mar 06 décembre 2022 - 12:12

Le vrai, le beau, le bien

Les supports de réflexion du franc-maçon, de la franc-maçonne, sont d’abord les contenus des rites : rituels, mythes, allégories, symboles, légendes. Ce sont des outils, des boussoles pour nous orienter sur le territoire. Mais pas le territoire ! Ils nous donnent le sens et du sens, mais pas la réalité ! Encore moins le réel, ni la vérité ! Il s’agit donc de faire entrer en résonance leurs logiques et leurs morales – si elles sont adaptables – avec une société des hommes et des femmes en pleine mutation. Pour y vivre ensemble le mieux possible !

Les valeurs morales

L’expérience de la vie nous apprend qu’il y a autant de logiques et de morales, que de sociétés et d’époques, c’est à dire de philosophies et de points de vue! A l’école, entre quatre murs protecteurs et devant le tableau noir de notre enfance ces mots étaient inoffensifs : Nous faisions de l’analyse logique après la dictée, la pensée du jour (« bien mal acquis ne profite jamais ! ») nous servait de leçon de morale. Et la preuve par neuf nous montrait que notre raisonnement arithmétique « tombait juste ». Voire que la vérité était dans les chiffres!

C’est en quittant l’école que tout a changé, pour ne pas dire que tout s’est gâté! Adultes devenus, nous constatons que le « camarade de classe » c’est maintenant « l’Autre » dans sa grande diversité signifiante et agissante (ethnies, coutumes, religions, individualismes, hiérarchies de dominance, etc.) et qu’il faut – malgré ces différences et contraintes – « vivre ensemble » sur la planète. Facile à dire avec des mots choisis, difficile à faire avec des actes positifs!

A partir de mon vécu des années 1930/40, je retiens qu’une partie importante d’un grand pays comme l’Allemagne, éduqué et cultivé s’il en est, suit alors dans un bel élan patriotique le raisonnement d’un fou furieux ! Celui-ci, le sinistre Hitler, met dans l’entonnoir de la logique tous les paramètres « normatifs » qui lui conviennent (revanche de la guerre précédente, difficultés économiques, pureté de la race aryenne à protéger, etc.), pour recueillir à la sortie, une épouvantable « rationalisation » qui lui apparaît pourtant « naturelle » : l’extermination des juifs ! Heidegger, l’un des plus grands philosophes du XXème siècle, que l’on peut supposer intelligent, adhère à cet antisémitisme! Sa compagne de route, Hannah Arendt, philosophe talentueuse elle- même, ouvre les yeux à temps et bifurque pour décrire ce que, effarée, elle découvre : la banalité du mal. Dit autrement, il est tout à fait logique de tuer son semblable quand on en reçoit l’ordre d’un supérieur et que l’on est obéissant et scrupuleux. C’est normal, banal, on ne fait que son devoir (encore un mot dont il faut se méfier, n’en déplaise à Kant!) La logique et la morale détruisent ici tout discernement!

Les convoyeurs et les exécutants de l’holocauste avaient aussi une logique : « Mon honneur est ma fidélité ». De leur côté, les militaires nazis portaient un ceinturon – à hauteur de mes yeux de gamin – dont la boucle arborait leur morale : Gott mit uns (Dieu avec nous). Bilan en 1945 de ces logiques et morale funestes : 6 millions de morts. Il est aisé de comprendre que l’on puisse se méfier aujourd’hui de ces deux mots…qui n’auraient peut-être jamais dû quitter la salle de classe! Croire que les doctrines, l’instruction et le progrès peuvent seuls parfaire l’Homme est la grande illusion des Lumières….et des francs-maçons! Parce que l’Homme est autant capable de détestation et d’égoïsme, que de bonté et d’amour, il nous reste, pour éliminer (en tout cas réduire) notre part d’ombre, encore et toujours, à apprendre et mettre en pratique LA LIBERTÉ, L’EGALITÉ, LA FRATERNITÉ.

Alors que l’islamisme est en train de prendre le relais du nazisme, alors que, contre toute attente, divers gouvernements étrangers songent au XXIème siècle à interdire la franc-maçonnerie, quelques grandes obédiences maçonniques françaises, ont aussi leur logique et leur morale. Celles-ci devraient être précisément et totalement axées sur les dangers qui menacent les francs-maçons, plus que jamais invités à être unis, toutes organisations confondues et les coudes serrés.

Or, que constate-t-on avec, il faut le dire, une grande stupéfaction ?! Ivres d’une puissance factice, lesdites obédiences – le plus souvent sous la pression des Suprêmes Conseils auxquels elles sont reliées – cultivent les interdits et, partant, n’ont jamais été aussi « clôturantes » pour leurs membres ! C’est à dire, qu’au titre d’un « marché captif » (gestion financière oblige) – et contre la liberté d’association – elles prohibent toute autre appartenance hors de leur champ, entravant ainsi la transmission, donc l’étendue de la trilogie républicaine. A un moment où celle-ci n’a jamais été autant nécessaire, pour ne pas dire vitale!

En termes de valeurs morales, la jeune génération d’initiés (es) qui n’a pas connu le fascisme doit refuser net cette conduite fautive. Encore faut-il qu’elle soit informée ! Aux Maîtres de loges, aux Surveillants de dispenser cette information, aussi importante que les rituels ! D’urgence !

Les valeurs spirituelles

Dans l’univers maçonnique, le mot « spiritualité » comporte certainement autant de définitions qu’il y a de francs-maçons ! De la vie de l’esprit, tel que le philosophe Hegel le définit, à la conscience et à la connaissance de soi. De la transcendance à la quête de sens. Rappelons encore une fois que ce vocable appartient à la famille latine spir, (respiration, inspiration, expiration). Partant, il évoque étymologiquement le souffle. C’est à dire la vie !

Précisément, ce « souffle de l’esprit » génère aux 18 et 19ème siècles, une maçonnerie spéculative qui se déploie successivement en trois spiritualités. La première, théiste, est portée par la foi révélée. La seconde, déiste, aspire à la sagesse, à la force et à la beauté. La troisième, laïque, est inspirée par la liberté, l’égalité, la fraternité.

En vérité, les frontières philosophiques sont ténues entre ces diverses obédiences et juridictions. Elles partagent aujourd’hui des valeurs spirituelles qui se rejoignent. Le maçon, la maçonne, tout en construisant leur temple intérieur, participent à la construction du même Temple de l’Humanité. Quels que soient le rite et les rituels pratiqués. Dès lors, il est surprenant que ces organisations entretiennent, comme à plaisir, d’interminables disputes – plus haut signalées – autour d’une chimérique « régularité », ou du silencieux Grand Architecte de l’Univers. Et qui nuisent ainsi à l’harmonie de l’Ordre maçonnique. Les scissions qu’elles entraînent, avec à chaque fois l’espoir d’un climat apaisé, d’un sang neuf, d’une parole neuve, devraient parvenir à éradiquer ce « conflit génétique ». Or, il n’en est rien : les ego boursoufflés des dignitaires, leur jouissance d’interdire, surpassent les considérations philosophiques! Ces formes « d’excommunications » sont navrantes en ce qu’elles empêchent les « inter-visites », donc les rencontres entre francs-maçons. Autant d’échanges humains perdus !

Trop souvent, l’obédience et le Suprême Conseil, enivrés d’eux-mêmes, ordonnent imposent, interdisent aux loges, alors qu’ils devraient – c’est leur rôle même – assister, conseiller, permettre. Ce rapport inversé est aussi une manière de montrer leur pouvoir aux autres « puissances » maçonniques. Or, en quoi des Constitutions, règlements, arrêtés, patentes, à géométrie variable donc modifiables à merci, permettraient d’affirmer une authenticité supérieure à des documents d’une autre association, « confectionnés » pareillement ?! Il y a quelque chose d’infantile dans ces tristes jeux psychologiques. Même si elle entame son quatrième siècle, la maçonnerie est encore très jeune ! D’aucuns diront que les conflits et les crises sont formateurs, donc nécessaires. A suivre!

 Mais dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner que le fait maçonnique soit absent du milieu académique quand le fait religieux, lui y est étudié et enseigné. Et que ces querelles de clochers nuisibles à l’image de marque, intéressent davantage les magazines Grand Public que l’anthropologie et la sociologie. Et qu’enfin la philosophie – à laquelle la franc-maçonnerie doit tant – reste muette à son sujet ! Certes, les philosophes de renom viennent volontiers donner des conférences dans les obédiences…mais ils ne la citent pratiquement jamais dans leurs livres, ne voulant sans doute pas être soupçonnés d’en faire partie !

C’est bien dommage, car la franc-maçonnerie – au-delà de la « volonté capricieuse et rétrograde d’empêchement » de certains de ses dignitaires – explore des domaines de « la vie de l’esprit » qui méritent l’attention des chercheurs en sciences humaines. Et par conséquent, invite à l’ouverture et à l’union en ce début du XXIème siècle.

Une des rares universitaires qui approche sans préjugés la sphère maçonnique, Céline Bryon-Portet, a bien repéré ses thématiques originales. Qu’il s’agisse de l’histoire de l’Ordre (son syncrétisme à partir de ses emprunts aux traditions méditerranéennes) ; de sa sociabilité particulière marquée aujourd’hui par le passage du secret au discret ; de son système de recrutement, avec sa fameuse épreuve du bandeau ; de la sémiotique, productrice de signes et d’une gestuelle singulière ; de la dramatisation mise en œuvre lors du processus initiatique et la période de silence imposée à l’apprenti (e), ainsi invité à l’introspection ; des prises de parole obligatoirement « triangulaire » des membres (relayées par le Surveillant et autorisées par le Vénérable Maître); de la communication extérieure enfin, qui, en plus des prestations télévisuelles et radiophoniques, des expositions et des conférences publiques, utilise le média Internet pour véhiculer les valeurs spirituelles de la maçonnerie. L’articulation de cette « construction spirituelle » dégage-t-elle pour autant une « culture maçonnique » ? Les conservateurs, crispés sur la tradition, en sont persuadés, les progressistes, partisans d’un « allègement rituélique », beaucoup moins ! Pour eux, elle reste à créer.

Si l’information institutionnelle met mieux en lumière aujourd’hui lesdites valeurs morales et spirituelles prônées par l’Art royal – par voie de presse, radio et télévision – il convient de remarquer que les blogs, forums et autres sites Internet qui libèrent la parole des initiés tempèrent de leur côté les enthousiasmes excessifs. Ces « voix de l’intérieur » peuvent apparaître dérangeantes mais ne sont-elles pas dans leur rôle quand elles alertent sur le fonctionnarisme obédientiel et juridictionnel grandissant ? La spiritualité a besoin de ciel bleu, pas de barreaux !

Les valeurs existentielles

Nous venons de voir que, en termes de valeurs – profanes et maçonniques, il faut s’entendre – comme toujours – sur le sens des mots…à même de devenir des maux ! Les valeurs morales concernent avec le respect en premier lieu, le vrai, le bien et le beau, le souci de l’autre, bref, la générosité, la bonté. Mais elles peuvent constituer aussi le détestable, le mauvais, le mal, contre l’autre, bref, la méchanceté. Question de points de vue, d’intentions. Et d’actions !

De leur côté, les valeurs spirituelles sont à considérer avec ou sans Dieu. Avec ou sans religion. Il en est de même pour la spiritualité maçonnique, déiste ou laïque, selon les options.

N’omettons pas ici les valeurs existentielles. Pour leur part, elles évoquent la réalité vécue, le « quotidien » individuel avec son lot de joies certes, mais aussi de tourments divers, personnels, familiaux, professionnels, de problèmes matériels, auxquels s’ajoutent maladies et deuils des êtres chers, qu’il faut assumer. Et qui nous renvoient à notre propre condition en marche, vieillissement puis finitude !

De la sorte, il est intéressant de se demander ici quelles motivations, quels espoirs, peuvent bien inciter un citoyen fatigué le soir venu, à quitter son canapé devant la télévision, pour venir frapper à la porte du temple maçonnique ! La première, nous le savons, est le principe de plaisir en éternel combat avec le principe de réalité. Que lui impose celui-ci ?

Ce que lui montre son écran à longueur de semaines ! : Un monde cataclysmique où tremblements de terre et fleuves en crues déciment des populations, et en même temps, une société humaine qui, sur toute la surface du globe, s’entre-déchire. Nature et culture : Autant de tragédies anxiogènes et « questionnantes » sur l’homo sapiens et sa trajectoire : une course perdue d’avance, une histoire qui finit mal!

Eureka ! La franc-maçonnerie est une des rares sociétés initiatiques occidentales qui, précisément – comme la philosophie – propose devant ce constat négatif, non seulement une « aide à vivre », mais ose aussi aborder cette mort qui nous guette et invite à nous y préparer.

Vaincre la mort, ou plutôt « l’idée de la mort », c’est de fait, adoucir cette certitude et glorifier la vie. Pour la vivre pleinement, telle une éternité, ici et maintenant ! Malgré notre sort, pétris de désirs – donc de curiosité, d’un besoin d’étonnements et de découvertes – nous avons envie de positiver « l’humain ». En quelque sorte de le rendre immortel ! Avec des rencontres joyeuses, à la fois « énergisantes », enrichissantes et rassurantes ! Avec des acquisitions nouvelles transposables dans la cité. Pour partager en groupe les effets bénéfiques de la trilogie républicaine, « Liberté, Egalité, Fraternité », trois valeurs existentielles, s’il en est ! Au vrai, pour trouver du sens à cette vie, à la fois mystérieuse et si précieuse. C’est cette promesse qui nous fait quitter notre canapé !

En termes de Liberté, la promesse est tenue lorsque la liberté d’association (Loi 1901) est respectée, et permet à l’initié(e) de participer, dans la ou les organisations maçonniques de son choix, séparément ou en même temps, à la construction de la société idéale. Elle ne l’est plus, lorsque l’obédience ou la juridiction devient sectaire et « immobilise » ses adhérents avec interdiction d’en sortir ! Ne nous y trompons pas, ce ne sont pas eux qui sortent de la communauté maçonnique mais ladite obédience ou juridiction qui s’en exclue par ses empêchements même !

En termes d’Egalité, la promesse est tenue lorsque l’échelle des degrés est accessible à tous les initié (e). Elle n’est pas tenue lorsqu’elle est réduite à un escabeau qui empêche d’atteindre le degré sommital du rite ! Lorsque le dispositif ne permet plus de s’élever, du vertical il passe à l’horizontal et se transforme en barrière ! Pratiquer un barrage est un délit d’entrave inadmissible et un manquement grave à l’esprit du rite considéré. Quel qu’il soit, il est ouvert, et accessible à tout maçon, toute maçonne digne et désireux (reuse) d’atteindre le terme du chemin.

En termes de Fraternité, la promesse est tenue lorsque la mixité est respectée et que la franc-maçonnerie ajoute effectivement la sororité à la devise républicaine. Elle n’est pas tenue lorsque les décors maçonniques deviennent des grades – donc des «instruments de pouvoir » sélectifs alors qu’ils n’indiquent que les degrés du parcours personnel. Elle n’est pas tenue enfin lorsqu’un frère ou une sœur devient le bouc émissaire d’une loge, et « abandonné (e) » au bord de la route, parce qu’il ou elle refuse allégeance à des règles non conformes aux législations en vigueur. C’est toute la loge qui devrait alors se révolter !

A l’évidence, pour sa survie même, l’Art royal doit se dégager d’une administration obédientielle limitante. Et d’un autoritarisme juridictionnel, producteur d’ego saisis de vertige, parés des titres ronflants du 18ème siècle. Il s’agit de retrouver le concept de loge souveraine. C’est en son sein que se cultivent les fleurs de la liberté, de l’égalité, de la fraternité. Il viendra, le « temps du réveil » : alors s’abaisseront les pont-levis de ces châteaux forts – que sont devenues certaines de ces « puissances » maçonniques – pour permettre communication et communion. Alors et seulement, la franc-maçonnerie pourra prétendre à l’universalité !

Gilbert Garibal
Gilbert Garibal
Gilbert Garibal, docteur en philosophie, psychosociologue et psychanalyste, est spécialisé dans l'écriture d'ouvrages pratiques sur le développement personnel et les faits de société ( parus, entre autres, chez Marabout, Hachette, De Vecchi, Dangles, Dervy, Grancher, Numérilivre-Bords de Seine), Il a écrit une trentaine d'ouvrages dont voici les principaux : - Turbulences initiatiques - (2018) - Editions Numérilivre - Bords de Seine - Le rite écossais ancien et accepté, 33 degrés de sagesse pratique (2018) - Editions Numérilivre - Bords de Seine - Approfondir l'art royal ) (2017) - Edition Numérilivre - Bords de Seine - Comprendre et vivre les hauts grades maçonniques - Tome 1 et 2 - 1er au 33ème degré (2015 - 2016) - Editions Numérilivre - Bords de Seine - Plancher, et après ? (2014) - Edition Numérilivre - Bords de Seine - Voyage en franc-maçonnerie (2010) - Editions de Vecchi - Vers une nouvelle franc-maçonnerie (2010) - Editions Dervy - Au cœur de la franc-maçonnerie (2009) - Editions Numérilivre - Francs-maçons et franc-maçonnes d'aujourd'hui (2006) - ABC de la franc-maçonnerie (2005) - Editions Grancher) - Bénévolat, mode d'emploi (2004) - Editions Numérilivre- Editions des Bords de Seine - Ombres et lumières sur la franc-maçonnerie (2004) - Editions Dervy - Emile Coué - L’homme, le pharmacien, le psychothérapeute (2002) - Edition Numérilivre - Bords de Seine - En finir avec le trac (2001 - Edition Numérilivre - Bords de Seine - Sigmund Freud. L'homme, le médecin, le psychanalyste (2001) - Editions Numérilivre- Edition des Bords de Seine - Guide du bénévolat et du volontariat (1998) - Editions Numérilivre - Bords de Seine - Vers la confiance en vous (1997) - Editions Dangles - La méthode Coué (1999) - L'homme, le pharmacien, le psychothérapeute - Editions Numérilivre - Bords de Seine - Le guide des sciences parallèles (1997) - Editions Numérilivre - Bords de Seine - Vaincre le stress et le trac (1996) - Editions Hachette - La voyance, guide pratique (1994 - Editions de Vecchi - Être franc-maçon aujourd'hui (1994) - Editions Marabout

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2 Commentaires

  1. Merci pour cet article qui fait souffler enfin de l’air non dépourvu d’oxygène ! Le besoin de se sentir réunis dans des structures sensées être « facilitantes » ne devrait jamais être un risque à fabriquer des exclus, « non reconnus », surtout par ceux -là même qui se sont plaints et plaignent encore de ne pas l’être par les « anglais ».

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