jeu 26 janvier 2023 - 23:01

Le bonnet phrygien à l’origine de la coiffe des francs-maçons ?

L’adjectif phrygien renvoie à la Phrygie. « Il existait un culte mystérieux des Phrygiens en l’honneur de Cybèle (la nature féconde) et de son fils Atys. Atys est un prêtre divinisé qui apprit aux Phrygiens les mystères de la nature ; il représente le soleil, et subit, dans la légende qui forme la base de l’initiation, le même sort qu’Osiris et qu’Adonis ; c’est toujours la mort fictive du soleil et sa résurrection » (Rebold, Histoire Générale De La Franc-Maçonnerie, 1850. Cette allégorie mythique est une des interprétations de la cérémonie d’attribution du 3ème degré.

On peut voir la représentation du prince Pâris, sur un sarcophage romain, avec le bonnet phrygien parce que sa mère, Hécube, était une phrygienne.

Le nom de « bonnet phrygien » est dû aux Grecs qui l’appelaient aussi « bonnet oriental ». Ce bonnet n’était pas [cependant] propre aux Phrygiens. Il coiffait un grand nombre de tribus iraniennes, aussi bien celles de la Cappadoce à l’ouest que les Scythes (Sakas) de l’Asie centrale. Les représentations de ce bonnet et de ses variantes sur les bas-reliefs de Persépolis en témoignent. Par ailleurs, selon des récits chinois, un marchand zoroastrien originaire de Samarcande, qui voyageait en Chine au 8e siècle de notre ère, portait l’habit typique des Sogdes, dont un bonnet phrygien.

Ce genre de feutre, nommé libéria dans les Mithriaques, pileus par les romains, pilos chez les grecs désignait autrefois les esclaves affranchis dont on les coiffait.

« Le bonnet phrygien, qui coiffait les sans-culottes et constituait une sorte de talisman protecteur, au milieu des hécatombes révolutionnaires, était pourtant le signe distinctif des Initiés. »… Le savant Pierre Dujols écrit qu’ « au grade d’épopte, (celui qui était arrivé au troisième et dernier grade dans l’initiation aux mystères d’Éleusis), on demandait au récipiendaire s’il sentait la force, la volonté et le dévouement requis pour mettre la main au Grand Œuvre. Alors, on lui posait un bonnet rouge sur la tête (marque suprême de l’Initiation), en prononçant cette formule : « Couvre-toi de ce bonnet, il vaut mieux que la couronne d’un roi. » (Fulcanelli, Le mystère des cathédrales…, note p 31.) »

Il était porté par les alchimistes comme l’a dessiné Julien Champagne en illustration de ce même ouvrage.

La position en avant, en arrière ou dressée, de la protubérance donne au bonnet phrygien le sens de son allégorie.

Pour évoquer l’érotisme, la position en avant évoque le sexe masculin comme sur le tableau de David, L’amour d’Hèlène et de Paris

Priape était souvent représenté avec un tel bonnet phrygien.

Remarquons que le bonnet phrygien portée par les figurations féminines de Marianne est toujours en position vers l’avant ; une façon de lui donner tout de même de la virilité ?

Dès le Moyen Âge, « prépuçant » est le nom donné au bonnet phrygien dont on affublait les juifs sur les sculptures, les désignant ainsi comme « sans prépuce ».  Ainsi, sur le tympan méridional de l’abbatiale St Pierre de Beaulieu-sur-Dordogne (début XIIe s.), les juifs portent un prépuçant et même certains dévoilent leur circoncision judaïque.

Au XVe siècle, on voit bien ce rapport entre la circoncision (d’Abraham) et le bonnet phrygien sur l’enluminure de la Bible (Genèse, chap. VIII, 1 -Deutéronome, chap. XXXIV, 6), traduite en français par Jean de Sy.

« Durant la révolution française, les premiers bonnets phrygiens apparurent sur la tête des français, quelques mois après la prise de la Bastille. Ils étaient faits de tissu rouge, et s’accordaient aux vêtements rayés des plus fervents révolutionnaires, les sans-culottes. Il semblerait qu’un bonnet pratiquement identique coiffait les marins et les galériens de la Méditerranée, et il est possible que les révolutionnaires venus du Midi les aient amenés à Paris. Porter le bonnet phrygien était en effet une façon d’afficher son patriotisme. Ce bonnet fut également l’un des traits marquants du 20 Juin 1792, jour historique qui vit le peuple envahir les Tuileries. La foule en colère parvint à atteindre le roi lui-même, et un officier municipal nommé Mouchet tendit au monarque un bonnet phrygien au bout d’une pique. Le roi, sidéré, ne savait comment réagir. Il s’empara du bonnet, et le posa sur sa tête. »

À l’occasion du choix de la mascotte des jeux olympiques de 2024 à Paris, Pierre Ropert a publié un article sur Les origines du bonnet phrygien.

Illustration de l’article : Nouveau Pacte de Louis XVI avec le Peuple, le 20 Juin 1792, l’An 4e de la Liberté. Estampe anonyme : Musée Carnavalet, Histoire de Paris.

Solange Sudarskis
Solange Sudarskis
Maître de conférences honoraire, chevalier des Palmes académiques. Initiée au Droit Humain en 1977. Auteur de plusieurs livres maçonniques dont le "Dictionnaire vagabond de la pensée maçonnique", prix littéraire de l'Institut Maçonnique de France 2017, catégorie « Essais et Symbolisme ».

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