dim 26 mai 2024 - 04:05

Les Sârs de la Rose-Croix

La très belle chemise de protection amovible d’un livre donne déjà l’envie d’ouvrir l’ouvrage au titre qui, pour certains, peut sembler assez énigmatique…

La première de couverture représente un détail de l’ex-libris du Dr Édouard Bertholet, grand maître de la Rose-Croix suisse, issu de la collection « l’Atelier Symboliste » – dirigé par Daniel Guéguen, lobbyiste européen de profession, auteur, professeur au Collège d’Europe et amateur de la période fin-de-siècle qu’il étudie dans sa relation entre l’occultisme et l’art –dont l’emploi de la couleur verte dans le terme « Atelier » exprime le secret, l’occultisme.

Émile Dantime.

Quant à la quatrième de couverture, elle reprend la célèbre effigie d’Émile Dantime (1884-1969), historien et bibliothécaire communal et secrétaire du musée communal de Huy, ville francophone de la région wallonne en Belgique, connu pour avoir surtout membre de sociétés ésotériques comme « La Rose+Croix Universitaire » et de « L’Ordre d’Hermès Tétramégiste », fondateur en 1934 de la Fédération universelle des ordres et sociétés initiatiques (FUDOSI) regroupant sous une même bannière les ordres et sociétés initiatiques qui répondaient à certains critères de qualité et d’authenticité. Ceci devait permettre de distinguer les sociétés ésotériques sérieuses des nombreux mouvements pseudo-ésotériques qui pullulaient à l’époque, mouvements qui n’offraient aucune garanties aux chercheurs en quête de spiritualité. Émile Dantime avait adopté le nom ésotérique de Sâr Hieronymus.

Serge Caillet.

Les deux rabats repliés sur les contreplats de la couverture servant, à gauche, à présenter Serge Caillet, historien spécialisé dans l’étude des sociétés initiatiques modernes (Rose-Croix, ordres néo-templiers), des rites occultistes (Memphis-Misraïm) et du martinisme (Ordres martinistes, Ordre des Élus Coëns), auteur à la plume érudite, et celui de droite ses ouvrages publiés chez La Tarente à qui nous devons un magnifique catalogue dans les domaines aussi sérieux, entre autres, que la Franc-maçonnerie, l’Alchimie, la kabbale, l’occultisme, la philosophie, le symbolisme et la tradition.

Robert Amadou en 1987 – Coll. Serge Caillet.

La préface de Robert Amadou (1924-2006), écrivain français ayant joué un rôle important dans la diffusion de la parapsychologie en France et surtout dans l’étude de l’ésotérisme (Franc-Maçonnerie, martinisme, soufisme, etc.) est une reprise de celle publié dans l’ouvrage de Serge Caillet et intitulé Sar Hiéronymus et la Fudosi publié chez Cariscript (collection documents martinistes 26) en 1986,  quasiment introuvable de nos jours.

En neuf chapitres, l’auteur retrace tout d’abord, l’histoire d’un rosicrucien peu connu le vicomte Édouard de Lapasse (1792-1867), grand médecin toulousain initié à l’hermétisme des Rose-croix par le prince Balbiani de Palerme, prétendu disciple de Cagliostro, pour nous entretenir ensuite de R+C tels Eugène Aroux, Arcade d’Orient Vial (1790-1877) horloger, puis joaillier surnommé par les gens ordinaires « l’homme de Dieu ».et auteur de la Philosophie Naturelle (Paris, Delaroque Jeune, 1820) et Firmin Boisson.

Joseph-Aimé Péladan.

De la Rose-Croix kabbalistique (OKRC), Serge Caillet nous dresse un tableau réaliste à travers la vie des animateurs que furent Stanislas de Guaita (1861-1897), l’abbé Paul François Gaspar Lacuria (1806-1890), mage chrétien, l’abbé Roca, l’abbé Alta de son vari nom Calixte Mélinge et Sâr Mérodak qui n’est autre que l’écrivain, critique d’art et occultiste Joseph-Aimé Péladan (1858-1918).

Papus.

Ce livre est aussi l’occasion de renouer avec la vie et l’œuvre de grands noms de l’occultisme tels l’astrologue Albert Faucheux, dit F.-Ch. Barlet (1838-1921) , dont le parcours est lié principalement à ceux de Max Théon, de Gérard Anaclet Vincent Encausse (1865-1916), dit Papus, cofondateur de l’Ordre Martiniste avec Augustin Chaboseau, et de René Guénon.

Serge Caillet nous propose aussi un retour sur Henri-Charles Détré (1855-1918), dit Téder, martiniste et franc-maçon, sur la Société alchimique de France et une intéressante approche de la Rose -Croix en Belgique.

Il nous entretient aussi, pour notre plus grand profit et plaisir, de différentes fraternités comme celle de la Fraternité des Polaires qui semble compter dans ses rangs un certain nombre d’écrivains nous conduisnat de Conan Doyle au trésor de Montségur…

La croix avec, en son centre, une rose rouge, symbole de l’AMORC.

L’auteur ne peut faire l’impasse sur les origines de l’Antiquus Mysticusque Ordo Rosae Crucis, soit, en français, « Ancien et mystique ordre de la Rose-Croix » (AMORC), se définissant comme « un mouvement philosophique, initiatique et traditionnel mondial, non sectaire et non religieux, apolitique, ouvert aux hommes et aux femmes, sans distinction de race, de religion ou de position sociale » et de son fondateur et premier Imperator (responsable mondial) Harvey Spencer Lewis (1883-1939).

Une large part du livre est bien évidemment consacré à la Fédération Universelle des Ordres et Sociétés Initiatiques (FUDOSI), qui regroupe ordres et de sociétés ésotériques ou mystiques autonomes, fondée en 1934 à Bruxelles et dissoute en 1951. Sa mission essentielle étant « de protéger les liturgies sacrées, les rites et les doctrines des ordres initiatiques traditionnels contre l’appropriation et la profanation par des organisations clandestines ».

Blason de la FUDOSI.

Après ses « Heurs et malheurs », l’auteur conclut sur « Quel héritage ? Quels héritiers ? » posant la question de la survivance de certaines fraternités, notamment celle des Polaires ou celui de l’Ordre du Lys et de l’Aigle.

L’article de Claire Devarrieux ”Les bons et beaux livres” (Libération, n° 8585 du 11.XII.2008) définissait ce qu’est un beau-livre : « Il y a des livres. Il y a de bons livres. Des mauvais, aussi, peu importe. Et puis il y a les « beaux-livres », qu’on entoure de guillemets comme ils sont emmaillotés de plastique. On cale volontiers un trait d’union entre les deux mots, afin de bien montrer ce dont on parle. »

Les Sârs de la Rose-Croix, imprimé avec soin, au format 15cm X 22cm et richement illustré, entre dans cette catégorie des beaux-livres… Très beau-livre même . Et par le texte et par l’image ! Serge Caillet s‘étant fondé sur de très nombreux documents inédits. Des origines à aujourd’hui, nous est offert une très belle histoire des Sârs de la Rose-Croix.

Les Sârs de la Rose-Croix

Serge Caillet – Préface de Robert Amadou/Les Éditions de la Tarente, 2022, 368 pages, 38 € – Retrouvez La Tarente sur son site

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Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti est directeur de la rédaction de 450.fm. Il a fait l’essentiel de sa carrière dans une grande banque ancrée dans nos territoires. Petit-fils du Compagnon de l’Union Compagnonnique des Compagnons du Tour de France des Devoirs Unis (UC) Pierre Reynal, dit « Corrézien la Fraternité », il s’est engagé depuis fort longtemps sur le sentier des sciences traditionnelles et des sociétés initiatiques. Chroniqueur littéraire, membre du bureau de l'Institut Maçonnique de France (IMF) et médiateur culturel au musée de la franc-maçonnerie (Musée de France), il collabore à de nombreux ouvrages liés à l’Art Royal et rédige des notes de lecture pour plusieurs revues obédientielles dont « La Chaîne d’Union » du Grand Orient de France et « Perspectives » de la Fédération française de l’Ordre Mixte International Le Droit Humain ou encore « Le Compagnonnage » de l’UC. Initiateur des Estivales Maçonniques en Pays de Luchon, il en a été le commissaire général. En 2023, il est fait membre d'honneur des Imaginales Maçonniques & Ésotériques d'Épinal (IM&EE).

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