mar 16 juillet 2024 - 20:07

La CPA maçonnique du dimanche 30 juin 2024

Ce dimanche, nous vous proposons un emblématique symbole d’union entre la République indivisible, laïque, démocratique et sociale assurant l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion et respectant toutes les croyances et la franc-maçonnerie universelle.

Notre description de la carte postale ancienne (CPA), la Marianne « maçonnique »

L’apparence et son symbolisme

Cette carte postale ancienne présente un buste de Marianne, symbolisant la République française, mais avec une particularité maçonnique distincte. Ce buste est orné d’attributs maçonniques, marquant l’intersection entre les idéaux républicains et maçonniques. La statue, intitulée « La République maçonnique », montre Marianne portant un bonnet phrygien, symbole de liberté, et une écharpe, dans sa première version, décorée de symboles maçonniques. Ici, il s’agit d’une deuxième version de la Marianne de Jacques France où les symboles maçonniques sont remplacés par les grandes dates de la République : 1789, 1848 et 1870.

Histoire et genèse

Le buste de la Marianne maçonnique, visible sur cette carte postale, est une œuvre de Paul Lecreux1, également connu sous son nom d’artiste Jacques France. Il a réalisé ce buste à la demande de loges maçonniques et pour célébrer les idéaux républicains, souvent partagés par les francs-maçons de l’époque.

Cette sculpture porte des inscriptions évoquant les trois grandes étapes de la République française : 1789 (la Révolution française), 1848 (la Deuxième République), et 1870 (la Troisième République). Ces dates soulignent l’évolution et la consolidation des idéaux républicains en France, tout en mettant en avant la contribution des francs-maçons à ces mouvements historiques.

Pour un franc-maçon, les trois grandes étapes de la République française sont bien plus que des jalons historiques ; elles représentent une progression vers l’accomplissement des idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité, profondément enracinés dans la tradition maçonnique.

Au centre, on peut voir l’arrestation du gouverneur de la Bastille, Bernard René Jourdan, marquis de Launay (1740-1789)

1789 – La Révolution française

Cette année emblématique, où le peuple de France se libéra des chaînes de la monarchie absolue, est synonyme de renouveau et de rupture avec le passé. La Révolution de 1789, avec la proclamation des droits de l’homme et du citoyen, incarne la quête maçonnique pour la liberté et l’égalité. Pour les frères, cet événement est la manifestation concrète de leurs principes, où l’humanité fait un pas audacieux vers la lumière et la justice. La participation active de nombreux maçons dans ce bouleversement politique et social est un témoignage vibrant de leur engagement à transformer la société.

Lamartine devant l’Hôtel de Ville de Paris, le 25 février 1848, refuse le drapeau rouge – Peinture de Félix Philippoteaux

1848 – La Deuxième République

Cette seconde insurrection est une effusion de l’esprit de 1789, mais avec une intensité renouvelée pour la justice sociale. La révolution de 1848, qui voit la naissance de la Deuxième République, porte en elle l’espoir d’une fraternité universelle. Les francs-maçons voient dans cette période une avancée significative de leurs idéaux, avec des réformes démocratiques et sociales qui cherchent à redresser les inégalités et à renforcer la solidarité entre les citoyens. C’est une époque où la fraternité maçonnique trouve une expression vibrante dans les aspirations de la société.

1870 – La Troisième République

Enfin, 1870 marque l’instauration de la Troisième République, la plus stable et durable des républiques françaises. Pour les maçons, c’est l’aboutissement d’un rêve républicain, où les valeurs de laïcité, de justice et de démocratie sont solidifiées. La séparation des Églises et de l’État, réalisée sous cette république, résonne profondément avec la philosophie maçonnique qui prône la liberté de conscience et l’égalité de tous devant la loi. La Troisième République devient le bastion des idéaux maçonniques, un modèle de gouvernance éclairée et juste.


Jaurès à la tribune – © Assemblée nationale

En rétrospective, ces trois moments clés de l’histoire de la République française symbolisent pour les francs-maçons une marche inéluctable vers une société plus éclairée, plus juste, et plus fraternelle. Ils sont des phares de progrès dans la nuit des oppressions passées, illuminant le chemin vers un avenir où les idéaux maçonniques sont pleinement réalisés.

Le contexte maçonnique

Marianne est souvent utilisée comme un symbole de la République, mais dans cette version maçonnique, elle représente également les valeurs de la franc-maçonnerie : liberté, égalité, fraternité. Les attributs maçonniques présents sur l’écharpe de Marianne incluent des symboles tels que le compas, l’équerre et d’autres iconographies maçonniques, qui ajoutent une dimension de sagesse, de travail et de moralité à la représentation républicaine.

Marianne « maçonnique » avec, sur son baudrier, des attributs symboliques

Le buste a été adopté par le Grand Orient de France en 1882 et est devenu un emblème populaire dans les loges. Il symbolise non seulement l’allégeance à la République, mais aussi l’engagement des francs-maçons à défendre et promouvoir ces idéaux dans la société.

La réception et l’impact de la Marianne « maçonnique »

La Marianne « maçonnique » a connu un succès notable dans les milieux maçonniques et républicains. Elle a été largement diffusée sous différentes formes, incluant des versions sans attributs maçonniques pour les institutions municipales. Cette diffusion a contribué à enraciner l’image de Marianne comme un symbole de la démocratie et de la République française, tout en soulignant l’influence de la franc-maçonnerie dans la propagation des idéaux républicains.

En résumé, cette carte postale ancienne du buste de Marianne maçonnique est un témoignage fascinant de l’interaction entre l’art, la politique et la franc-maçonnerie à la fin du XIXe siècle. Elle illustre comment les symboles peuvent être utilisés pour promouvoir des valeurs communes et renforcer les liens entre différentes sphères de la société.

Montmartre vers 1860

1Paul Lecreux, connu sous son nom d’artiste Jacques France, était un sculpteur et franc-maçon français renommé pour ses œuvres patriotiques et maçonniques. Originaire de Lille, Paul Lecreux abandonna des études de médecine pour se consacrer entièrement à l’art. Il s’installa à Montmartre et Barbizon, où il développa ses talents de peintre avant de se tourner vers la sculpture.

Paul Lecreux dirigea également une entreprise de fonderie, « L’Union Statutaire », située à Asnières, où il produisit des œuvres pour plusieurs artistes de renom. Il est particulièrement célèbre pour ses représentations de Marianne, symbole de la République française. Sa version maçonnique de Marianne, ornée de symboles maçonniques, fut adoptée par le Grand Orient de France en 1882 et devint un emblème répandu dans les loges maçonniques ainsi que dans les institutions municipales.

Barbizon (Seine-et-Marne, en région Île-de-France) – Source CPArama-com

Parmi ses œuvres notables, on trouve le buste de la République des Communes, des médaillons de la République, des médailles commémoratives, et diverses sculptures patriotiques. Son art reflétait son profond engagement républicain et maçonnique.

Malheureusement, vers la fin de sa vie, Paul Lecreux fut impliqué dans des affaires judiciaires qui le ruinèrent financièrement. Après avoir été emprisonné et acquitté pour une tentative d’assassinat, il se suicida le 3 juillet 1894 à Paris.

Paul Lecreux laisse derrière lui un héritage artistique important, notamment ses œuvres maçonniques et républicaines qui continuent de symboliser les idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité.

Cette nouvelle rubrique plaît beaucoup à nos lecteurs. Si vous disposez de CPA et si vous souhaitez les voir présenter dans notre actualité estivale, n’hésitez pas à nous les envoyer sous forme JPG. Même sans explication, nous jetterons toujours un regard, pour ne pas dire un œil, maçonnique et bienveillant en vous en proposons une interprétation toute symbolique…

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Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti est directeur de la rédaction de 450.fm. Il a fait l’essentiel de sa carrière dans une grande banque ancrée dans nos territoires. Petit-fils du Compagnon de l’Union Compagnonnique des Compagnons du Tour de France des Devoirs Unis (UC) Pierre Reynal, dit « Corrézien la Fraternité », il s’est engagé depuis fort longtemps sur le sentier des sciences traditionnelles et des sociétés initiatiques. Chroniqueur littéraire, membre du bureau de l'Institut Maçonnique de France (IMF) et médiateur culturel au musée de la franc-maçonnerie (Musée de France), il collabore à de nombreux ouvrages liés à l’Art Royal et rédige des notes de lecture pour plusieurs revues obédientielles dont « La Chaîne d’Union » du Grand Orient de France et « Chemins de traverse » de la Fédération française de l’Ordre Mixte International Le Droit Humain ou encore « Le Compagnonnage » de l’UC. Initiateur des Estivales Maçonniques en Pays de Luchon, il en a été le commissaire général. En 2023, il est fait membre d'honneur des Imaginales Maçonniques & Ésotériques d'Épinal (IM&EE).

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