sam 22 juin 2024 - 17:06

L’obélisque : un monument pour quelle grandeur ?

Pour commémorer la visite que Monsieur, frère du roi, avait faite, en 1775, des travaux furent entrepris par les associés de la Compagnie Perrache pour la jonction des deux branches de la route de Lyon/Paris dans le faubourg de Vaise.

Jean François Lallié (ou Lallier) alors ingénieur en chef de la province, de la Généralité, accomplit en 1782 les agencements de convergences d’itinéraires de plusieurs grandes routes et c’est pourquoi lui sont confiés les plans techniques de l’obélisque pyramidal destiné à en célébrer la fin des travaux avec dédicace au roi victorieux et pacificateur du traité de Versailles, Louis XVI. L’Académie fut consultée pour les inscriptions à y mettre. L’obélisque sera achevé en 1783.

La nouvelle porte de Lyon fut désignée par l’appellation de la Place de la Pyramide de la Paix. Le lieu recevait son nom du signe de son aménagement.

Cet édifice allégorique fut naturellement et symboliquement abattu lors du siège de Lyon par les révolutionnaires, le 5 décembre 1793. Beaucoup de Vaisois périrent victimes de la haine des Jacobins qui s’en prirent même aux monuments. C’est ainsi que le 15 frimaire fut démolie la pyramide élevée à la gloire de la Paix. On planta à sa place un arbre factice de la Liberté.

Par la suite elle fut remplacée par une fontaine en bassin de pierre. La place devint Place Valmy le 30 Octobre 1944 mais le nom d’origine perdure dans la toponymie locale et dans la mémoire collective des habitants.

La pyramide de la Paix fut installée au milieu d’une place circulaire, c’est un obélisque d’environ cinquante pieds de hauteur (16,50 mètres) surmonté d’un globe en métal doré semé de fleurs de lys, sur lequel repose une colombe portant au bec un rameau d’olivier. Cet obélisque est entouré de 12 bornes unies entre elles par de fortes chaînes en fer. La place a quatre cent soixante-dix pieds de circonférence (155 m, soit 50 m de diamètre environ) ; elle est plantée de tilleuls, avec des bancs en pierre dans les intervalles.

Il s’agit d’un monument à base carrée, monté sur trois marches, en pierre claire à grain fin de type pierre de Villebois ou pierre de Sault-Brenaz (Ain) ; il y avait au XVIIIe siècle, une tradition de transport des pierres par barges sur le Rhône supérieur.

Des inscriptions sont portées sur les quatre tables du piédestal :

Sur la table, orientée face à la ville de Lyon, figure une dédicace au roi de France, rédigée en latin :

Sur la table orientée face aux deux voies royales est seulement gravé : MDCCXXXIII. Ce millésime évoque les deux traités  de Versailles du 3 Septembre 1783. Le premier mit fin à la Guerre d’Indépendance américaine et reconnaissent l’indépendance des 13 États-Unis d’Amérique, à la suite de la défaite des anglais. Le même jour, un traité franco-anglais confirmait à la France les possessions coloniales acquises par elle, en Amérique notamment.

Sur les deux autres tables est fait mention des voies royales qui aboutissent à cet endroit : La voie royale 6, qui part de Fontainebleau, dite route de Bourgogne et se rejoint avec la voie royale 7 qui part également de Fontainebleau, dite route du Bourbonnais.

Comparaison des obélisques jumeaux dédiés à la famille royale et placés aux extrémités des deux routes reliant Paris et Lyon

Pyramide de la Paix à Vaise érigée en 1783Obélisque à Fontainebleau érigé en 1785
  Site choisi Au centre d’une place ronde où aboutissent plusieurs voies en étoile marquant l’achèvement des deux routes importantes reliant Paris et Lyon Celle par la Bourgogne (la royale 6) et celle par le Bourbonnais (la royale 7)  
  Architectes  
Jean-François Lallier Ingénieur en chef de la Généralité de Lyon Sous l’intendance de M. de FlessellesRousseau pour M. de Chayssac Grand Maître des eaux et Forêts
  Hauteur du sol à la pointe du pyramidion  
  16 mètres21 mètres copie réduite de moitié de l’obélisque de la place St Pierre à Rome
  Matériau : Pierre de taille  
Pierre de Villebois dans l’AinCalcaire blanc
Ornement sommital  
Globe de métal doré semé de fleurs de lys sur lequel est posé une colombe portant au bec un rameau d’olivier
Symbole de la Paix
En 1785, ornement inconnu En 1792, massue surmontée d’ un bonnet phrygien en fer blanc. En 1805, l’aigle impérial. En 1814, enlèvement de cet ornement.
Symbole de Liberté.
Ornements de la base  
12 bornes en pierre disposées selon un carré et reliées entre elles par des chaînes.16 bornes en pierre disposées selon un cercle et reliées entre elles par des chaînes. En plus, 4 colonnettes (bornes militaires) placées en 1785 aux angles de l’obélisque, restaurées et transférées en 1817 à l’origine des routes qu’elles indiquent
Inscriptions  
En latin : à Louis XVI…   Le millésime de 1783 commémore les traités de Versailles   Les voies royales qui aboutissent à cet endroitA Marie-Antoinette d’Autriche, reine de France et à ses trois enfants Côté Nord : à Marie-Antoinette d’Autriche, reine de France et de Navarre Côté Est : Louis-Charles, Duc de Normandie, né le XXVII mars MDCCLXXXV Côté Sud : Louis-Joseph, dauphin, né le XXII octobre MDCCLXXXI Côté Ouest : Marie-Thérèse de France, Madame, née le XXVIII décembre MDCCLXXVIII  
Actuellement  
Démolie le 5 décembre 1793   Subsistent des archives – dessins, plans avec coupes côté. Descriptions précises permettant la reconstruction à l’identiqueRestaurée en 1990 par M. COLETTE, architecte en chef des monuments historiques   Subsistent les plans d’origine, côtés, plus détaillés que ceux de Vaise, donc permettant de les compléter pour le détail

L’Obélisque de la Paix doit-il resté détruit parce qu’il fut dédicacé à Louis XVI, au traité de Versailles ? Alors pourquoi celui de Marie-Antoinette a-t-il su retrouver son faste?

Il est à la charge des artisans des mondes nouveaux de reconstruire sans cesse sur le plan symbolique, les repères de l’unité de la nation. La reconstruction de Notre Dame de Paris, après son incendie, en est un des témoignages contemporains. Les historiens s’attèlent à l’écriture de l’histoire d’un peuple ; l’école se charge de sa diffusion. Pierre Nora a raconté comment, en France, se sont constitués lieux de mémoires et stéréotypes, Alésia et Verdun, Jeanne d’Arc et Louise Michel, Napoléon III et Victor Hugo, tout un matériau composite, vivant parce que sans cesse retravaillé, réécrit, réinvesti par des sensibilités nouvelles, des parti pris, des passions partisanes.

Le sens des obélisques

Broche à rôtir c’est ce que signifie en grec le mot obéliskos qui a donné obélisque. L’origine du nom nous dit la forme : un pieu pour traverser l’animal à rôtir. Notre obélisque s’est redressé et ce qu’il traverse c’est le ciel, l’espace, il est une flèche pointée en direction du centre immuable de la lumière : le soleil ; il devient lui-même un rayon de soleil. L’obélisque sera l’intime de ce que permet de faire le soleil. Le soleil donne le temps, celui qui partage le jour, celui qui répète les saisons. Le soleil regarde la terre et la mesure. Interrogeons le.

Dis soleil, quelle heure est-il ?

L’obélisque sera gnomon, aiguille de cadran solaire géant dont l’ombre portée indique le temps ; et plus il est haut, plus les calculs sont précis.

Au temps d’Edfou, entre Karnak et Assouan, construit sur l’ordre de Ptolémée III et de son fils, il y a un pylône célèbre, le 6ème qui a joué le rôle de gnomon.

L’empereur Auguste en fit construire un à Rome, sur le Champ de Mars, en l’an 10 avant notre ère. Le cadran était constitué d’un obélisque de 22 mètres de hauteur environ, rapporté d’Héliopolis. L’obélisque se trouve toujours à Rome, mais sur la place Montecitorio. Il portait une ombre sur un demi-cercle tracé sur un pavage de marbre au sol. Il ne comportait pas de graduation et l’heure était uniquement indiquée par la position de l’extrémité de l’ombre, repérée grâce à des lignes horaires. Ce type de cadran solaire a un inconvénient : l’extrémité de l’ombre devient floue dans la pénombre. Pour y remédier, les Romains ont placé une sphère en haut de l’obélisque, qui portait une ombre plus nette.

Déjà pour Anaximandre (présocratique) la pointe du gnomon est l’image  de la terre flottant dans l’univers, comme les cathédrales seront les coques renversées du bateau-terre glissant dans les cieux.

 Dis soleil, quelle date sommes-nous ?

L’obélisque sera bien sûr méridienne

L’image du Soleil se projette chaque jour sur la ligne méridienne au moment du vrai midi solaire. Chaque jour, cette image change de place sur la ligne méridienne et marque ainsi la date. Les positions extrêmes sont atteintes aux solstices. Une méridienne est ainsi un calendrier naturel.

À Paris, deux méridiennes historiques existent : L’une, tracée selon les calculs de Gio Domenico Cassini par son fils Jacques, se trouve à l’observatoire. L’autre, commencée par l’horloger Henri Sully et achevée en 1743 par l’astronome Charles Le Monnier se trouve dans l’église Saint Sulpice. C’est une bande de cuivre de 40 mètres de longueur encastrée dans le marbre: elle part du transept Sud et se poursuit jusqu’à un obélisque placé contre le transept Nord qui reçoit des tâches de lumière indiquant les équinoxes. La ligne de cuivre établie en 1727, représente la course du rayon de soleil qui pénètre dans l’église par un trou situé dans la fenêtre sud de la croisée. Le rayon termine sa course à son extrémité nord sur l’obélisque, où sont tracés des repères verticaux. En fonction de la hauteur atteinte par le rayon du soleil sur l’obélisque, on arrivait ainsi à déterminer l’équinoxe du printemps, le dimanche de Pâques et l’heure de midi. Cet ensemble est ce qu’on appelle une méridienne

Dis soleil, donne nous la mesure de la terre 

 En grec, ce mot de gnomon désigne ce qui comprend, décide, juge, interprète et distingue, règle qui permet de comprendre. La construction du cadran solaire met en scène l’ombre et la lumière naturelle interceptés par cette règle, appareil de connaissance.

C’est à l’aide d’un obélisque (en l’occurrence le phare d’Alexandrie construit vers 300 av. J.-C.) qu’Ératosthène (il fut nommé à la tête de la bibliothèque d’Alexandrie), vers 205 avant notre ère, calcule la première estimation de la circonférence terrestre[1]. En se servant de la différence d’inclinaison des ombres du Soleil, le jour du solstice d’été. Ératosthène sait qu’à Syène, aujourd’hui Assouan en Égypte, le jour du solstice d’été, à midi, les rayons solaires tombent verticalement par rapport au sol parce qu’ils  éclairent un puits jusqu’à son fond. Au même moment à Alexandrie, ville située à peu près sur le même méridien mais plus au nord, le Soleil n’est pas au zénith.

L’obélisque de cette ville y projette en effet vers le Nord une ombre bien mesurable. Avec la verticale du lieu (la hauteur du phare), la longueur de l’ombre de l’obélisque permet de connaître l’angle que fait la direction du Soleil et par là même de déterminer celui que font les deux villes à partir du centre de la Terre. Pour en déduire la valeur d’un méridien (circonférence passant par les pôles), il «suffit» à Ératosthène d’estimer la distance séparant les deux villes. Selon le mythe, un bématiste[2] compta alors 5000 stades. Le calcul de proportionnalité avec un angle de 7,2 degrés (l’angle au centre égal celui calculé sur la surface d’après la propriété des angles alternes-alternes) et une mesure de 157,5 mètres pour 1 stade donne 39375 km (le cercle ayant 360° le calcul s’établit ainsi: 5000×157,5/7,2×360) à comparer avec les 40007,8 actuellement mesurés!

Ainsi le gnomon, donnant ce passage du lumineux au sombre, dit qu’il connaît. Cette idée est dans ces paroles de Michel Serres : «Oui, la géométrie porte justement le nom de sa mère la terre sur laquelle ce qui tombe du ciel se mesure. Jalonnée à l’aide du gnomon, elle demeure à l’ombre comme un fondement, comme une fondation creusée sous la science; la géométrie sommeillait sous la terre ou rêvait dans l’éclat du soleil. Le gnomon des anciens Grecs ou des Babyloniens l’a, peu à peu, réveillée le long des formes singulières communes à l’ombre et à la lumière». C’est ce que fit Thalès en élaborant au VI e siècle avant J.-C. les fondements de  la géométrie, il le fit notamment dans l’ombre de la pyramide de Khéops. Ayant établi un rapport entre la taille de sa propre hauteur et de son ombre portée sous le soleil égyptien, et ayant mesuré la longueur de l’ombre de la pyramide, il transposa ce même rapport pour calculer la mesure de la hauteur de la pyramide. Ce rapport qui permet de passer du petit au grand, dans la similitude des proportions, est dit rapport d’homothétie.Peut-être fut-ce un bâton planté dans le sable qui servit de mesure? Peut-être était-ce Khéphren ou Mykérinos, peu importe. Nous sommes, comme Thalès, à l’ombre de toutes les pyramides qui, dans un rapport d’homothétie, à partir de l’ombre d’un bâton ou de nous-mêmes debout dans toutes les lumières, nous permettent de calculer l’immensité, de la ramener à notre dimension ou inversement de nous donner la mesure du plus grand que nous.Nous sommes des géomètres parce que nous sommes entrés ici.

L’obélisque sera l’intime de la représentation symbolique du ciel et de son immensité.

Par sa verticalité, l’obélisque s’apparente à la vaste famille des pierres levées, il devient le lien entre ciel et terre, le médiateur entre ici-bas et l’infini, entre la finitude de la vie et l’éternité de la mort. C’est pourquoi l’obélisque sera dressé, comme un lien avec les forces cosmiques, à l’entrée des temples,  des tombeaux.

Pour les Égyptiens, le sommet de l’obélisque, appelé pyramidion, est souvent recouvert d’or parce qu’il est la montagne cosmique, la colline primordiale, la première terre émergée des eaux sur laquelle se posa le premier rayon de soleil. Une idée analogue est prêtée à Hermès Trismégiste pour qui le sommet pyramidal symboliserait le verbe démiurgique, puissance première inengendrée mais émergée du père et gouvernant toute chose créée. C’est pourquoi les obélisques pouvaient être faits de matériaux précieux : Thoutmosis III (v. 1504 – v. 1450 av. J.-C.) fit édifier deux obélisques en électrum massif (métal contenant 75 % d’or), mesurant 6,50 m de haut et pesant 32 tonnes chacun.

La forme du pyramidion nous oblige à dire tout de même quelques mots sur la symbolique du triangle quand il est en quelque sorte une représentation imaginale des métamorphoses de tous les aspects de l’origine. Pour Pythagore Le triangle signifie la triple nature de la première substance différenciée ou la consubstantialité de l’Esprit manifesté, de la matière, et de l’Univers leur fils. Cette consubstantialité émane du point, le véritable Logos ésotérique , c’est ce que dit aussi hermès Trismégiste.

Cette monade trinitaire est un triangle équilatéral. Le sommet est le UN ; non pas le nombre mais l’unité qui est en contact avec le vide, l’Aïn-sof de la gnose hébraïque, le Mystère des Mystères (en ces temps le zéro n’était pas encore inventé). L’unité contient le 2 qui est le premier nombre parce qu’il faut qu’il y ait le 2 pour qu’il y ait soit augmentation, soit division, pour qu’il y ait autre chose et c’est ce quelque chose d’autre qui permet de dire que le 2 fonde le 1 qui alors se différencie de l’unité indénombrable. Avec le 2, le 1 se sépare de l’unité. C’est dans la manifestation du commencement que le Un devient le nombre un. (voir l’article La Tétraktys ou une théorie de l’émanation)

Auguste va exploiter ces symboles dans le cadre de sa propagande personnelle. En effet, comme le rappelle Valbelle : « Dès le règne d’Auguste, le transport et l’érection à Rome d’un obélisque héliopolitain dédié au dieu soleil associent ces monuments caractéristiques de la religion solaire égyptienne à une théologie solaire intégrée à l’idéologie impériale. »

Ses successeurs ne manquèrent pas d’en faire de même. Caracalla fit d’Isis une divinité de l’État romain. Néron, admirateur du despotisme à l’oriental, montra un vif intérêt pour les symboles égyptiens et particulièrement pour les obélisques. Aurélien adopta même le dieu solaire comme dieu suprême de l’Empire. Enfin, Constantin fit lui aussi déplacer des obélisques d’Égypte à Rome. Ornant les places, les temples, les cirques, les bâtiments funéraires, l’obélisque est devenu un élément ornemental incontournable de la Rome antique.

Le monumental de l’obélisque se fait reportage sculpté et prendra place naturellement pour célébrer des évènements marquants d’un règne.

Depuis la nuit des temps, les représentations figurées du Roi dans la capitale, les palais et les châteaux fonctionnent en tant que mise en scène de la monarchie.

Signes de puissance qui signalent où réside l’autorité, ces signes participent de la représentation politique et de ses avatars.

Comme forme architecturale, la pyramide c’est déjà un vestige. Avant de répondre à quelque fonction que ce soit, avant de témoigner de ce qui a eu lieu où elle s’élève, elle s’offre comme le monument d’elle-même : mémoire de la mémoire ou monument dédié à la mémoire. La pyramide inscrit le lieu dans le lieu, rappelle le lieu à sa mémoire de lieu. D’où la faveur qu’elle connaît chez les architectes placés devant la commande d’un signal urbain.

Cathala en 1790 projette ainsi une place de la Bastille avec une colonne qui “représenterait les événements les plus intéressants du règne de Louis XVI et de la Révolution.

” Les bas-reliefs parleraient de la prise de la Bastille, de l’arrivée du roi et de la reine à Paris, du serment de Sa Majesté sur la Constitution et de l’adhésion des provinces aux décrets de l’Assemblée.

Le 13 juillet de la même année, Barère demande que soit décrété un obélisque construit avec les pierres de la Bastille, où l’on graverait les droits de l’Homme, la prise de la Bastille et la Fédération. Une députation d’artistes vient à la tribune en septembre 1791 proposer que soit édifiée une colonne sur le Champ de la Fédération, où seront gravées les conquêtes de la Liberté, tandis que Mangin et Corbet suggèrent de commencer sans plus tarder un monument consacré aux événements de la Révolution, “figurés sous des traits symboliques.”

Il y a 40 ans, le président Gamal Abdel Nasser inaugurait l’obélisque de Port-Said érigé à la mémoire des martyrs de la ville. Cet obélisque qui se dresse toujours au milieu d’une grande place. est planté sur un immense socle de 6 mètres de hauteur orné de bas-reliefs représentant les différentes phases de la lutte populaire contre l’impérialisme: Révolution du 23 juillet 1952, nationalisation de l’ancienne Compagnie du Canal de Suez. Un verset du Coran est gravé sur le socle.

Sous le Directoire (gouvernement de la France de 1795 à 1799), les relations se détériorèrent entre les États-Unis et la France. De 1798 à 1800, il y eut une guerre maritime entre les deux grandes républiques avec, de part et d’autre, des saisies de bateaux marchands

Aussitôt que le pouvoir lui fut confié (décembre 1799), Napoléon , qui était un admirateur des États-Unis, il avait un buste de George WASHIGNTON dans son bureau (n’est-ce pas Mr Zins ?) , Bonaparte travailla à restaurer la paix et l’amitié entre les deux nations.

Il invita le Président John ADAMS à entamer des négociations de paix. En conséquence, Olivier Ellsworth, William Davie et William Vans-Murray arrivèrent à Paris le 2 avril 1800. Bonaparte put apporter aux négociations tout son bon sens, son esprit de justice et sa volonté de paix et arriver ainsi à un accord qui reçut le titre de «Convention de Mortefontaine » signée le 30 septembre 1800.

Deux jours plus tard, le 2 octobre 1800, le Premier Consul donnait une grande fête à Mortefontaine pour le commémorer. Un obélisque flamboyant, dont le piédestal était orné d’allégories célébrant l’union des Républiques américaine et française, illuminait ses abords.

Comme art investi d’une finalité expressive, l’obélisque en France veut marquer le pouvoir absolu de ses monarques, il veut en scander l’étendue. Pourtant le culte du roi Louis XIV, malgré la propagande royale organisée par Colbert, n’est pas parvenu à soumettre tous les Français dans une commune adoration de son souverain. C’est que ce culte est tourné en priorité 1 – vers la postérité (d’où l’importance de l’obélisque qui symbolise la renommée éternelle), 2 – vers les classes supérieures (il est bien rare de trouver une statue du roi dans un village de cette nation de paysans), 3 – vers les cours étrangères.

Faim, froid, épidémies, la guerre par surcroît : voilà l’origine des grandes révoltes paysannes de ceux qu’on appelait les Croquants, les Nu-Pieds, les Lustucrus, voilà l’origine du mécontentement qui gronde non seulement chez les protestants, mais aussi chez les proches du roi. Ils se retrouveront en 1793 devant l’obélisque pyramidal de Vaise, pour le détruire parce que cet obélisque affirmait, forcément, tout ce qui vient d’être dit à propos des obélisques.

Il est dit que le franc-maçon se construit comme un temple (de Salomon) ou comme une cathédrale. Mais, me souvenant de ces vers extraits du Recueils d’Automne de Victor  Hugo Hélas ! Plus de grandeur contient plus de néant/ La bombe atteint plutôt l’obélisque géant/ Que la tourelle des colombes, je me demande s’il ne serait pas plus humble qu’il se construise en ruche ? Nous en reparlerons dans un prochain article.


[1] La méthode utilisée par Ératosthène est décrite par Cléomède dans sa Théorie circulaire des corps célestes.

[2] Un bématiste (du grec ancien βηματιστής) est un arpenteur de la Grèce antique qui mesurait la distance entre deux points en comptant le nombre de pas (en grec βῆμα / bêma) ; ici en l’occurrence ceux d’un chameau dont les pas étaient réputés égaux et réguliers.

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Solange Sudarskis
Solange Sudarskis
Maître de conférences honoraire, chevalier des Palmes académiques. Initiée au Droit Humain en 1977. Auteur de plusieurs livres maçonniques dont le "Dictionnaire vagabond de la pensée maçonnique", prix littéraire de l'Institut Maçonnique de France 2017, catégorie « Essais et Symbolisme ».

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