mar 18 juin 2024 - 11:06

Maçonner, pourquoi ? Pour quoi faire ?

Quelle est la finalité de la démarche maçonnique ? C’est la question que je me suis posée dès mon initiation en apprenant mon « devoir de silence » sur les colonnes, pendant mon noviciat. Puis, ayant remarqué dans le miroir avec amusement que mes deux oreilles, comme tout un chacun, étaient en forme stylisée de point d’interrogation, j’en ai déduit que je devais commencer par écouter les échanges de mes frères et sœurs. Pour les comprendre et me comprendre. Pour faire ma connaissance et co-naissance ! Puis ouvrir le chemin initiatique devant moi, en avançant. Parce que l’initiation est un long parcours.

Aujourd’hui, après mes nombreuses années de marche, je le constate : Penser, évaluer, communiquer, interagir avec les autres, affine raisonnements, jugements, langages et attitudes. L’homme-maçon que je suis n’est plus de la sorte taraudé par le sempiternel « QUI suis-je ? ». Se dégager de cet autocentrisme, c’est enfin accéder au « QUE Suis-je ? ».

 Autrement dit, c’est non seulement découvrir mon identité, mais en passant du Moi social au Soi profond – cet espace intime que nous nommons notre « temple intérieur » – c’est trouver ma place dans la société des Hommes. En tant qu’être inscrit dans un récit, familial, amical, professionnel, associatif. Pas uniquement pour conquérir une position sociale ou maçonnique, mais aussi et surtout pour bénéficier d’un « espace de contentement » privé, où je peux me sentir heureux, et d’où je peux rendre heureux mon entourage. Dans la reconnaissance et considération mutuelles, aimer et être aimé.

Notre épanouissement dépend de cette harmonie qui est elle-même stimulante, engageante à entreprendre et croître. L’ambition n’est pas un défaut quand il s’agit d’augmenter notre « puissance d’être », d’élargir notre esprit, de découvrir et de créer en bonne compagnie. Bref, de mieux être pour mieux vivre, de mieux échanger pour mieux partager.

Ainsi pour le franc-maçon, la franc-maçonne, friand (e) de symbolisme, tailler sa pierre, ne consiste pas à y sculpter un personnage artificiel, mais – c’est bien différent – à s’extraire soi-même de cette gangue socio-culturelle ambiante qui au gré des tendances et modes, l’emprisonne. Et partant du précepte socratique « Connais-toi toi-même », il, elle rejoint celui de Pindare « Deviens ce que tu es ». Cette naissance de soi, c’est bien le sens de l’initiation : L’Homme rendu à lui-même ! Libre !

Le fait de penser et communiquer, de choisir et de décider, produit des attitudes et des comportements uniques sans équivalents dans le règne animal. L’immense majorité des êtres humains ne vit plus vraiment au sein de la nature, mais dans un milieu culturel, social, technique et économique, forgé au fil des générations. La qualification de « sapiens » attribuée par l’anthropologie à cet « Homme évolutif » est fondée en termes de connaissances, d’acquisitions et d’applications de son intelligence, mais ne fait pas de lui le « sage » annoncé. Il a les défauts de ses qualités. Entre autres, curiosité, volonté, courage, orgueil, sont autant d’adjectifs qui peuvent engendrer intrépidité, entêtement, imprudence, vanité.

Son intelligence « faussée » est alors à même de créer un ego boursoufflé dont la surdimension entraîne le fameux « hubris », terme qui chez les Grecs anciens désignait la démesure. Il est ainsi loisible de constater que le rêve d’Icare – ce désir chimérique de voler et de surplomber comme l’oiseau – habite toujours son inconscient. La dernière tour construite à Dubaï qui culmine a plus de mille mètres, confirme cette inquiétante et, au vrai, inutile « grandiosité ».

 La démarche maçonnique qui permet de conjuguer nature et culture, nous ramène à l’humilité. Nous venons de l’humus et y retournerons. S’il ne nous est pas possible modifier notre programme génétique nous pouvons changer de regard sur le monde. Et rectifier si besoin notre comportement. Nous ne serions plus vraiment humains sans désirs, sans projets, sans la main sur le cœur et le cœur sur la main. Mais comme nous ne sommes pas parfaits – et tant mieux – nous aurons toujours des obstacles à franchir, quelque défi à relever, quelque peur à dompter, une adversité à vaincre. Le Mal est la doublure du manteau du Bien. Ce sont les difficultés surmontées qui fondent nos valeurs existentielles. Le franc-maçon, la franc-maçonne savent qu’ils ont besoin du désordre pour bâtir l’ordre. C’est des oscillations du fil à plomb que vient sa parfaite fixité. Et des lapsus dans nos discours qui en font la vérité. Il s’agit de se respecter et de respecter les autres, en leur assurant solidarité et générosité. Aider quelqu’un à se relever, c’est s’élever soi- même. L’Homme debout vaut un gratte-ciel.

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Gilbert Garibal
Gilbert Garibal
Gilbert Garibal, docteur en philosophie, psychosociologue et ancien psychanalyste en milieu hospitalier, est spécialisé dans l'écriture d'ouvrages pratiques sur le développement personnel, les faits de société et la franc-maçonnerie ( parus, entre autres, chez Marabout, Hachette, De Vecchi, Dangles, Dervy, Grancher, Numérilivre, Cosmogone), Il a écrit une trentaine d’ouvrages dont une quinzaine sur la franc-maçonnerie. Ses deux livres maçonniques récents sont : Une traversée de l’Art Royal ( Numérilivre - 2022) et La Franc-maçonnerie, une école de vie à découvrir (Cosmogone-2023).

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