sam 22 juin 2024 - 18:06

Homère Franc-Maçon ?

« Homère, le plus grand et peut-être le moins connu de tous les poètes. Après tant de siècles, tous les détails de sa vie sont encore un sujet de doute, et son existence même est un problème »,

nous dit la Bibliographie universelle, ancienne et moderne, sous la direction de l’écrivain, imprimeur et libraire Louis Gabriel Michaud (1773-1853).

Puisse cet ouvrage d’Henri Gallois* nous éclairer quelque peu. Dans son introduction, l’auteur précise toutefois que le titre, qui pourrait sembler sulfureux, voire insolite si ce n’est délirant, revient sur la bibliographie existante concernant Homère, signifiant, en grec « otage » ou « celui qui est obligé de suivre »…, réputé avoir été un aède, un poète, de la fin du VIIIe siècle av. J.-C.

Tête d’Homère, type d’Épiménide. Copie moderne d’après un original à la Glyptothèque.

Surnommé « le Poète »par les Anciens, l’Iliade et l’Odyssée, les deux premières œuvres de la littérature occidentale, lui sont attribuées. Un livre assez surprenant mais qui ne manque pas d’opportunités et encore moins d’originalité. Définissons aussi le terme de Tradition qui ne doit pas être galvaudé par certains synonymes, tel ‘’usage’’, ‘’coutume’’ ou pire ‘’habitude’’, la tradition présente ici est synonyme « de Sagesse ancestrale, véhiculée dès l’Origine par les êtres comme Noé ou Énoch, eux-mêmes dépositaires et dispensateurs d’une sorte de mode d’emploi permettant à l’Homme (hommes et femmes, cela va sans dire !) de pouvoir remonter un courant lui permettant, non pas dans l’immédiateté d’une vie humaine, mais au fur et à mesure des millénaires, de recouvrer son ancien état adamique ».

C’est ainsi que le premier chapitre « Propos sur Tradition, mythe et allégorie » redonne, pour une meilleure compréhension – Tradition avec un T majuscule – la définition et l’étymologie de tous termes.

Galatée et Polyphème, fresque romaine de la Maison de la Vieille Chasse à Pompéi, Musée archéologique national de Naples

À première lecture, nous avons l’impression qu’Henri Gallois revisite une cérémonie d’initiation (avant, pendant , avec les voyages notamment, à différentes grades/degrés avec l’étude des arts libéraux, etc.) à la lumière de cette épopée de la Grèce antique attribuée à leur légendaire auteur qu’est Homère. C’est ainsi qu’il commence par « La Caverne, le Cabinet de réflexion). Sachant que pour chaque initiation, le néophyte est obligé de passer « par un passage souterrain, une caverne, une grotte, une crypte, un cabinet de réflexion, un endroit obscur et isolé ou toute communication spontanée avec l’extérieur est impossible ».

Les 7 premiers vers de l’Iliade

Faisant toujours un parallèle avec nos rituels, Henri Gallois nous présente quelques énigmes. Tentant à chaque fois d’éclairer les propos d’Homère qui, après tout, ne sont pas si évidents que cela à comprendre, mais surtout à interpréter pour le commun des mortels. C’est ainsi qu’il nous apporte sa vision sur le cyclope Polyphème, géant anthropophage, fils de Poséidon et de la nymphe Thoôsa, sur moly, la plante magique utilisée par Ulysse comme antidote, littéralement « herbe de vie », aux sortilèges de la magicienne Circé, qui avait transformé ses hommes d’équipage en porcelets… Et bien d’autre énigmes encore telles celles des lotophages, cette plante dont la consommation a la propriété de faire oublier à ceux qui en mangent qui ils sont et d’où ils viennent,

Gravure de Lotophages illustrant une édition de 1621 des Emblemata d’André Alciat.

« Le mystère de la chaîne d’or », « L’abeille et le miel » qui ne pourra qu’intéresser le lecteur, sachant ce qui représente cet hyménoptère dans la symbolique maçonnique. Les cinq derniers chapitres éveilleront l’intérêt du cherchant et susciteront vraisemblables en lui, à la fois des questions mais sûrement aussi des réponses. Il en est ainsi du trivium et du quadrivium, des orientations « Masonico-Homériques », des rapports avec « Maçonnerie et Alchimie ». Il en est de même des relations « Homère, Ulysse et Franc-Maçonnerie ». Car comme dans l’épopée d’Ulysse, la maçonnerie est aussi un voyage au travers ou par l’intermédiaire du rite, quel que soit celui que nous pratiquons, et des rituels. « Et comme Ulysse, le maçon est à la fois Ulysse lui-même et ses Compagnons » nous précise Henri Gallois. Avec cette analyse de l’Odyssée, sur les traces du mari de Pénélope, roi d’Ithaque et père de Télémaque,  l’auteur met en perspective certains aspects de l’œuvre d’Homère.

Carte de la Grèce homérique, telle que décrite principalement dans le Catalogue des vaisseaux et des Troyens

*Henri Gallois, chef d’orchestre français, né en Algérie, est largement ouvert aux cultures du monde. De nombreuses scènes internationales font appel à lui : Genève, Paris, Saarbrück, Palerme, Beyrouth, Damas, Rabat, Roumanie, Pologne… Il a accompagné des solistes prestigieux (Montserrat Caballé 1933-2018) notamment). De Bach à Britten, il aborde des répertoires très divers, allant des œuvres symphoniques aux œuvres lyriques. Nombre de ses enregistrements ont été publiés et primés, notamment l’enregistrement de Philémon et Baucis de Gounod, primé aux Grands prix de l’Académie Charles d’or – diapason d’Or.

Henri Gallois est également fortement engagé dans des programmes éducatifs, favorisant l’accès des jeunes (musiciens ou non), à la musique. Il a occupé plusieurs postes permanents notamment à Toulouse et à Lille, où il a été directeur musical à l’Opéra du Nord.

Homère et son guide, par William Bouguereau (1874).

Il a mis sans doute sa sensibilité artistique et ses recherches au service de la Quête initiatique, partagée au travers de ses écrits. Nous lui devons, chez LiberFaber en 2014, Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux, puis en 2020 Conscience, physique quantique et Franc-Maçonnerie. Sans oublier de mentionner son G comme gnose (DERVY, 2016) où l’auteur s’attache au sens premier du terme, celui de Connaissance. Celle ’’mise à disposition’’ de l’Homme depuis qu’il a été banni de ce jardin merveilleux qu’est l’Éden.

Homère Franc-Maçon ? – L’Odyssée revue mais non corrigée

Henri Gallois – LiberFaber, 2023, 200 pages, 20 €

Ingres, L’Apothéose d’Homère, 1827, musée du Louvre (Inv. 5417).

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Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti est directeur de la rédaction de 450.fm. Il a fait l’essentiel de sa carrière dans une grande banque ancrée dans nos territoires. Petit-fils du Compagnon de l’Union Compagnonnique des Compagnons du Tour de France des Devoirs Unis (UC) Pierre Reynal, dit « Corrézien la Fraternité », il s’est engagé depuis fort longtemps sur le sentier des sciences traditionnelles et des sociétés initiatiques. Chroniqueur littéraire, membre du bureau de l'Institut Maçonnique de France (IMF) et médiateur culturel au musée de la franc-maçonnerie (Musée de France), il collabore à de nombreux ouvrages liés à l’Art Royal et rédige des notes de lecture pour plusieurs revues obédientielles dont « La Chaîne d’Union » du Grand Orient de France et « Perspectives » de la Fédération française de l’Ordre Mixte International Le Droit Humain ou encore « Le Compagnonnage » de l’UC. Initiateur des Estivales Maçonniques en Pays de Luchon, il en a été le commissaire général. En 2023, il est fait membre d'honneur des Imaginales Maçonniques & Ésotériques d'Épinal (IM&EE).

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