ven 27 janvier 2023 - 00:01

Et le « GADLU » dans tout ça ?

Evoquer le Grand Architecte de l’Univers, c’est évoquer l’Homme. Et précisément, celui à qui la franc-maçonnerie spéculative a emprunté sans doute cette expression. En l’occurrence, Philibert de L’Orme, un architecte-écrivain de la Renaissance, né à Lyon (1510-1570). Il appartient à une famille de maîtres-maçons, d’où, nous pouvons le penser, son goût pour la construction. C’est à son retour de Rome en 1536, où il a fait ses études d’architecte pendant trois ans, qu’il s’attache à donner à cette profession ses titres de noblesse en France. On lui doit ainsi d’avoir fait passer le Maître d’œuvre, formé sur les chantiers des cathédrales, au statut d’architecte. Comment ? Après l’acquisition de la sérieuse formation et de la culture que ce titre requiert déjà à l’époque (connaissance des matériaux, savoir mathématique et géométrique, dessin, confection de plans, instruction philosophique et théologique).

Philibert de l’Orme a collaboré à l’édification de nombreux châteaux (dont ceux de Fontainebleau, Saint-Maur, Anet, Meudon, Saint-Germain en Laye) et monuments religieux (dont les Chapelles du Château de Villers-Cotterets et du Château de Vincennes). Sur demande de Catherine de Médicis, il a tracé le Palais des Tuileries. Théoricien de l’architecture, poète à ses heures, il est l’auteur de nombreux ouvrages techniques de première importance. C’est dans le premier tome de son traité de l’Architecture qu’apparaît l’expression Grand Architecte de l’Univers (1567).

La vie en question

la joie « vient » du coeur

Ce parcours est intéressant à suivre, car il nous installe à la fois dans le monde de la construction terrestre et, par l’expression « Grand Architecte de l’Univers », Philibert de l’Orme émet l’hypothèse d’un « principe architectonique ». Il présiderait, selon lui, à la construction de notre Univers, selon les règles même d’une organisation architecturale de l’espace !

Le principe en cause a été repris par la franc-maçonnerie spéculative, dès l’édition des premières Constitutions, en 1923. Elles disent expressément : « Adam notre premier père créé à l’image de Dieu, le Grand Architecte de l’Univers, dut avoir les sciences libérales gravées dans le coeur… ». Même esprit dans l’édition de 1738, qui précise : « Le Tout-Puissant Architecte et Grand Maître de l’Univers ayant créé toutes choses en accord avec la Géométrie… ».

A part quelques obédiences et organisations maçonniques, ayant choisi de ne pas imposer une croyance déiste à leurs membres, le plus grand nombre conserve aujourd’hui cette notion de « Principe créateur ». Soit sous la forme d’un Grand Architecte de l’Univers « révélé », soit sous une forme symbolique, chacune, chacun des membres de l’institution en cause, y mettant la représentation de son choix.

Qui suis-je ? D’où viens-je ? Où vais-je ? Je sais d’où je viens par ma filiation native et où je vais, par destination finale. Mais, en revanche, savoir qui je suis, en dehors de la connaissance de mon enveloppe charnelle, et de mes perceptions sensorielles, est plus délicat : mon psychisme, autrement dit ma faculté de penser – donc de raisonner, d’imaginer et de croire – ne m’apporte pas de réponse précise, comme mon esprit curieux le souhaiterait. Certes, je suis conscient d’être conscient, je pense que je pense, je vis que je vis. Comme tous les humains, grâce aux découvertes de la science – c’est à dire des scientifiques – j’apprends de plus en plus de choses sur le « vivant ». Mais je ne sais toujours pas ce qu’est le phénomène de la vie. Et encore moins, ce qu’est celui de la mort. Et au fait, qui a créé la vie ? Et qui a créé le Créateur, s’il y en a un ? Et au final, pour quoi faire ? Sans réponse, j’en conclus que la vie n’a pas de sens, et que pour vivre – et si je veux vivre le mieux possible ce temps qui m’est alloué – c’est à moi… de lui trouver et donner du sens !

Alors, mon esprit curieux ajoute trois autres questions : Pourquoi suis-je là ? Qu’est-ce que je fais là ? Dans quel monde j’évolue ?
Si nous nous interrogeons toujours sur le mystère de la vie, nous pouvons également être étonné par les motivations de notre société humaine, toujours plus importante en quantité, sur une planète en train de devenir trop petite. Pour sept milliards d’habitants et bientôt huit ! Les progrès technologiques n’ont jamais été aussi rapides, aussi stupéfiants. Ils nous offrent, certes, un meilleur confort d’existence dans tous les domaines et au quotidien : santé, communication, production, transport, informatique, culture, loisir, etc., …mais la machine, le robot, si prompts à le servir, supplantent trop souvent l’homme maintenant, et le chômage s’amplifie dramatiquement. Par ailleurs, alors que cette « qualité de vie » devrait rapprocher les hommes, la discorde (la « rivalité mimétique », précise le philosophe René Girard) entre eux n’a jamais été aussi forte ! La guerre sous toutes ses formes – dont le terrorisme aveugle – qui profite aussi des avancées technologiques, est toujours autant présente. La créativité, qui pourrait être synonyme de paix universelle et de bonheur, sait aussi devenir perverse et se mettre au service de la destruction et du malheur. Si bien que dans la même journée, la télévision – cette fenêtre sur le monde – peut nous montrer, en direct, une intervention cardiaque pour sauver un enfant et la décapitation de prisonniers, jugés infidèles, par des barbares ivres de sang ! Bref, plus la vie est facilitée, plus, parallèlement, la mort est valorisée ! Et le plus souvent, maintenant, au nom d’un dieu punitif !

L’horloge et l’horloger

La nature a horreur du vide, dit le philosophe Friedrich Nietzsche. Et précisément, la nature de l’homme, de son côté, ne supporte pas un ciel vide ! Alors il l’a rempli de divinités depuis des siècles. Qui dit divinités, dit croyances. Sur terre, symétriquement, s’est donc installé et même agrandi au même rythme, le domaine du « croire » correspondant. Tous les goûts sont dans la nature, affirme le proverbe ! Encore faut-il s’entendre sur une définition de la nature : pour les uns, c’est l’ensemble du réel. Pour les autres, cet ensemble englobe tout l’univers, tous les phénomènes naturels, à savoir les marées, les vents, le circuit des astres. Elle comprend les trois règnes, minéral, végétal et animal. Pour d’autres encore, la nature est uniquement et tout simplement, la collection des êtres vivants. Sauf à l’assimiler à une divinité omnipotente, tel le philosophe Baruch Spinoza, la nature n’est pas en soi une puissance créatrice, encore moins une personne.

Par abus de langage, on lui prête la réalisation de beaucoup de choses, comme s’il s’agissait d’une entité intelligente. Le constat que des lois vérifiables la régissent ne fait pas forcément d’elle l’auteur de ces lois. Un mécanisme matériel n’en engendre pas d’autres de lui-même. L’horloge à laquelle la nature est souvent comparée ne s’est pas créée toute seule. Voltaire n’a-t-il pas raison de dire que s’il existe une horloge, il existe un horloger ! Celui-là même que nous nommons, pour notre part, le Grand Architecte de l’Univers. Mais non-localisable, invisible et muet, absent par définition, ce « principe d’explication de l’existence du monde » peut justifier par différence, le questionnement, donc le doute des hommes. Et par là-même, je dirai, la palette des croyances. Et bien sûr les cultes, en quelque sorte, compensateurs de l’absence en cause. Il est clair que si ce principe créateur se manifestait matériellement, il n’y aurait plus besoin de croire, puisqu’il serait là, visible et audible. Il n’y aurait plus besoin non plus de religions, en tout cas dans leur forme actuelle, qui authentifie l’invérifiable.

Si le grand mouvement de l’univers obéit à un commandement énigmatique, à un principe actif, si j’ose dire, il existe un autre principe, non moins opérant et efficace s’il en est : celui qui préside à la reproduction des êtres vivants. Bien avant l’apparition de l’homme sur la planète Terre, existait déjà les saisons. Au printemps, saison des amours, c’est le réveil de la nature, dit le poète : nombre d’animaux, sur terre, sur mer et dans les airs, avec chacun leur mode de parade nuptiale, se cherchent, se rapprochent et s’accouplent pour se reproduire. Comment expliquer tous ces œufs pondus, couvés et éclos sur la surface du globe pour donner naissance à des petits, poussins, tortues ou oisillons – qui se mettent à marcher, ramper et voler pour rejoindre souvent des points précis sans apprentissage – sinon qu’une « programmation » est à leur origine ?!

Les végétaux, quant à eux, s’exposent fièrement après les froidures de l’hiver, en se parant de feuilles et de fleurs. La sève monte dans les arbres : comme par l’effet d’une baguette magique, les cerisiers deviennent roses et les pommiers blancs ! Des fleurs du printemps naîtront les fruits de l’été.

Après 3,5 milliards d’années du long processus de la vie, l’homme est arrivé, bon dernier sur la terre ! Voisinant aujourd’hui dans le monde du vivant avec 3 millions d’espèces végétales et quelque 8 millions d’espèces animales, il est bien entendu animé lui-même par cette « force de vie universelle », Nous savons ce qui entretient en chacun de nous notre intense « vouloir-vivre » : le sentiment de satisfaction, de contentement, de bonheur même, ce que, dans sa description du fonctionnement de l’appareil psychique, Freud nomme le principe de plaisir. Il lui oppose le principe de réalité, autrement dit les exigences du monde réel, auxquelles nous devons faire face. Il s’agit donc d’atteindre en permanence un équilibre entre le plaisir et la réalité : il est réalisé, autant que faire se peut par le principe de constance, processus régulateur en soi qui permet la libre circulation de notre énergie mentale. Ainsi est obtenu, par l’appareil psychique, nous dit Freud, un exercice normal de la pensée. Et par contre coup, la satisfaction complète de l’organisme.

Puisque la vie se perpétue depuis plusieurs milliards d’années, c’est bien que la « programmation » ci-dessus évoquée – et si elle existe – inclue la reproduction du vivant. Nous venons de voir que le plaisir est une condition essentielle à la réalisation de cet acte chez l’homme. Il convient toutefois de fournir à son corps l’énergie, physique cette fois, déjà pour vivre, et pour répéter ce plaisir à visée reproductive. Le « programmateur » présumé a donc ajouté la faim et la soif, à la sexualité. Nous éprouvons ainsi trois besoins fondamentaux, que nous n’assumerions pas forcément, s’ils n’étaient pas assortis de la satisfaction de les combler. Nous mangeons avec gourmandise une succulente cuisse de poulet rôti, nous buvons avec délectation un excellent vin de Bordeaux ! Nous obéissons à notre système hormonal qui nous entraîne dans le plaisir de l’acte sexuel.

De la vie, la mort

Il est permis de penser que cette perpétuation du vivant durera tant qu’existera le système solaire. A moins que par l’inconscience des humains, le changement climatique ou pire encore une explosion nucléaire anéantisse la fragile boule de porcelaine sur laquelle nous vivons et nous reproduisons ! Si nous voulons être optimistes – il faut l’être ! – et parions sur notre intelligence positivement utilisée, alors notre ronde intersidérale autour du soleil continuera encore. Même si nous savons que les planètes meurent aussi un jour ! La vie humaine n’est qu’un point dans l’éternité, nous rappelle l’une des vérités gnostiques. L’homme, lui-même poussière d’étoile, et conscient de sa petitesse, n’en a sans doute que plus de mérite de reproduire cette vie et de perpétuer ainsi son espèce !

Certes, malgré notre obstiné « vouloir-vivre » qui nous entraîne irrésistiblement d’un désir à l’autre – au sens volontaire du terme – … vivre est toutefois difficile ! Les pièces qui composent notre organisme ne sont pas inusables et on ne peut pas encore toutes les remplacer ! Depuis Pasteur, nous n’ignorons pas, par ailleurs, que nous sommes à même d’être attaqués, de l’extérieur et de l’intérieur, par plus petit que nous : bactéries et virus ! Heureusement, notre organisme dispose d’un système de défense avec des « anticorps », véritables gendarmes internes, prêts à intervenir sur n’importe quelle partie du corps. Et les immenses progrès de la pharmacopée, nous donnent aujourd’hui, avec les antibiotiques et antalgiques notamment, de puissantes armes extérieures pour nous soigner. Et augmenter notre espérance de vie, sous réserve de la conduire sainement.

A l’instar de la nature, nous connaissons quatre saisons. Printemps, été, automne, hiver, qui jalonnent cette vie que nous savons limitée. Une certaine hypocrisie contemporaine veut que la mort soit cachée, en tout cas camouflée le mieux possible. Il s’agit pourtant d’accepter avec courage ce changement d’état à venir, que nous, francs-maçons, appelons « passage à l’Orient éternel », en soi promesse d’un autre soleil. Il peut être agréable de songer que nous survivrons dans la pensée et la parole de nos proches. « Le vrai tombeau des morts est dans le cœur des vivants », dit Tacite.

De la vie, la mort. De la mort, la vie. Ce cycle de métamorphose perpétuelle qui caractérise la nature nous incite, encore et toujours, au questionnement : L’univers existe-t-il de tout temps ? Ou est-il né du big-bang ? S’il est né de celui-ci, qui l’a déclenché ? Après l’installation du règne minéral, comment sont survenus les règnes végétal et animal ? L’homme étant donc arrivé le dernier dans cette succession, il n’a pas pu être témoin de leur élaboration. Dès lors, être doué de conscience, d’intelligence et de curiosité – pour paraphraser Nietzsche, sa nature ayant horreur du vide – il a comblé son manque d’informations par des récits, mythes, légendes et autres allégories. La poésie et la religion nous ont fait entrer dans le monde du merveilleux et du surnaturel.

Darwin et le transformisme

Darwin

Si l’imaginaire, ainsi peuplé de personnages et d’aventures, a pu être satisfait, la raison n’y a pas trouvé son compte ! Sont alors entrés en scène – progressivement puis de façon affirmée à partir du 19ème siècle – botanistes, naturalistes et autres scientifiques, pour rechercher l’origine de la vie et, si l’on peut dire, les « mécanismes du vivant ». Le botaniste Jean-Baptiste Lamarck (1744-1829) affirme que la fonction crée l’organe. De la sorte, selon lui, le serpent a perdu ses pattes au fil du temps, à force de ramper. Le cygne, le flamant et l’oie ont étiré leur cou en le plongeant à répétition dans la vase pour saisir des vers. Les bêtes à cornes en ont été lentement équipées pour le combat, avec la perte de la fonction de mordre de leurs mâchoires. La girafe a allongé son cou en s’obstinant à atteindre les feuillages de plus en plus hauts. C’était trop beau, presque poétique ! Cette théorie sera reniée par Lamarck lui-même par la démonstration de la non-hérédité des caractères acquis.

Intervient alors le naturaliste Charles Darwin (1809-1882) qui lui propose deux théories liées entre elles : la théorie de la sélection naturelle et la théorie de l’évolution. La première avance que toutes les espèces vivantes proviennent d’un ancêtre commun par le phénomène de la seconde, laquelle suggère que ces espèces apparaissent successivement les unes à partir des autres. C’est l’environnement qui sélectionne les individus – d’où l’expression « sélection naturelle » – et non leur comportement dans la nature. Il n’y a pas eu subitement une girafe au long cou, mais, sur la durée, plusieurs girafes avec différentes tailles de cou. Ainsi, celles qui ne pouvaient atteindre dans les arbres le feuillage spécifique à leur alimentation ont disparu, par le processus même de ladite sélection naturelle.

Autrement dit, au cours des milliers d’années pendant lesquelles s’est déroulée la vie sur terre, les mutations spontanées ont produit une variation d’individus, à son tour productrice d’espèces différentes, d’où la diversité biologique sur la planète. Il en est de même pour l’histoire de l’homme. Si cette théorie de l’évolution a été acceptée du vivant de Darwin, sa théorie de la sélection naturelle n’a rencontré l’adhésion de la communauté scientifique que dans les années 1930. Même si elle constitue toujours aujourd’hui le socle de la théorie contemporaine de l’évolution, elle connaît depuis sa naissance une opposition. Déjà de la part des églises et tenants d’une lecture littérale de la Bible, toute entité créatrice étant absente de cette théorie.

Le créationnisme

Chapelle Sixtine à Rome (Italie)

Au concept de « transformisme » qui résume la pensée darwinienne en 1859 (cf son livre « L’origine des espèces ») s’oppose dès 1860 « le créationnisme », précisément en réaction violente contre Charles Darwin et ses théories. Ce mouvement, au départ d’obédience protestante, prétend que les espèces ont été créés sous leur forme actuelle, sans évolution ! Il concède que certaines espèces se sont éteintes, mais, d’après lui, aucune autre ne lui a succédé. L’idée centrale du créationnisme est toute simple : la création du monde est expliquée dans la Bible (Livre de la Genèse) à savoir que le monde a été créé en sept jours par un Etre suprême, Dieu, il y a 6000 ans et que l’Homme descend d’Adam et Eve.

Cette théorie, née aux Etats-Unis, y est soutenue par un courant évangéliste. Certes, il ne s’agit que d’une croyance qui pourrait se limiter à l’engagement de ses adhérents. Mais là où il y a danger, c’est avec sa propagation, notamment en milieu scolaire. Non seulement, la théorie darwiniste de l’évolution y est discréditée par les évangélistes précités, mais ceux-ci réussissent souvent à faire modifier les programmes de sciences naturelles, en s’appuyant sur des chefs d’établissement et proviseurs chrétiens. Ils y parviennent d’autant mieux qu’aux Etats-Unis, toute prestation de serment se fait sur la Bible !
Il faut noter que les offensives créationnistes se sont multipliées depuis le début du XXIème siècle dans de nombreux pays d’Europe (Pays-Bas, Belgique, Royaume-Uni, Suède, Allemagne, Pologne, Grèce, Italie, Suisse.

En France, qui n’est pas exclue de la « stratégie », nombre d’élèves musulmans manifestent leur opposition à l’enseignement de l’évolution, qu’ils affirment contraire à leur croyance. Soit par objection frontale, soit par l’absentéisme. L’Islam considère bien la position de Darwin comme une supputation, mais précisément pas comme une vérité. Il ne peut accepter que cette théorie de l’évolution comprenne le passage de l’animal à l’homme. La religion musulmane n’est d’ailleurs pas seule à rejeter l’idée que l’homme descendrait du singe ! Elle n’est pas supportable pour beaucoup de gens !

L’intelligent design (ou Dessein intelligent)

Faisceaux lumineux en ville
Faisceaux lumineux en ville

Depuis les années 1960, les sciences telles la géologie, l’archéologie, la paléontologie, la biologie moléculaire, ont beaucoup progressé, notamment grâce aux nouvelles technologies. Le génie génétique, – à même d’introduire précisément des variantes génétiques au détriment d’autres pour obtenir des organismes de mieux adaptés – est un exemple de ladite progression. Elles ont pu ainsi largement confirmer les thèses de Darwin, et partant …affaibli celles du créationnisme ! Celui-ci a réagi en évoluant à son tour !

C’est ainsi qu’est né aux Etats-Unis un nouveau courant créationniste : « L’Intelligent Design » (Dessein intelligent). Vu les travaux scientifiques probants, il accepte en partie la théorie darwiniste de l’évolution – qu’il ne peut donc pas nier ! – mais la juge insuffisante pour vraiment expliquer l’origine, la complexité et la diversité des phénomènes du vivant ! Pour « l’Intelligent Design », ces « mécanismes naturels » de l’évolution ne peuvent pas fonctionner sans cause surnaturelle, autrement dit sans l’intervention d’une intelligence supérieure. Pour être clair : sans Dieu ! « L’astuce », pour ce mouvement, est de se rapprocher, entre autres, de biologistes, de biochimistes, de zoologistes et de médecins réputés, pour lui donner une couleur scientifique ! Et obtenir la caution de la communauté savante.

Ce rapprochement permet aussi au mouvement « ID » d’utiliser le doute, propre à tout scientifique. C’est à dire l’interrogation constante et le scepticisme. C’est cette forme de « travestissement » du créationnisme en science, qui lui permet d’être encore plus efficace auprès d’un certain public et d’affirmer que la complexité du vivant est telle qu’elle ne peut être que le dessein d’un architecte non-humain de haut niveau !

L’Intelligent Design rejoint la position du Darwinisme sur un point : la complexité de construction des organes humains, tels l’œil et l’oreille, en soi des « merveilles techniques » de haute précision. Mais ils ne sont pas d’accord sur la nature du constructeur ! Le premier évoque Dieu et le deuxième l’évolution. Cet Intelligent Design est notamment soutenu par un biologiste américain de renom, Michaël Behe, de l’université de Pennsylvanie. Son idée de remettre en cause la théorie darwinienne en cherchant des organismes échappant à la « sélection naturelle », est tout à fait recevable, ne serait-ce que pour faire progresser la science. Sauf qu’il lui est reproché d’effectuer cette recherche d’un « dessein intelligent » au titre d’une « religion » …aux desseins particuliers !

A chacun sa croyance, en tant que conviction et pratique personnelle, donc privée. Mais si l’enjeu des deux formes de créationnisme était, comme l’avancent scientifiques et observateurs indépendants – outre de s’introduire dans le domaine de l’éducation, écoles et universités – d’instaurer une « théocratie », d’abord aux Etats-Unis, puis dans les autres pays du monde, il y aurait vraiment à prendre garde ! Certaines sectes participeraient d’ailleurs à ce projet, tels les Témoins de Jéhovah, les Adventistes du 7ème jour, et les Raéliens. Et les religions monothéistes s’en rapprocheraient, notamment les créationnistes pratiquant la religion musulmane. Sous réserve de vérification, évidemment, d’où mon utilisation du conditionnel.

Le fixisme

En l’occurrence, il existe tout de même un fait précis, concret. On ne peut pas, en effet, évoquer le créationnisme et ses dérivés, sans citer le prédicateur turc Arun Hahya (pseudonyme de Adnan Oktar). Il édite depuis une trentaine d’années de nombreux ouvrages sur la création du monde. Il a précisément publié en 2007 un luxueux et volumineux « Atlas de la création » (7 volumes, 45000 pages, 30000 illustrations, 6 kg !), agrémenté de citations du Coran et remarquablement illustré afin de… dénoncer et réfuter la théorie de Darwin. Pour ce « naturaliste » la terre s’est bien formée il y a 4, 5 milliards d’années, mais les formes de vie, végétales et animales, n’ont pas évolué. Pas de transformation des règnes en cause, pas de modifications des espèces, pas de changement de la structure de l’univers : c’est la définition même du « fixisme ». Duquel dérive le créationnisme.

A la différence de celui-ci, la thèse de Arun Hayha écarte toutefois la question de l’origine. L’univers n’a pas de début, il est de tout temps, affirme-t-il. D’après lui, les espèces n’ont pas évolué depuis 6000 ans, et il exhibe des photos d’insectes fossiles pour appuyer son affirmation…sauf qu’il est prouvé qu’elles sont des faux ! Le danger de cette pensée truquée est qu’elle aurait déjà pénétré dans 75% des lycées de Turquie. Ce prédicateur accuse par ailleurs Darwin avec des propos délirants : Il le rend responsable, non seulement du stalinisme et du nazisme, mais aussi des attentats contre les Twin Towers, du 11 septembre 2001 ! Heureusement, en France, pays laïque, le ministère de l’Education Nationale de l’époque a fait barrage à l’entrée de cet ouvrage, aussi bien dans les établissements scolaires que les bibliothèques.

Le programmisme

Professeur Pierre Rabischong

En attendant, le mystère de la création reste entier ! L’homme, qui n’a heureusement pas perdu sa curiosité au fil des siècles, est toujours, obstinément, en quête de l’origine de l’univers, donc de la sienne. Et il continue de se reproduire et d’avancer dans le temps, de générations en générations. Avec ce regard qui le caractérise et se démultiplie : De l’observation, la raison, l’imagination, l’intuition. Et avec les deux « outils » qui en découlent et que son intelligence a mis en place pour traverser au mieux sa durée de vie …mais qui ne cessent de s’affronter. La religion dictée par ses croyances, et la science née de son désir de savoir !

« L’homme n’a pas construit l’homme. Nous avons la solution et pas le problème ». Ces deux phrases qui débutent le livre du Professeur Pierre Rabischong, neuro-anatomiste (Le programme Homme – Editions PUF 2003), s’inscrivent bien dans l’une des vérités gnostiques qui constate la Création : « Il existe un principe premier, inconnaissable, impénétrable, pénétrant l’Univers dans tous les plans ». A ce titre, sa pensée mérite un intérêt particulier, dans la ligne même du REAA.

Nous sommes ici en présence d’un médecin, remarquable analyste du corps humain, qui a consacré plus de vingt ans de sa vie avec des ingénieurs pour créer des équipements à l’usage des handicapés. Ce qui lui permet d’affirmer que l’homme peut être considéré comme une machine ultraperfectionnée qui répond à une logique spécifique de construction, dans laquelle l’aléatoire n’a pas sa place. En ce sens, lui aussi, tout en reconnaissant la qualité de brillant naturaliste de Darwin, remet en cause sa théorie transformiste (par exemple, le passage des reptiles aux oiseaux). Il avance que la filiation « interspécielle » n’a jamais été démontrée par aucun laboratoire… opinion qui le rapproche évidemment de celle de « l’intelligent Design ». Sauf que la thèse de Pierre Rabischong – même si elle cite également l’œil et l’oreille comme de prodigieuses réalisations (scientifiquement présentées dans son livre), même si elle sous-entend de ce fait et entre autres, une transcendance, donc un « constructeur » – … elle n’adhère à un aucun mouvement religieux. Ce qui n’empêche pas une frange de la communauté scientifique – dès qu’apparaissent théisme ou déisme – d’installer un fort soupçon sur ladite thèse et de la colorer immédiatement de créationnisme !

Au transformisme de Darwin, ce praticien oppose (sans agressivité, pour sa part !) le « programmisme », une théorie consistant, selon ses termes, à accepter l’existence d’une programmation intelligente visant à la mise en place progressive (succession historique sans filiation) de toutes les espèces qui restent des communautés reproductives exclusives empêchant le chaos dans la nature. L’homme est donc un programme original avec des capacités mentales qui font sa grande différence d’avec les animaux.

En clair, Pierre Rabischong oppose une « biogénèse dirigée » à la « biogénèse spontanée ». Sa théorie, centrée avant tout sur l’homme, l’a fait entrer dans la philosophie des sciences, en nous offrant une véritable « invitation à penser », loin de toute dérive sectaire. Avec cette biogénèse dirigée, il nous renvoie précisément à une notion de finalité en citant plusieurs philosophes, tel Aristote : « Toutes choses réunies se sont constituées, comme si elles avaient été faites pour quelque chose ». Ou bien Gottfried Lebnitz qui évoque une « harmonie préétablie ». Et encore Arthur Schoppenhauer : « La finalité manifeste de toutes les parties de l’organisme animal montre avec trop d’évidence pour qu’on n’ait jamais pu le contester, que ce n’est point là, l’œuvre de forces naturelles contingentes et anarchiques, mais bien d’une Volonté ».

Un modèle philosophique

Statue de Socrate en penseur Grec
Statue de Socrate en penseur Grec assis dans un grand fauteuil sur fond de ciel bleu

Cette notion de finalité conduit Pierre Rabischong à nous rappeler…notre finitude ! Entre notre naissance et notre mort, il y a une existence à rendre la plus acceptable possible. Partant, dans un deuxième livre (Le Constructeur – Editions Books on Demand) il nous suggère une conduite de vie, à partir du « Connais-toi toi-même de Socrate » (…que nous connaissons fort bien depuis le 1er degré du REAA !). Etre sans chercher à paraître, et agir dans la limite de nos possibilités, peut nous amener à l’application de trois morales, dit-il. Elles sont, à l’évidence, des règles de bon sens. A savoir :

Une morale biologique. Basée sur la recherche des satisfactions, elle nous conseille, au temps de l’activité, de compenser nos travaux répétitifs, par des loisirs favoris (de la lecture au jardinage, de l’écriture à la peinture et au sport, etc.). Et au moment venu de la vieillesse, d’accepter la lente transformation du « vêtement-peau », sans recourir à quelque chirurgie esthétique, présentant le risque d’accroître la dégradation.

Une morale civique. Il s’agit d’une autre acceptation : celle de la vie en société qui impose les lois du pays où l’on vit. Même si l’on sait que la trilogie républicaine « Liberté, Egalité, Fraternité » montre autour de soi des écarts au quotidien, il est préférable, pour vivre tranquille, d’avoir comme ligne, l’honnêteté et le respect de la dignité. La sienne et celle des autres. Les hommes de loi, les députés, les sénateurs, les policiers sont nécessaires à l’équilibre social.

Une morale transcendantale. Les grandes religions monothéistes sont utiles car elles dispensent chacune des « principes de vie » positifs. La religion juive rappelle les dix commandements – en soi préceptes d’instruction civique – reçus par Moïse et figurant dans l’ancien Testament. La religion chrétienne prêche principalement l’amour du prochain avec la communion comme symbole fort. La religion musulmane (Islam) recommande à ses fidèles, la loyauté, l’obéissance, l’endurance, l’aumône aux pauvres. Le Bouddhisme, pour sa part, non dépendant d’un dieu, prescrit à ses adeptes le détachement (distance prise vis à vis des réalités quotidiennes) et le dégagement (levée des obstacles qui affectent l’esprit). La position des athées (qui nient l’existence de Dieu) et des agnostiques (qui ignorent mais restent ouverts à l’hypothèse de Dieu) est concevable vu que le constructeur est invisible et muet).
Le programmisme apparaît en fait, – en s’appuyant sur les avancées scientifiques – comme un modèle philosophique, totalement ouvert, à notre connaissance sans endoctrinement…au programme ! Tout en donnant le nom de « Constructeur » au hasard, il n’impose rien en termes de croyances, mais recommande, dans le cadre de notre libre-arbitre, la préservation de la santé et l’entretien de l’amour. Comment ne pas être d’accord avec lui sur ces points ?! S’il juge possible la concorde entre science et foi, c’est dans le but d’une même quête : celle de la vérité.

Darwinisme, Créationnisme, Dessein Intelligent, Fixisme, Programmisme : nous venons de constater – sur une durée de 150 ans – entre l’hypothèse d’une évolution spontanée et celle d’une évolution dirigée, à la fois les limites de la pensée rationnelle de l’homme et sa capacité « compensatrice » à un vagabondage de l’esprit illimité ! Dans le doute, se chamaillent toujours en lui, ses trois fées turbulentes, que connaissaient déjà les philosophes antiques, et citées précédemment : Raison, Imagination, Intuition ! D’où, à l’évidence, les querelles entre les tenants des diverses théories qui oublient vite que…théorie n’est que spéculation. Et que, de son côté, la science est cumulative, donc sujette aussi à nouvelles données. Autrement dit à remises en cause ! Ce que le Bouddhisme nomme très bien « l’impermanence des choses ».
L’imagination est prompte à prendre le relais de la raison. Et cette préscience qu’est l’intuition, prête à succéder à son tour à la science, lorsque celle-ci n’est pas en mesure de répondre au questionnement. Alors l’idée de la probabilité d’une intelligence supérieure invisible, ayant agi ou agissante sur l’évolution humaine, s’impose quasi-naturellement. Avec le sentiment prégnant d’un lien à cette entité. Priver l’homme de « reliance », serait l’amputer de lui-même, dit le poète.

Le Principe créateur

En postulant que le degré de complexité de tous les systèmes vivants exclue leur origine spontanée, et en militant en faveur de l’existence d’une aide extérieure, directive et intelligente, le programmisme ci-dessus évoque bien l’existence d’un Principe créateur. Et, partant, il rejoint en soi le point de vue de la franc-maçonnerie déiste. A savoir, très précisément, la décision de onze Suprêmes Conseils de Rite Ecossais Ancien et Accepté, qui a adopté ce Principe créateur, sous le nom de « Grand Architecte de l’Univers », en convent à Lausanne, le 6 septembre 1875.
Cette appellation de Grand Architecte de l’Univers a d’abord désigné exclusivement un Dieu révélé en franc-maçonnerie, ce qui signifiait, dans le contexte de l’époque, des francs-maçons tous croyants, catholiques ou protestants. Avant que ce « GADLU » ne soit vu également comme un symbole, aux diverses interprétations possibles. Donc non rattaché obligatoirement à une foi en un Dieu personnel et transcendant. En loge de REAA, ce terme de « GADLU » est devenu de nos jours un terme générique. Il incite – hors des systèmes religieux – à y dépasser lors des tenues, la vision d’un ciel anthropomorphique pour le considérer selon les options de chacun, tel un kaléidoscope, aux multiples facettes. Il s’agit de différencier le temple maçonnique de l’église, tout respect gardé pour elle.
Le GADLU est à la fois abstraction et concept : Son invocation à l’ouverture et à la fermeture des travaux en loge, ne correspond ni à une demande, ni à une prière pour obtenir une faveur, ni à une interrogation. Sa glorification revient à constater l’ordre, l’harmonie, l’esthétique de la création, et par mimétisme, à exprimer notre volonté d’être en adéquation avec elle, avec les mêmes qualités. Il ne faut pas confondre invocation et incantation.

Le GADLU, par définition, n’est pas incarné. Il ne distribue donc ni commandements, ni récompenses, ni punitions. Il ne répond pas aux questions. En tant que symbole, il devient un miroir : il renvoie les images que nous lui présentons. Sa représentation, précisément, – un œil sans paupière dans un delta rayonnant – qui orne la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen et que l’on retrouve en loge, au-dessus de la chaire du Vénérable Maître, s’offre à nos interprétations individuelles.

L’œil sans paupière, donc qui ne dort jamais, évoque, entre autres et selon celui ou celle qui le regarde : Dieu, l’univers, le soleil, la raison, la providence, la vigilance, l’omniprésence, l’omniscience. C’est cette symbolique même qui constitue la notion de Grand Architecte de l’Univers. Le triangle qui le contient et protège, rappelle pour sa part, outre les multiples significations trinitaires, l’égalité entre les hommes. Pour faire image encore, de l’horloge et l’horloger de Voltaire, nous passons avec cette collection de symboles donnés à voir… à la vitrine du bijoutier où les montres exposées, offertes à notre choix, donnent une heure différente ! Mais l’astre central nous ramène heureusement à l’unité fédératrice avec « l’heure du soleil », la même pour chaque maçonne, pour chaque maçon !

De la croyance à l’amour

Que retenir d’essentiel de ce Grand Architecte de l’Univers, sur le parvis du temple ? En le glorifiant, consciemment ou inconsciemment, nous projetons sur ce concept nos souhaits répétés de liberté, égalité, fraternité. Notre volonté de nous comporter en gens de bien et, avec nos moyens, de combattre le mal. Notre désir d’atteindre, sinon le nirvana, des moments renouvelés de satisfaction et de plénitude, dans les turbulences de la vie quotidienne. Et au moment de regagner la cité, le GADLU nous renvoie l’image de nos espoirs : notre liberté d’être et de penser, notre faculté de bien nous conduire, notre possibilité de continuer de nous instruire et de nous construire, sont là, dans le miroir ! Il nous suffit de le traverser, puisqu’en vérité, nous sommes l’architecte de nous-mêmes ! Et la construction de soi, qui passe par celles des autres, est une œuvre commune permanente.

La déperdition des valeurs morales et le déclin des cultes en Occident ont respectivement affaibli la raison et « déplacé » les croyances. Nous assistons par contre coup à une recrudescence sans précédent du marché de la divination et du soi-disant « épanouissement personnel » sous toutes ses formes : les médiums, marabouts, mages et gourous ont envahi l’espace Internet ! Et les tenants de diverses philosophies prometteuses de bonheur à vie, enchaînent les conférences. Malheureusement, en parallèle, l’obscurantisme trace son chemin, comme une traînée de poudre, en dévoyant la conscience fragile d’une certaine jeunesse sans repères ! Et, au nom d’un Dieu guerrier se multiplient d’horribles attentats en Europe et dans le monde !
Toutes proportions gardées, la franc-maçonnerie – réunissant les hommes et les femmes de bonne volonté – est une chance dans notre société en désordre, devenue si irrespectueuse, si violente et dont le tissu social est déchiré. Ne nous plaignions pas de la diversité obédientielle, de la multiplication des Suprêmes Conseils, de la floraison de loges souveraines et indépendantes et ainsi de nombreux courants de pensée, pour le profit même des rites. Si toutefois ils sont pratiqués dans le vrai cadre initiatique, en bonne entente, sans obligation d’allégeance ni objectif hégémonique. Il ne faut pas confondre devoir et pouvoir !

Une franc-maçonnerie bien menée et bien comprise, nous permet d’assurer notre rôle accepté « d’aiguilleur », de passeur de valeurs, précisément, et de transmetteurs du « sacré » – qu’il soit laïque ou religieux – dont la cité à tellement besoin ! Sans détourner quiconque de ses convictions confessionnelles, sans prétendre changer les autres – car on ne change personne ! – nous pouvons tout de même tenter « d’élargir les esprits ». Et partant, de changer leurs visions du monde. Il s’agit de transmettre avant tout, du désir d’être et de faire !

Dans le manifeste du convent de Lausanne de 1875 précité, l’un des principes précise : Aux hommes pour qui la religion est la consolation suprême, la Maçonnerie dit : Cultivez votre religion sans obstacle, suivez les inspirations de votre conscience ; la Franc-Maçonnerie n’est pas une religion, elle n’a pas un culte ; aussi elle veut l’instruction laïque, sa doctrine est toute entière dans cette belle prescription : Aime ton prochain.

Le concept de Grand Architecte de l’Univers, par sa fonction fédératrice même, nous indique que le verbe Croire n’est pas suffisant. Il faut effectivement l’assortir du verbe Aimer.

Alors, comme par magie, le pavé mosaïque s’agrandit sous mes yeux. Parce qu’aimer l’autre, cet autre Moi, c’est élargir jusqu’à lui ma pensée et mes actes. Et l’arête sur laquelle je chemine, s’élargit aussi. Alors s’écarte le mal du bien. Des contraires surgissent les complémentaires. Et, dans mon rêve éveillé, apparaissent soudain, entre les dalles blanches et les dalles noires, toutes les nuances de l’arc en ciel, représentation lumineuse de renaissance, de concorde et de paix.

Puissions-nous ressentir le Principe créateur, qui est dans l’univers et, partant en chacun de nous aussi, comme une force symbolique, génératrice d’amour entre les Hommes. Croire, c’est imaginer. Aimer, c’est vouloir, c’est donner. Et c’est vivre la vie en couleurs !

Gilbert Garibal
Gilbert Garibal
Gilbert Garibal, docteur en philosophie, psychosociologue et ancien psychanalyste en milieu hospitalier, est spécialisé dans l'écriture d'ouvrages pratiques sur le développement personnel, les faits de société et la franc-maçonnerie ( parus, entre autres, chez Marabout, Hachette, De Vecchi, Dangles, Dervy, Grancher, Numérilivre, Cosmogone), Il a écrit une trentaine d’ouvrages dont une quinzaine sur la franc-maçonnerie. Ses deux livres maçonniques récents sont : Une traversée de l’Art Royal ( Numérilivre - 2022) et La Franc-maçonnerie, une école de vie à découvrir (Cosmogone-2023).

Articles en relation avec ce sujet

2 Commentaires

  1. Le décalogue n’est pas universel. Les deux premiers commandements s’adressent au peuple des hébreux : « Je suis l’Éternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, d’une maison d’esclavage. (2) « Tu n’auras point d’autre dieu que moi » (Exode; 20,2). Ce n’est pas du monothéisme mais un hénothéisme qui marque l’évolution, à l’époque de Moïse, de la monolâtrie des Hébreux vers l’hénothéisme. Ce Dieu unique ne rejette pas les autres dieux mais veut les éloigner de son peuple.
    Ne serait-ce pas plutôt les 7 commandements nohaides (noachiques) du chapitre 9 de la Genèse qui s’adresseraient à tous les humains ? : •établir des tribunaux ; •l’interdiction de blasphémer ; •l’interdiction d’idolâtrie ; •l’interdiction d’unions illicites ; • l’interdiction d’assassiner ; • l’interdiction de voler ; • l’interdiction de manger la chair arrachée à un animal vivant.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

RESEAUX SOCIAUX

1,200FansJ'aime
105SuiveursSuivre
200AbonnésS'abonner

Abonnez-vous à la Newsletter

DERNIERS ARTICLES