sam 24 février 2024 - 13:02

Faiseurs de rire, franc-maçonnerie

Comme vous le savez, nombreux sont les artistes qui se sont retrouvés en franc-maçonnerie. 

“LES AMUSEURS AIMENT SE REMETTRE EN QUESTION »

Nombreux sont les artistes qui se sont retrouvés en franc-maçonnerie. Je ne vais pas commencer à établir une « liste personnelle » qui n’aurait d’intérêt que la curiosité tant il est vrai que nous aussi maçons sommes toujours heureux de savoir que tel artiste a rejoint telle obédience ou telle loge. Un peu comme par coquetterie, on est fier de savoir que tel artiste est parmi nous.

On se sent moins seul, on est fier de la ou le savoir à nos côtés , et les anecdotes sont nombreuses. Les artistes sont donc présents en franc-maçonnerie et dans le cas qui nous intéresse ce sont  les « faiseurs du rire, les humoristes et autres clowns et comiques » sur lesquels j’ai choisi de m’arrêter.

J’ai choisi l’humour à la place du thème plus général, qui aurait pu être les artistes et la franc-maçonnerie, car je me sens plus proche de l’humour que je pratique ou que j’essaie de pratiquer depuis de nombreuses années.

Y a-t-il des points communs entre la recherche de la connaissance en maçonnerie, ces artistes, leurs démarches et leurs engagements envers la maçonnerie? Pourquoi la maçonnerie est si proche de leur univers de par les valeurs qu’elle véhicule?

En effet, je pense que le mot confrérie est l’un des premiers mots qui peut rapprocher ces artistes avec le monde maçonnique.

De part mon métier d’artiste, il est vrai que très souvent j’ai observé que les artistes avaient eux aussi le besoin de se regrouper sous le principe de confrérie, les amuseurs, chanteurs, musiciens, prestidigitateurs, tous ces artistes que nous classifions sous l’appellation souvent d’artistes de variétés mais pour qui le mot de saltimbanque est plus adapté.

Sans aucun doute la confrérie des artistes a de nombreux points communs avec la fraternité maçonnique. Le métier d’artiste, on va dire, toutes disciplines confondues, est un travail de longue haleine qui demande une grande discipline et de la rigueur même si l’on est doué! Il y a un long apprentissage pour réussir à avancer. Les musiciens en sont la preuve plus évidente car ils passent de nombreuses heures à vivre avec leur instrument et à le pratiquer.

Le point pour moi le plus rapprochant est sans doute la fraternité. Tous les artistes vous diront que les épreuves qui leur ont été présentées pour se faire reconnaître et réussir dans leurs spécialité, les ont amené à développer avec d’autres artistes une grande solidarité au niveau de leur travail. Pour ma part et pour beaucoup de collègues, cette solidarité est apparue comme instinctive.  Il faut dire que nous le savons, les métiers artistiques sont des métiers difficiles, parsemés de haut et de bas, de galères. Combien de fois avons nous entendu des phrases du type, « il y a peu d’élus », ou plus sympathique encore « et à part ça, qu’est-ce que  tu fais? »  Toute la dureté du métier nous plonge dans une recherche de moyens appropriés pour avancer dans les voies que nous choisissons.

Le rapport avec le rire fonctionne avec la souffrance qui débute dans la panoplie des faiseurs du rire avec la tarte à la crème

Le décor est planté. Mais alors pourquoi les humoristes, les comiques et tous les autres catégories pratiquant le rire sont-ils plus confrontés, plus exposés, that is the question?

En fréquentant durant toute ma vie plus particulièrement des humoristes, des comiques et des clowns si toutefois il est de bon ton de faire des différences de caleçons, pardon je veux dire de professions, j’ai remarqué un dénominateur commun, qu’avant moi ont signalé et approfondi de nombreux philosophes et psychanalystes. Ce point commun, cette caractéristique relève, et est de l’ordre de la spiritualité, du mysticisme, de l’existentialisme. C’est dans le désespoir que le clown va puiser ses ressources pour l’aider à lutter dans sa vie, d’où souvent cette image du clown triste qu’on lui associe. Le rapport avec le rire fonctionne avec la souffrance qui débute dans la panoplie des faiseurs du rire avec la tarte à la crème, le coup pied au derrière, les claques et tous les effets parfois sadomasochistes. Je l’ai testé évidement en me lançant dans l’art du clown. Très vite, jeune artiste, j’ai opté pour cette direction de l’humour, du comique, sans savoir ce que j’allais trouver en partant dans cette direction. Une chose que je crois c’est que les artistes œuvrant dans l’humour sont fragiles et en dehors de la recherche propre à leur reconnaissance, il y a chez eux une recherche liée à l’angoisse qui les pousse à trouver des réponses plus profondes. Les faiseurs du rire ne se contentent pas seulement de faire du rentre dedans, ils ont besoin de pansements pour les aider à continuer à vivre, leur sensibilité les met dans un état d’âme permanent d’autodérision pour rire de soi même avec les autres.

C’est une sorte de remède auto réparateur mais l’humour, le rire ne soignent pas seulement celles et ceux qui pratiquent ces disciplines, ils les font bénéficier de bienfaits immédiats. Nous l’avons pratiqué, nous étions heureux en groupe à passer des soirées à rire, on oubliait que nous avions le ventre vide. Régulièrement je me pose des questions sur le cheminement commun que j’ai eu avec des frères et sœurs qui pratiquaient l’humour.
L’un des premiers avec qui j’ai partagé le métier fut  le clown Achile Zavatta que seulement plus tard avec d’autres frères je revis en tenue. Cependant d’autres clowns, ou responsables de cabaret m’ont reçu et accueilli comme des frères sans me le dire évidemment.

J’en reste persuadé, les amuseurs aiment se remettre en question et sont critiques en permanence, donc pas surprenant que parfois ils croisent la franc-maçonnerie. Ils se nourrissent du comportement des autres et en font part au public en utilisant des situations qu’ils adaptent avec leurs outils pour les rendre comiques ou drôles. Oui les faiseurs du rire se comportent comme des franc-maçons “opératifs”. Ils mettent en application ce qu’ils  reçoivent de leur recherche en loge. Un peu à la manière de ceux que nous appelons aujourd’hui les lanceurs d’alerte. Nous les avons qualifiés autrefois de bouffons, ou de critiques, nous continuons de les inviter comme pour se donner bonne conscience.

A travers tous les points que j’ai évoqués , j’ai ressenti une dimension maçonnique forte et discrète auprès de ces sœurs ou frères du métier. La plus forte reste la fraternité: on se renvoyait la balle comme on dit car on le sait et encore aujourd’hui il faut soutenir la parole qui semble juste mais dure à exprimer.

Tant quelqu’il y aura des ouvreurs de portes pour les faiseurs d’humour, il y aura l’espoir et allez, pourquoi pas, des faiseurs d’Amour…

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Le Grand René
Le Grand René
Sous le nom d’artiste PAPUS, comique clown et humoriste, réalisateur-producteur films courts, formateur à France3, présentateur à TV8 Mont Blanc, passage comme chanteur sur les bateaux de croisière. Puis sous le nom LE GRAND RENÉ comme auteur et interprète de One man Show.

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