dim 26 mai 2024 - 05:05

Coucou, il est l’heure du sacré en Franc-maçonnerie !

Le TEMPS

Le temps, en hébreu, se dit « zeman » זְמַן, ce qui signifie littéralement : « c’est quoi ? » C’est de lui que surgit la possibilité de la question, de l’interrogation Quand on réfléchit, « manger » n’est-ce pas consommer du temps, celui de l’existence de ceux qui ont participé à la production de ce que l’on ingurgite ?

La conception du temps dans la philosophie alexandrine spécifie trois temps : chronos, aeon et kaïros comme l’explique Jean Solis.

Le monde créé, est un monde temporel, c’est un « monde temps », au point que l’idée d’un non-temps est impensable, inconcevable. C’est quoi le temps ? Réponse donnée par Nassim Haramein: le temps n’est qu’un concept humain manifesté dans la mémoire, pas celui de l’univers ; seule l’information est sur l’espace.

Pour Étienne Klein, la polysémie du mot « temps » a pour conséquence l’impossibilité sinon l’erreur métaphorique de le définir par le langage, mais sa structure formate notre pensée du temps?

Que savons-nous du temps? Étienne Klein tente d’y répondre.

D’où vient le temps qui passe ?

La durée du temps sacré maçonnique

Le temps sacré maçonnique est la durée qui est comprise seulement entre deux évènements donnée par le rituel d’ouverture des travaux et de fermeture des travaux.  Temps pendant lequel les membres laissent leurs métaux à la porte du temple, durant lequel le vouvoiement cérémonieux, remplace le tutoiement fraternel,  durant lequel l’ordre est établi et dirigé par le Vénérable Maître élu et installé, aidé en cela par ses officiers.  C’est le temps durant lequel tout ce qui est dit et réalisé doit respecter la règle intangible de la tradition maçonnique, selon le rite et le grade.  Ce temps immobile entre deux bornes a une caractéristique dynamique et créatrice, puisque c’est en lui, en sa présence, que s’effectue le travail véritablement initiatique. Il est une figuration de l’éternel présent, car il se recrée en permanence ; du moins pour autant qu’il soit réalisé par l’attention, la disponibilité, la présence réelle du maçon. En sortant de la succession temporelle, on peut se rapprocher d’une conception d’ordre métaphysique. C’est un espace-temps dans l’incessant troc du temps pour de l’espace ou de l’espace pour du temps.

Si les premiers degrés travaillent de midi à minuit, on trouve dans les rituels, à différents degrés, des durées différentes : de l’aube à fin du jour, de la 1ère heure du jour à la 5ème heure du jour, du point du jour à 7h du soir,  de la 1ère heure après minuit à l’heure du retour à l’heure où les 9 flambeaux illuminent le Temple, de 5h du matin à 6h du soir, quand le génie parle jusqu’au soleil a disparu, du coucher du soleil à l’aube, de midi plein à minuit plein, de l’heure prédite à l’heure accomplie, le jour et l’heure que le fils d’Hiram doit venir pour sacrifier au GADLU au jour et l’heure que le fils d’Hiram est venu pour sacrifier au GADLU, une heure à quatre heures, 10h à 4h, quand l’heure a sonné de répandre la Bonne Nouvelle à l’heure de préparer la seconde venue du Fils de l’Homme…

Au 1er degré du Rite Charbonnier les travaux ont lieu depuis la fine aiguille, jusqu’au soleil couché.

Le temps sacré se distingue du temps maçonnique, c’est-à-dire de celui qui se situe avant le rituel d’ouverture et après le rituel de fermeture des travaux, avec la mise en conformité du temple par les apprentis, contrôlé par le second surveillant et validé par le Grand Expert, avec le revêtement du tablier, des décors et des gants blancs, parfois celui l’habillement. Le temps, une fois sacré, devient un espace/temps sans heure des horloges ni celle des méridiens. Ce n’est plus la lumière du soleil qui éclaire la loge mais celui de la lumière de la Connaissance ; la loge est alors dans un temps apodictique (nécessairement vrai car postulé par le rituel et accepté comme tel par les membres présents).

Dans Ahiman Rezon, Lawrence Dertnott dit que « les heures de loge, c’est-à-dire le temps où il est permis à une loge de travailler ou de faire affaire, sont du 25 mars au 26 septembre, entre sept heures et dix, et du 25 septembre au 25 mars, entre six et neuf heures » ; d’où il a tiré une loi inconnue, très peu observée, même par les loges des Ancients pour qui son Ahiman Rezon a été écrit.

Les Heures maçonniques

 « L’office divin, d’après l’antique tradition chrétienne, est constitué de telle façon que tout le déroulement du jour et de la nuit soit consacré par la louange de Dieu. » C’est ce que l’on appelle la liturgie des heures. Pour les laïcs, la liturgie retient sept heures :

  • Lectures : entre minuit et le lever du jour, ou à toute autre heure de la journée
  • Laudes : à l’aube
  • Tierce (troisième heure après le levant) : à 9 heures
  • Sexte (sixième heure après le levant) : à midi environ
  • None (neuvième heure après le levant) : à 15 heures environ
  • Vêpres : au début de soirée (vers 17 heures)
  • Complies : le soir, avant/après le coucher du soleil

Selon Gallatin Mackey, dans les systèmes français et allemand de métier, nos anciens frères auraient été appelés au travail jusqu’à faible douze (low twelve), ou minuit, ce qui est donc le moment supposé ou fictif auquel la loge française ou allemande est fermée… Dans le système de Zinnendorf, on dit qu’il y a dans une Mason’s Lodge cinq heures, à savoir : « douze coups » (la 12ème heure), midi, midi plein, minuit et minuit plein; qui sont ainsi expliquées : douze coups, frappés avant l’ouverture de la Loge ; midi quand le maître est à flot pour ouvrir la loge ; midi plein, quand elle est dûment ouverte (sans doute équivalent aux « douze grandes » de la Maçonnerie disséquée de Prichard, 1730)  ; minuit quand le Maître est sur le point de la fermer ; et minuit plein, quand elle est fermée et les non initiés sont autorisés à s’approcher. On comprend qu’entre midi (la Loge est à couvert) et minuit plein s’est effectué le rituel qui a effectivement ouvert les travaux (reconnaissance des présents appartenant au moins au degré des travaux, allumage des flambeaux, VLS ouvert, tableau de Loge révélé, …).

On peut retrouver plus de détails sur la différence entre l’heure et l’heure pleine dans l’article de Roland Bermann, La notion de temps au RER selon l’ouverture et la fermeture des travaux au 1er grade.

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Solange Sudarskis
Solange Sudarskis
Maître de conférences honoraire, chevalier des Palmes académiques. Initiée au Droit Humain en 1977. Auteur de plusieurs livres maçonniques dont le "Dictionnaire vagabond de la pensée maçonnique", prix littéraire de l'Institut Maçonnique de France 2017, catégorie « Essais et Symbolisme ».

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