mer 19 juin 2024 - 00:06

Lieu symbolique : La Maison carrée à Nîmes (Gard), 51e monument français classé au patrimoine mondial de l’UNESCO

La Maison carrée est un temple romain hexastyle achevé au début du Ier siècle apr. J.-C. à Nîmes, préfecture du département du Gard en région Occitanie.

Blason de la ville de Nîmes.

Lors de sa construction, la Maison carrée est dédiée pour Auguste à la gloire de ses deux petits-fils : les consuls et chefs militaires Lucius Caesar et Caius Julius Caesar. Au fil des siècles, le temple est notamment devenu une maison consulaire, une église puis un musée des arts antiques. Il s’agit aujourd’hui du temple romain le mieux conservé au monde.

La Maison carrée fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1840 – répertorié dans la base Mérimée, base de données sur le patrimoine architectural français du ministère de la culture, sous la référence PA00103125.

Retour vers… le passé

La Maison carrée, temple du forum de la ville, était le second lieu dédié au culte impérial avec le sanctuaire de la Fontaine. Cet édifice a été bâti entre 10 av. J.-C. et 4 apr. J.-C., près du carrefour des deux voies principales, le cardo maximus et le decumanus maximus, à l’emplacement où s’élevait généralement le forum, sous le règne d’Auguste.

La Maison carrée avant sa restauration.

La place du forum où a été édifié le temple s’étendait sur 80 m de long et était encadrée par un double portique sur les côtés est et ouest. Au sud, la place était fermée par un mur aveugle orné de pilastres et au nord, par un bâtiment rectangulaire de 18 par 14 m, que l’on identifie aujourd’hui comme étant la Curie. Le temple s’inscrivait ainsi dans un péribole délimité par cette place3.

La Maison carrée est un édifice hexastyle corinthien et pseudo-périptère, qui mesure 13,54 m de large sur 26,42 m de long4. Trente colonnes de 9 m de haut chacune enserrant la structure intérieure. Celle-ci est formée d’une cella, de 10,50 m par 16 m5, précédée d’un pronaos dont le plafond est moderne. À l’origine, on devait pénétrer dans la cella par une grande porte de près de sept mètres de haut.

Illustration à la critique de Dissertation sur l’ancienne inscription de la Maison-Carrée de Nismes publiée sur les Acta Eruditorum, 1760.

Ce temple a été édifié sur un haut podium de 2,65 m lui donnant une position dominante sur son environnement. L’accès à la cella se fait par un escalier unique de quinze marches (le nombre de marches est toujours impair). Cet accès était réservé aux prêtres. La cella a pour fonction d’abriter la statue du ou des dieux honorés. Les cérémonies se déroulaient autour d’un autel placé devant l’entrée. Ces deux façons de faire sont directement issues de la tradition étrusque, encore présente à Rome et en Italie. La structure du plan et l’utilisation de l’ordre corinthien dénotent quant à eux une influence grecque. Enfin, la disposition pseudo-périptère, présente en Italie depuis le début du Ier siècle av. J.-C., permet d’animer et de rythmer la façade.

Agrippa.

Cette architecture s’inspire directement du temple d’Apollon à Rome, dont la Maison carrée se veut un modèle réduit. Le temple d’Auguste et de Livie à Vienne semble aussi être une variante de ce type d’organisation. Sa fonction religieuse était par ailleurs très comparable à celle de Nîmes, puisqu’on y célébrait aussi le culte impérial6. En ce qui concerne le décor, il est essentiellement formé par l’entablement et les chapiteaux des colonnes qui le soutiennent. Sa composition comprend une architrave divisée en trois bandeaux et ornée d’une frise à rinceaux. À l’intérieur, on n’a conservé aucune trace du décor d’origine, bien qu’il ait été reconstitué.

Le plan de l’ancien temple.

Construire un édifice cultuel suppose une autorisation du pouvoir, ici d’Auguste. Son exécution même si elle est confiée à des équipes régionales est strictement encadrée. Seuls les modèles inspirés des créations officielles de Rome pouvaient être édifiés. Le plan pseudo-périptère de la Maison Carré est analogue au temple d’Apollon au sud du champ de Mars à Rome. Le décor d’ordre corinthien de la colonnade engagé, les chapiteaux sont fidèles au modèle du temple de Mars Ultor à Rome. La frise est composée d’enroulement de rinceaux d’acanthe, elle imite la frise de l’Ara Pacis de Rome.

La Maison carrée, mais c’était avant…

Le temple portait sur son frontispice, inscrite en lettres de bronze scellées dans la pierre, une dédicace expliquant le rôle de l’édifice. Cette dédicace a aujourd’hui disparu, mais grâce à la disposition des trous de scellement encore visibles, le grand érudit nîmois Jean-François Séguier est parvenu en 1758 à recomposer le texte original : « À Caius Caesar consul et Lucius Caesar consul désigné, fils d’Auguste, princes de la jeunesse. » Le temple est dédié aux héritiers d’Auguste, Caius et Lucius Caesar, qui sont les petits-fils et héritiers désignés d’Auguste avant qu’ils ne meurent prématurément. Caius et Lucius sont les fils d’Agrippa et Julie (fille d’Auguste).

Plafond de la façade principale.

Agrippa fut le plus proche conseiller et auxiliaire d’Auguste. il est le patron de la ville de Nemausus : il est le défenseur officiel des intérêts de la cité et de la communauté des citoyens devant le Sénat de Rome. À sa mort, il transmet le patronage à son fils aîné Caius. À la mort de Caius et Lucius, les Nîmois avec l’accord du pouvoir à Rome décident de leur dédier ce temple. Grâce à la première ligne de cette dédicace, il est possible de dater l’achèvement de la Maison carrée entre les ans 2 et 3, d’après la date du consulat de Caius et Lucius. La seconde ligne, placée postérieurement, date des ans 4-5.

En cours de restauration.

Le temple, comme le sanctuaire de la fontaine, restera dédié à l’empereur en place bien des générations après la mort d’Auguste. Il en sera ainsi pour tous les temples impériaux gallo-romains de cette époque. Dans la réalité des faits, on continue de vénérer l’empereur de chaque époque sous le titre d’Auguste, ce qui permet de conserver l’idée de départ.

En 1993, l’architecte britannique Norman Foster construisit face à la Maison carrée un bâtiment appelé Carré d’Art, prévu pour accueillir un musée d’art contemporain, et pensé comme le pendant moderne de la Maison carrée. Il réaménagea également la place attenante afin d’assurer une harmonie entre les deux édifices.

Bâtiment appelé Carré d’Art.

En 2006-2007, la façade sud de la Maison carrée a bénéficié d’une rénovation qui lui permit de retrouver une blancheur parfois contestée (badigeon au lait de chaux afin de recréer un calcin sur la pierre et, donc, de mieux protéger celle-ci des agressions du temps). Ce long travail se poursuivit en 2007-2008 par la façade ouest, en 2008-2009 par la façade est et enfin, en 2009-2010 pour ce qui est de la façade principale, sur laquelle il fut envisagé de restituer les lettres de bronze de la dédicace originale.

Le 12 février 2011, la ville de Nîmes a fêté la fin de la restauration de la Maison carrée. Une exposition intitulée Maison carrée restaurée l’a relatée au Carré d’Art. Il aura fallu pas moins de quatre ans et plus de 44 000 heures de travail aux équipes de l’architecte des monuments historiques, Thierry Algrin, pour venir à bout de la restauration de ce patrimoine exceptionnel.

Inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO

Choisie par la France pour être présentée au Comité du Patrimoine mondial en 2023, la candidature de la Maison Carrée est portée par la municipalité de Nîmes. Ayant franchi la totalité des étapes de validation, le dossier de candidature a été déposé, au nom de la France via le Ministère de la culture – Direction Générale des Patrimoines et de l’Architecture, par son excellence l’ambassadrice de France auprès de l’UNESCO, au Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO à Paris en janvier 2022. La candidature de la Maison Carrée de Nîmes sera examinée lors de la 45e session du Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO qui s’est réunie à Riyad en Arabie Saoudite du 10 au 25 septembre 2023.

Mise en lumière.

D’avantage que sa beauté architecturale incontestable, la valeur de ce temple du culte impérial témoigne de ce moment de l’histoire qui vit avec l’avènement du premier empereur de Rome, la Pax Romana, une paix négociée qui durera plus de deux siècles.

Toute une ville…

La Maison Carrée de Nîmes est l’unique et plus ancien représentant de l’ordre corinthien Augustéen toujours en élévation, ayant conservé intact l’ensemble de son décor. Avec son exceptionnelle frise ornée d’enroulements de rinceaux de feuilles d’acanthe, elle est aussi avec le Panthéon à Rome, le temple le mieux conservé du monde romain constituant ainsi l’un des témoignages les plus importants de l’architecture et de la diffusion du culte impérial dans les provinces de l’Empire.

Après restauration.

La valeur universelle exceptionnelle du monument nîmois repose sur la démonstration que la Maison Carrée, édifiée du vivant de l’Empereur Auguste au premier siècle de notre ère, représente l’une des plus anciennes expressions, et des mieux conservées d’un temple romain consacré au culte impérial et qu’elle est un monument d’une qualité architecturale remarquable qui, par les circonstances historiques de sa création, par l’importance politique de sa consécration et des choix stylistiques qui ont présidé à son édification, témoigne des valeurs de paix durable, de concorde et de prospérité que promut et chercha à garantir l’Empire romain.

Logo de la ville de Nîmes.

La Maison carrée devient le 51e monument français à obtenir son classement au patrimoine mondial de l’UNESCO, le 18 septembre 2023.

Sources : Ministère de la Culture, Wikipédia, Wikimedia Commons, site officiel de la ville de Nîmes

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Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti est directeur de la rédaction de 450.fm. Il a fait l’essentiel de sa carrière dans une grande banque ancrée dans nos territoires. Petit-fils du Compagnon de l’Union Compagnonnique des Compagnons du Tour de France des Devoirs Unis (UC) Pierre Reynal, dit « Corrézien la Fraternité », il s’est engagé depuis fort longtemps sur le sentier des sciences traditionnelles et des sociétés initiatiques. Chroniqueur littéraire, membre du bureau de l'Institut Maçonnique de France (IMF) et médiateur culturel au musée de la franc-maçonnerie (Musée de France), il collabore à de nombreux ouvrages liés à l’Art Royal et rédige des notes de lecture pour plusieurs revues obédientielles dont « La Chaîne d’Union » du Grand Orient de France et « Perspectives » de la Fédération française de l’Ordre Mixte International Le Droit Humain ou encore « Le Compagnonnage » de l’UC. Initiateur des Estivales Maçonniques en Pays de Luchon, il en a été le commissaire général. En 2023, il est fait membre d'honneur des Imaginales Maçonniques & Ésotériques d'Épinal (IM&EE).

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