamment (miracles, providence, prière exaucée, révélation continue, histoire sainte) | Non (Dieu a créé le monde avec ses lois parfaites, puis s’est retiré – c’est l’image de l’« horloger » qui remonte sa montre et la laisse tourner seule) |
| La révélation est-elle nécessaire ? | Oui (la Bible, le Coran, les Écritures, les prophètes sont indispensables pour connaître Dieu et sa volonté) | Non (la raison humaine et l’observation de la nature suffisent ; les religions révélées sont considérées comme superflues, voire nuisibles) |
| La prière a-t-elle un sens ? | Oui (on peut dialoguer avec Dieu, lui demander des choses, il peut modifier le cours des événements) | Non ou très limité (au mieux une méditation contemplative, jamais une demande d’intervention) |
| Exemples historiques | Christianisme classique, judaïsme rabbinique, islam sunnite et chiite, hindouisme dévotionnel (bhakti) | Voltaire, Rousseau, Thomas Jefferson, Robespierre, beaucoup de francs-maçons du XVIIIe siècle, certains Pères fondateurs américains |
| Image populaire | Dieu père, juge, berger, roi, ami | Dieu architecte, grand horloger, cause première |
En une phrase simple :
- Le théiste croit en un Dieu personnel qui continue d’agir dans le monde et avec qui on peut avoir une relation (prière, culte, obéissance).
- Le déiste croit en un Dieu créateur rationnel qui a tout mis en place une fois pour toutes et qui n’intervient plus jamais (ni miracles, ni révélation, ni jugement dernier).
Exemple concret pour bien sentir la différence :
- Un théiste peut dire : « Dieu a guéri ma mère du cancer parce que nous avons prié. »
- Un déiste dira : « Si ta mère a guéri, c’est grâce à la médecine et aux lois naturelles que Dieu a établies au commencement ; prier n’y change rien. »

En Franc-maçonnerie (surtout au grand orient de france et dans la maçonnerie libérale), on est très majoritairement déiste ou agnostique : on accepte (ou tolère) l’idée d’une cause première ou d’un « grand architecte de l’univers », mais on rejette les dogmes révélés et l’idée d’un Dieu interventionniste. C’est pourquoi la Bible (ou tout livre sacré) n’est plus obligatoire sur l’autel dans beaucoup de loges françaises depuis 1877.
En résumé : le théisme est une foi vivante et relationnelle ; le déisme est une philosophie rationnelle et distante.
Origines historiques : des racines antiques à l’ère des Lumières

Le théisme trouve ses racines dans les grandes religions abrahamiques – judaïsme, christianisme, islam – où Dieu est perçu comme un être personnel, doté de volonté et d’émotions. Dans la Bible, par exemple, Dieu parle directement à Moïse, punit les pécheurs lors du déluge, ou guide les prophètes avec des révélations. Ce Dieu n’est pas abstrait : Il est un père aimant, un juge sévère, un allié dans les épreuves. Les philosophes comme Thomas d’Aquin (XIIIe siècle) ont théorisé ce théisme en l’intégrant à la raison aristotélicienne, affirmant que Dieu non seulement crée le monde mais le soutient en permanence par sa providence.
À l’opposé, le déisme émerge plus tard, au XVIIe et XVIIIe siècles, comme une réaction aux guerres de religion et à l’essor de la science. Influencés par Newton et Descartes, des penseurs comme Voltaire, Rousseau ou John Locke conçoivent Dieu comme un « grand horloger » : Il a conçu l’univers avec des lois parfaites, comme une montre mécanique, puis s’est retiré pour le laisser fonctionner seul. Pas de miracles, pas de prières exaucées, pas de jugement dernier. Le déisme s’inspire d’Aristote et de Platon, qui parlaient d’un premier moteur immobile, mais il le modernise avec la raison des Lumières. Aux États-Unis, des pères fondateurs comme Thomas Jefferson étaient déistes, réécrivant la Bible pour en ôter les éléments surnaturels.
Cette divergence historique reflète un clivage culturel : le théisme prospère dans les sociétés où la religion organise la vie communautaire, tandis que le déisme fleurit dans les époques de sécularisation, comme la Révolution française, où Robespierre instaure un culte déiste de l’Être suprême pour remplacer le christianisme dogmatique.
Différences fondamentales : un Dieu proche vs un Dieu distant

Au cœur de la distinction réside la nature de Dieu. Pour le théiste, Dieu est personnel : Il possède une conscience, des intentions, et interagit avec l’humanité. La prière n’est pas un monologue introspectif mais un dialogue ; les miracles, comme la résurrection dans le christianisme ou les guérisons dans l’islam, prouvent son intervention active. Ce Dieu juge les actes humains, promet un au-delà, et révèle sa volonté via des textes sacrés. Philosophiquement, cela implique une théologie de la relation : l’humain est créé à l’image de Dieu, invitant à l’amour, à l’obéissance et à la repentance.

Le déiste, en revanche, voit Dieu comme une entité impersonnelle – une intelligence cosmique ou une cause première. Une fois l’univers lancé, Dieu n’intervient plus : les lois de la physique (gravité, évolution) suffisent à expliquer tout, sans besoin de miracles. La prière, si elle existe, est une contemplation esthétique de l’ordre naturel, pas une supplication. La révélation est superflue ; la raison et la science révèlent Dieu à travers l’harmonie du cosmos. Voltaire le résumait ainsi :
« L’univers m’embarrasse, et je ne puis songer que cette horloge existe et n’ait point d’horloger. »
Cette opposition se manifeste dans l’éthique : le théisme fonde la morale sur des commandements divins (les dix commandements), risquant le dogmatisme. Le déisme ancre l’éthique dans la raison humaine, promouvant tolérance et humanisme, mais potentiellement menant à un relativisme moral.
Implications philosophiques et spirituelles : raison, foi et liberté

Philosophiquement, le théisme défend une vision où foi et raison coexistent, mais la foi prime sur les mystères (comme la Trinité). Des penseurs comme Kierkegaard insistent sur le « saut de la foi » face à l’absurde. Le déisme, influencé par Spinoza ou Kant, élève la raison au rang suprême : Dieu est accessible par l’intellect, pas par l’émotion ou la révélation. Cela libère l’individu des clergés, favorisant l’autonomie – un pilier des Lumières.
Spirituellement, le théisme offre réconfort : un Dieu qui écoute, guérit, pardonne. Dans les crises (maladies, guerres), il fournit un sens personnel. Le déisme, plus stoïque, invite à l’admiration pour l’univers : observer les étoiles ou la biologie révèle le divin, mais sans espérance d’intervention. Cela peut mener à une spiritualité laïque, comme chez Einstein, qui se disait « profondément religieux » dans un sens déiste, voyant Dieu dans les lois physiques.
En 2025, ces idées évoluent avec l’IA et la science : le théisme intègre la technologie comme outil divin (théologie de la création continue), tandis que le déisme voit l’IA comme une extension des lois naturelles posées par le créateur initial.
Le déisme et le théisme en franc-maçonnerie : un cas d’étude contemporain

Dans la Franc-maçonnerie, particulièrement au Grand Orient de France depuis 1877, le déisme domine. Le « Grand Architecte de l’Univers » est une métaphore déiste : un principe organisateur, tolérant athées et agnostiques, sans Bible obligatoire sur l’autel. Cela contraste avec des obédiences théistes comme la Grande Loge Unie d’Angleterre, où un Dieu personnel révélé est requis. Pour un maçon déiste, le rituel est une allégorie rationnelle pour polir l’âme ; pour un théiste, il pourrait invoquer une providence active.
Cette préférence déiste reflète l’héritage des Lumières : Voltaire et Benjamin Franklin, maçons déistes, voyaient la loge comme un espace de raison fraternelle, libre de dogmes. En 2025, face à l’obscurantisme (montée des fondamentalismes), le Grand Orient de France défend une laïcité déiste : Dieu, s’il existe, n’intervient pas dans les affaires humaines, laissant place à la liberté de conscience.
Critiques et débats actuels : limites et hybridations

Le théisme est critiqué pour son anthropomorphisme (un Dieu « humain » trop humain) et son potentiel fanatisme (guerres saintes). Les athées comme Dawkins le voient comme une illusion réconfortante. Le déisme, accusé de froideur, laisse l’humain seul face au mal (pourquoi un horloger parfait permet-il la souffrance ?). Nietzsche le moquait comme un « Dieu mort », trop distant pour inspirer.
Pourtant, des hybridations émergent : le « théisme ouvert » (process theology) imagine un Dieu évoluant avec le monde, mêlant intervention et autonomie. En écologie spirituelle, un déisme vert voit Dieu dans l’équilibre planétaire, appelant à l’action humaine sans miracles.
Conclusion : choisir sa voie dans l’univers infini
Déisme et théisme ne s’opposent pas tant qu’ils se complètent dans la quête humaine du sens. Le premier célèbre la raison autonome, le second l’amour relationnel. Pour un profane en 2025, explorer ces idées – via philosophie, science ou maçonnerie – offre une boussole : croyez-vous en un Dieu qui marche à vos côtés, ou en un architecte qui vous a donné les plans pour naviguer seul ?
Quelle que soit la réponse, ces visions rappellent que l’humain, face au cosmos, reste un chercheur éternel.

Texte de Stephen David Snobelen, historien et professeur d’histoire, intitulé : « Isaac Newton, hérétique : les stratégies d’un Nicodémite (1) »
NEWTON, UN HÉRÉTIQUE Isaac Newton était un hérétique.
Mais à l’instar de Nicodème, le disciple secret de Jésus, il ne fit jamais de déclaration publique concernant sa foi privée – ce que les orthodoxes auraient jugé extrêmement radical. Il dissimula si bien sa foi que les érudits s’efforcent encore aujourd’hui de percer le mystère de ses convictions personnelles.
Son ancien disciple, William Whiston, attribua son silence à une simple peur humaine, et il y a sans doute une part de vérité dans cette explication.
En tant que personnalité publique (professeur lucasien, directeur – puis maître – de la Monnaie royale britannique, président de la Royal Society) et figure emblématique de la philosophie naturelle britannique, Newton dut ressentir quotidiennement la tension de se conformer extérieurement à l’Église anglicane, tout en rejetant intérieurement une grande partie de sa foi et de ses pratiques.
Il était soumis aux lois sur l’hérésie, aux épreuves religieuses et à la forte opposition de l’opinion publique. Les hérétiques étaient perçus comme des subversifs religieux, des dangers sociaux et même des personnes moralement dépravées.
De plus, les fonctions qu’il occupait dépendaient des manifestations publiques d’ordre religieux et social.
Sir Isaac avait beaucoup à perdre.
Pourtant, il connaissait les injonctions bibliques interdisant de cacher sa lumière sous le boisseau.
Newton, croyant, se trouvait donc confronté à la nécessité d’élaborer un modus vivendi lui permettant d’agir dans le cadre légal et social, tout en accomplissant le commandement de briller dans un monde obscur.
(1) Il y avait un homme parmi les pharisiens, nommé Nicodème, un chef des Juifs : celui-ci vint trouver Jésus de nuit… Jean 3: 1–2
https://www.cambridge.org/core/journals/british-journal-for-the-history-of-science/article/abs/isaac-newton-heretic-the-strategies-of-a-nicodemite/BA5CEF06E00988913933426A1F5A3CA6
Au-delà du binaire : le G.A.D.L.U. comme Principe et non comme opinion
Merci pour cet article qui a le mérite de clarifier des définitions souvent confuses en Loge. Cette distinction entre théisme et déisme est un excellent point de départ, mais ne risque-t-elle pas de nous enfermer dans une fausse dichotomie ?
En réduisant le débat à l’opposition « Dieu personnel qui exauce les prières » vs « Horloger indifférent », nous passons peut-être à côté de la dimension proprement initiatique du Grand Architecte.
Dans la Tradition — celle que l’on retrouve chez les néoplatoniciens, dans l’Hermétisme ou même chez Newton (qui était bien plus mystique que le « newtonisme » ne le laisse croire) — le Divin n’est ni une personne anthropomorphe, ni une mécanique aveugle. Il est un Principe.
Le réduire au Déisme, c’est en faire une abstraction philosophique, une « hypothèse inutile » pour reprendre Laplace. Le réduire au Théisme, c’est risquer d’en faire une idole sentimentale. La voie maçonnique, par l’usage du symbole, ne nous invite-t-elle pas à une troisième voie ? Celle d’une « Ordre » immanent que l’on ne se contente pas de « prier » ou d' »analyser », mais auquel on cherche à s’identifier par le travail sur soi.
Peut-être que la véritable ligne de fracture n’est pas entre ceux qui croient en un Dieu interventionniste et ceux qui n’y croient pas, mais entre ceux qui voient le G.A.D.L.U. comme une réalité transcendante (qu’elle soit nommée ou non) et ceux qui n’y voient qu’une convention sociale.
C’est là, me semble-t-il, que réside le véritable enjeu spirituel pour la maçonnerie de demain : sortir des querelles du XVIIIe siècle pour retrouver la puissance opérative du symbole.
J’ai trouvé cet article intéressant et convaincant. J’ai essayé de développer cette question du déisme en franc-maçonnerie dans mon ouvrage commenté il y a quelques temps sur 450.fm : « Les origines anglaises de la franc-maçonnerie moderne, au cœur de la galaxie hétérodoxe », éd. Maïa, 2022. J’y arrive aux mêmes conclusions que Alexandre Jones dont je salue la remarquable synthèse.
En revanche, je ne partage pas l’avis de notre ami Henri Ramoneda lorsqu’il écrit : « Quant à l’influence du newtonisme sur la franc-maçonnerie de 1717, elle ne repose sur aucun fondement ».
Dans un article à paraître dans la revue de l’Aréopage de recherche Sources (SCREAAGODF), j’ai montré que le préambule des Constitutions d’Anderson de 1723 était d’inspiration newtonienne :
« Adam, notre premier Parent, créé à l’Image de Dieu, le Grand Architecte de l’Univers, dut avoir les Sciences Libérales, particulièrement la géométrie, écrites sur son cœur ; car même depuis la Chute, nous en trouvons les Principes dans le cœur de ses Descendants, lesquels Principes, dans le cours des temps ont été rassemblés en une Méthode commode de Propositions, par l’observation des Lois de Proportions empruntées à la Mécanique : De façon qu’à mesure que les arts mécaniques donnaient aux savants l’occasion de réduire les Éléments de la Géométrie en une Méthode, cette noble science ainsi réduite est devenue le fondement de tous ces arts (particulièrement la maçonnerie et l’Architecture) et la règle suivant laquelle ils sont conduits et pratiqués . »
Désaguliers est sans grand doute possible l’auteur de ce préambule – Anderson n’est pas un scientifique – qui tient à la fois des Pythagoriciens de la Grèce qui adoraient un Créateur Suprême et croyaient que les principes de la géométrie pouvaient permettre de le comprendre, et de la révolution scientifique qui développe la méthode expérimentale avec l’aide des nouveaux outils mathématiques formulés par Newton.
En effet, les termes réduire, méthode, observation, loi, proportion, proposition, principe, art mécanique, géométrie, renvoient à Newton dont la méthode consiste à « réduire la réalité au rationnel, à l’univoque, au mesurable. » Les francs-maçons newtoniens modernes ont considéré que l’application de cette méthode à l’Art Royal, constituait l’aboutissement de la science expérimentale. Par ailleurs Newton croit en dieu certes, comme 90% de ses amis, mais il est antitrinitarien et ne croit pas aux miracles : il est déiste comme Locke et se refuse à « desservir la promotion de la science mathématique de la gravitation par des positions de nature métaphysique . »
Lorsque Désaguliers, un des principaux, sinon le principal collaborateur de Newton, et par ailleurs fondateur de la franc-maçonnerie moderne, publie un bien curieux poème intitulé The Newtonian System of the World, The Best Model of Government , titre qui rappelle A Treatise of the System of the World de Newton, il déroule sa conception d’un système de gouvernement idéal construit sur le modèle cosmique scientifiquement établi par Newton.
Outre la sécularisation du dieu chrétien dans cette façon pragmatique d’expliquer le système du monde, on devine sans peine la portée politique dont Désaguliers le dote. Il adresse en effet ce conseil aux souverains anglais à la toute fin de son poème : « Mais courageusement permettez que votre parfait modèle politique soit la philosophie de Newton (la seule vraie) . » En effet, une fois ce modèle cosmique newtonien transposée à l’échelle terrestre, on comprend que le soleil (le monarque) harmonise le mouvement des planètes (les ministres) et de leurs satellites (les sujets) mais sans porter atteinte à leur liberté (monarchie parlementaire). Selon cette « cosmopolitique », le pouvoir du roi est limité par les lois du Parlement. Le roi en son Parlement est donc le garant d’une harmonie institutionnelle à l’image du soleil qui garantit celle de son système parfaitement ordonné. Ce schéma sera repris dans les loges où le pouvoir du maître de loge est limité par les lois de la Constitution des francs-maçons . Le monarque qui tient le sceptre et le maître de loge qui tient le maillet, dirigent, exercent une attraction sur leurs sujets ou leurs frères, les rassemblent autour d’eux, mais les laissent libres de leurs mouvements et de leurs opinions (article I des obligations du maçon). En 1734, le déiste lord Bolingbroke déclare que le roi
« ne peut plus se déplacer sur une autre orbite que celle de son peuple et, comme une planète supérieure, attirer, repousser, influencer et diriger ses mouvements par les siens propres. Lui et eux font partie du même système, intimement joints, ils coopèrent ensemble, agissant l’un sur l’autre, limitant et limité, contrôlant et contrôlé les uns par les autres. Et quand il cesse de se tenir dans cette relation, il ne peut se tenir dans aucune ».
Incontestablement, Newton n’a pas été franc-maçon, mais il a influencé la maçonnerie via la Royal Society au sein de laquelle figure un nombre de important de maçons, dont Jean-Théophile Désaguliers.
Salut et fraternité à tous
Très intéressant. Merci pour ces précisions
Voici quelques extraits des écrits baha’is qui abordent à la fois la vision apophatique de Dieu (c’est-à-dire l’idée que Dieu est au-delà de toute description ou compréhension humaine) et l’équilibre entre science et religion :
Il me paraît pertinent d’évoquer la Foi baha’ie, née en Perse au XIX eme siècle. C’est une religion monothéiste, dans la lignée abrahamique et pourtant :
Sur la nature ineffable et transcendante de Dieu :
« Dieu est un, au-delà des diversités culturelles et des interprétations humaines. » Les écrits baha’is soulignent que Dieu est « inaccessible, omniscient, omniprésent, impérissable et tout-puissant », et qu’Il est le créateur de toutes choses dans l’univers. Cette conception met l’accent sur l’impossibilité pour l’esprit humain de saisir pleinement l’essence divine, tout en reconnaissant que les attributs de Dieu peuvent être reflétés dans la création et dans les enseignements des Manifestations divines.
Sur l’équilibre entre science et religion :
Bahá’u’lláh enseigne que « la religion et la science sont deux systèmes complémentaires de connaissance et de progrès pour la civilisation ». Les écrits baha’is insistent sur le fait que « si quelqu’un essayait de voler avec l’aile de la religion seulement, il tomberait bientôt dans le marécage de la superstition, tandis que, d’autre part, avec l’aile de la science seulement, il ne ferait aucun progrès mais sombrerait dans la fondrière désespérante du matérialisme ». Ainsi, l’harmonie entre science et religion est présentée comme essentielle pour le progrès spirituel et matériel de l’humanité.
Sur la recherche indépendante de la vérité :
Les écrits baha’is encouragent chaque individu à chercher la vérité par lui-même, sans se contenter des interprétations d’autrui. Cette approche est liée à l’idée que la vérité religieuse n’est pas absolue, mais relative et progressive, révélée à travers les Messagers divins selon les besoins de chaque époque.
Ces extraits illustrent bien la vision baha’ie d’un Dieu à la fois transcendant et source de toute connaissance, ainsi que l’importance de l’équilibre entre la quête spirituelle et la raison scientifique.
dans cet article comment ne pas citer Teilhard de Chardin qui est selon moi une lutte contre ce dualisme theisme et déisme .Peu cité il mérite cependant une place dans ces réflexions .
Autre piste qui peut éclairer ce sujet : l’œuvre de René Guénon , un peu oublié aussi
Il convient de relativiser certains aspects sur la franc-maçonnerie dite spéculative, constituée en 1717. En effet, entre 1717 et 1738, il faut bien se rendre à l’évidence que nous nous trouvons en présence d’une rupture significative au sein de la franc-maçonnerie anglaise.
Les Constitutions de 1723 stipulent les mêmes principes que ceux du Grand Orient de France de 1877, lequel supprima l’obligation pour ses membres de se référer à l’existence de Dieu et à l’immortalité de l’âme. Déjà en 1872, le Grand Orient de Belgique avait supprimé la mention à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers.
Quant à l’influence de newtonisme sur la franc-maçonnerie de 1717, elle ne repose sur aucun fondement. Il est difficile de cautionner des interprétations tardives sur ce sujet. D’ailleurs, Isaac Newton professait que le Christ était le Messie et le Fils de Dieu. En aucune manière ses convictions religieuses furent un obstacle à ses recherches scientifiques.
Et quant à la pensée scolastique, elle se caractérise par la confrontation critique de la doctrine chrétienne avec les exigences de la raison naturelle et de la théorie scientifique.
Par ailleurs, la découverte en 1992 d’autres systèmes solaires a remis en cause une des idées phares d’Isaac Newton, à savoir que notre monde était si intelligemment conçu pour la vie que seule une origine divine pouvait en être l’explication.
La physique théorique repose sur un ensemble de règles et d’équations. Mais ses modélisations scientifiques ne réfutent en aucune manière l’existence d’un Grand Architecte de l’Univers.
Aucune donnée scientifique ne permet de dire si l’Univers est fini ou infini. Certains théoriciens penchent pour un Univers infini, d’autres pour un Univers fini mais non borné. Autrement dit et de manière générale, l’univers est éternel dès lors qu’il n’a ni début ni fin.
Enfin, une citation de Stephen Hawking suggère un platonisme instinctif : « Même s’il n’existe qu’une seule théorie unifiée possible, ce n’est qu’un ensemble de règles et d’équations. Qu’est-ce qui insuffle le feu dans les équations et crée un univers qu’elles peuvent décrire ? L’approche habituelle de la science, qui consiste à construire un modèle mathématique, ne peut pas répondre aux questions de savoir pourquoi il devrait y avoir un univers que le modèle doit décrire. Pourquoi l’univers se donne-t-il la peine d’exister ? »
Autant conclure sur une citation de Stephen Hawking : « Nous avons une seule vie pour apprécier la beauté du cosmos, et pour cela nous devons croire profondément en la valeur de la vie humaine et de la connaissance. »
Pour faire écho à la réflexion de Stephen Hawkin, on pourrait se poser la question de savoir comment on peut imaginer Dieu qui est par nature INCREE ; Difficile d’imaginer l’incréation !
Seul le Génie du Poète peut répondre à une telle question et ce qui a fait dire à BAUDELAIRE que :
« Dieu est le seul être qui pour régner n’a pas besoin d’exister »
Que peut-on ajouter à cela ?
On peut lire , avec surprise dans cet excellent travail que :
« En Franc-maçonnerie (surtout au grand orient de France et dans la maçonnerie libérale), on est très majoritairement déiste ou agnostique : on accepte (ou tolère) l’idée d’une cause première ou d’un « grand architecte de l’univers », mais on rejette les dogmes révélés et l’idée d’un Dieu interventionniste. »
Connaissant assez bien le GODF je n’ai jamais lu dans ses textes des propos de ce genre et les statistiques sur lesquelles cela repose ; mail la position du GODF est clair sur ce sujet :
« il considère les conceptions métaphysique comme étant du domaine individuel de chacun de ses membres et se refuse à toute affirmation dogmatique »
C’est cela ,je crois, les bases même de la Franc Maçonnerie libérale . Le reste, à l’échelle de l’Ordre et sur le plan métaphysique n’est que littérature.
Votre commentaire ouvre des pistes intéressantes sur l’influence du newtonisme, mais il semble parfois établir des liens plus suggérés qu’étayés. Le newtonisme, à l’origine, reste surtout une philosophie naturelle centrée sur la compréhension du monde physique ; en faire une doctrine « progressiste » ou porteuse d’un projet d’harmonie sociale relève davantage d’une interprétation maçonnique ultérieure que de Newton lui-même.
La critique du naturalisme comme source d’un « devoir-être » gagnerait aussi à être mieux contextualisée, car ni Newton ni Spinoza ne formulent directement un programme normatif. Par ailleurs, l’inspiration des Constitutions d’Anderson par la philosophie newtonienne est réelle, mais votre texte tend à fusionner trois niveaux distincts : la science newtonienne, la lecture symbolique qu’en a faite la maçonnerie spéculative, et les idéaux universalistes des Lumières.
Enfin, la mention de la « religion catholique » dans Anderson prête à confusion : il s’agit plutôt d’une religion universelle ou naturaliste, sans lien avec le catholicisme romain. Votre synthèse est stimulante, mais elle bénéficierait de nuances pour éviter que des rapprochements intéressants ne deviennent des amalgames discutables.
« Il existe une force, une structure profonde de l’univers. Elle ne parle pas, n’intervient pas, ne récompense pas.
Mais tu peux t’y accorder, comme on accorde un instrument à une fréquence…/… C’est ça, le déisme. »
Le newtonisme est une philosophie progressiste, inspirée des théories d’Isaac Newton, faisant voeu de transposer l’harmonie du monde céleste dans une harmonie du monde humain.
Comme pour Spinoza, la philosophie newtonienne est un naturalisme. Le naturalisme ne cherche pas à déterminer ce qui est juste ou bien, mais ce qu’il pense exister dans la nature.C’est sur cette revendication de ce qui est naturel ou contre-nature que le naturalisme veut imposer ce qui devrait être ou ne pas être.
Le newtonisme remet en cause la scolastique.
Jean Théophile Désaguliers est le premier à percevoir l’ampleur de la révolution newtonienne tant pour la physique que pour la représentation du monde. Il développe ces idées et les fait connaître du grand public dans son Cours de philosophie expérimentale. Cette philosophie naturaliste inspire fortement les Constitutions d’Anderson des francs-maçons
Dès ses débuts, la Franc-maçonnerie spéculative reprend les idées newtoniennes. On peut lire dans le livre de Willam Preston Illustrations of Masonry (1781) les instructions du deuxième grade au rituel anglais : «C’est la contemplation de la nature et l’observation de la beauté de ses proportions qui a incité l’homme à imiter le plan divin et à étudier l’ordre et la symétrie. Ainsi naquirent la vie en société et tous les arts utiles.»
La religion catholique à laquelle se réfère Anderson désigne, au sens étymologique, la religion universelle.
L’influence de la Royal Society, à laquelle appartenait Isaac Newton, est incontestable dans les prémices de la maçonnerie spéculative : « Il faut accueillir librement des hommes de religion, pays et professions de vie différents (…). Parce qu’ils professent ouvertement, non de vouloir la fondation d’une philosophie anglaise, écossaise, irlandaise, papiste ou protestante, mais d’une philosophie de l’humanité.»
Voltaire fut un zélé propagandiste du newtonisme en France.