à partir des enseignements de C.G. JUNG
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On parle souvent du Soi comme de l’essence pure de l’être, ce noyau intemporel et sacré qui réside en nous, et du Moi comme de la façade sociale et psychologique qui nous permet d’exister dans le monde. Trop souvent, ces deux dimensions semblent opposées, voire incompatibles : le Soi dans sa verticalité spirituelle, et le Moi dans ses fluctuations et ses jeux de masques. Pourtant, l’un et l’autre sont les deux pôles nécessaires d’une seule et même réalité intérieure.
Le véritable chemin initiatique, qu’il soit spirituel ou psychologique, n’est pas d’écraser le Moi pour glorifier le Soi, ni d’ignorer le Soi pour nourrir indéfiniment le Moi. Il consiste à tisser un pont entre les deux, à harmoniser ces dimensions apparemment contradictoires, afin que le Soi devienne la source vivifiante du Moi, et que le Moi en devienne l’expression fidèle et créatrice.
Le chemin du Soi au Moi est ainsi celui d’une réconciliation profonde, qui nous invite à dépasser les illusions, à pacifier les conflits intérieurs et à faire descendre la lumière transcendante dans les gestes simples du quotidien.
I. Soi et Moi : deux réalités, un même voyage

Le Soi, dans la tradition jungienne, représente l’unité profonde de l’être, la totalité psychique et spirituelle, ce centre caché qui relie l’humain au divin. Il est ce que nous sommes avant d’être nés, et ce vers quoi nous aspirons à retourner. Le Soi, c’est l’Origine et la Finalité. Il est silence, Présence et Intemporalité.
Le Moi, lui, naît du frottement du Soi avec le monde. Il est façonné par les expériences, l’histoire familiale, les rôles sociaux, et constitue la structure fonctionnelle grâce à laquelle nous interagissons avec notre environnement.
Dans leur complémentarité, ces deux pôles participent d’une dynamique essentielle : le Soi nourrit le Moi de son énergie, et le Moi offre au Soi un terrain d’expression et de réalisation. Mais lorsque le lien entre eux se distend, l’un devient tyrannique : le Moi se fige dans l’ego, le Soi se dilue dans l’abstraction.
« Le Soi est ce que nous sommes, le Moi est ce que nous croyons être. L’harmonie réside dans la rencontre des deux. »
(C.G. Jung)
II. Les obstacles du chemin : entre résistance et oubli
Passer du Soi au Moi suppose de franchir des résistances intérieures importantes. Car si le Soi est cette lumière stable et profonde, le Moi, lui, craint souvent de disparaître face à cette immensité.

- 1. La peur de l’anéantissement
Le Moi redoute de se dissoudre dans l’expérience du Soi. S’ouvrir au Soi, c’est abandonner le contrôle, lâcher les définitions limitées de ce que nous croyons être. Ce saut dans l’inconnu effraie.
2. La toute-puissance de l’ego
Lorsque le Moi s’est construit sur des blessures ou des succès, il s’accroche à des identités rigides. L’ego refuse alors de se laisser traverser par le Soi, persuadé que sa survie en dépend.
3. L’amnésie spirituelle
Beaucoup ont oublié qu’un Soi existe. Englués dans les urgences du quotidien, nous finissons par vivre uniquement à travers les exigences du Moi, coupés de la source intérieure.
4. La confusion des rôles
Parfois, le Soi est projeté sur le Moi : nous idéalisons notre image sociale, croyant qu’elle reflète notre essence. D’autres fois, nous refusons au Moi toute légitimité, croyant qu’il faut l’effacer pour être “spirituel”.
III. La nature du passage : une descente et une remontée
Le chemin du Soi au Moi n’est pas linéaire. C’est un mouvement spiralé, fait d’allers et retours, de descentes vers l’intérieur et de remontées vers le monde.
- De la profondeur à la surface
- L’expérience du Soi se vit souvent dans le silence, la méditation, la contemplation. Mais pour être féconde, elle doit ensuite redescendre dans les mots, les actes et les relations. Sinon, elle se dissout dans l’abstraction.
De l’invisible au visible

Le Soi agit comme une lumière intérieure que le Moi rend perceptible à travers l’engagement, la création, la parole et le service. Ce passage fait de chaque instant du quotidien une opportunité d’incarner la sagesse.
De l’unité à la multiplicité
Le Soi est unité. Le Moi, multiplicité. Découvrir ce chemin, c’est accepter de tenir ensemble ces deux pôles, et d’unifier nos contradictions sans les abolir.
« Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, et ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, pour accomplir le miracle d’une seule chose. »
(Table d’Émeraude)
IV. Outils pratiques pour harmoniser Soi et Moi

- La méditation active
Descendre dans le silence du Soi, puis remonter dans l’expression du Moi à travers l’écriture, le chant, ou le dialogue intérieur.
2. Le travail symbolique
Utiliser des symboles (cercle, carré, croix, labyrinthe) pour relier l’intuition du Soi à la structure du Moi. Les rituels maçonniques en sont un exemple puissant.
3. L’écoute du corps
Le Soi s’exprime aussi dans les sensations corporelles. Relier le souffle, le mouvement et l’intention permet d’ancrer cette présence dans la matière.
4. La gratitude quotidienne
Reconnaître dans chaque acte du Moi une opportunité d’exprimer le Soi, même dans les tâches les plus ordinaires.
5. L’observation de ses résistances
Identifier les moments où le Moi refuse l’ouverture, où il se referme sur ses certitudes, puis travailler à relâcher ces crispations.
Conclusion
Le passage du Soi au Moi est celui de l’incarnation. Il ne s’agit pas de choisir entre l’un ou l’autre, mais d’opérer leur réconciliation dans un espace de pleine conscience.
Quand le Soi inspire le Moi, nos gestes deviennent justes, nos paroles sont habitées, nos engagements prennent un sens profond. Et lorsque le Moi sert le Soi, il cesse d’être une armure pour devenir un instrument, souple et fidèle, par lequel la lumière intérieure peut s’exprimer dans le monde.
« Deviens ce canal par lequel l’invisible prend corps, et le Soi et le Moi danseront ensemble à travers toi. »
Olivier de LESPINATS
Extrait du futur ouvrage « Chemin du Soi au Moi »
Importance de rappeler ce qui constitue les fondamentaux de la pensée de C. Yung dans une perspective initiatique. Ce texte est à cet égard d’une pertinence incommensurable.