mar 06 décembre 2022 - 12:12

Microcosme/macrocosme

Dans les doctrines philosophiques qui admettent une correspondance terme à terme entre chacune des parties du corps humain et chacune des parties constitutives de l’univers, l’univers est appelé macrocosme et l’homme, dans son rapport avec lui, est appelé microcosme.

Le mot «microcosme» vient du grec  μικρός, «petit», κόσμoς, «monde».

«C’est une Substance et une Essence, qui ne sont qu’une chose, Chaud et Sec, Froid et Humide ; ce qui fait qu’on l’appelle petit Monde, parce que de lui, avec lui et par lui sont tous les Métaux ; et il est semblable à un Arbre, duquel les Rameaux, les Feuilles, les Fleurs et les Fruits sont de lui, en lui, avec lui et par lui. Il est constant qu’aucune chose ne s’engendre que de son semblable, ou de chose semblable à son Espèce, et qui lui soit homogène, je veux dire d’une même nature. Ainsi telle chose n’est qu’une et semblable, et non diverse et divisée» (Nicolas Flamel rapportant les paroles de Platon, p.301 ).

C’est l’homme, abrégé de l’univers par rapport au «grand monde», au «macrocosme» qu’est le monde. Une grande partie des philosophes de l’Antiquité, Platon, Pythagore, l’École stoïcienne tout entière, avaient considéré la nature comme un être vivant, semblable à l’homme en ce qu’elle aurait eu comme lui un corps et une âme. Cette âme du monde, plus ou moins bien définie, c’est la force occulte qui donnerait à la matière le mouvement et la vie.

Lire la Première prise de conscience : paix intérieure et réalité partagée de la vie dans l’article d’Ida Radogowski, 450.fm/2022/09/06/le-manifeste-de-la-responsabilite-universelle/

«Tant qu’une personne est une entité individuelle, tout ce qui est au-dessus de la personne humaine est non-individuel ou universel. L’individu comprend le général (l’humanité) et le particulier (l’individu), ce dernier passant du collectif (un nombre de personnes) au singulier (une personne). Ontolo­giquement, tenant compte des degrés de la réalité, l’univer­sel comprend tant la manifestation informelle que celle non manifestée. L’individuel est l’expression formelle qui inclut le monde subtil ou psychique et le monde vulgaire ou cor­porel.» (Marcel Tolcea, Eliade, l’Ésotérique, p.99) 

Dans le Livre des œuvres divines (1174) Hildegarde de Bingen raconte sa 3ème vision. : le macrocosme est figuré par un cercle extérieur, maintenu par un personnage représentant le Christ : ses bras entourent le macrocosme ; au centre de la miniature, un personnage, les pieds joints et les bras étendus, figure le microcosme, c’est un homme selon Marcus Vitruvius Pollio (connu sous le nom de Vitruve).

La thérapeutique de  Philippus Aureolus Theophrastus Bombastus von Hohenheim, dit Paracelse, a pour fondement une correspondance entre le monde extérieur (macrocosme) et les différentes parties de l’organisme humain (microcosme). On en comprend sa théorie dans  son ouvrage Les sept livres de l’archidoxe magique. L’homo religiosus homologue les organes du corps aux éléments du cosmos : la femme est la terre, le sommet du crâne est la lune, l’œil est le soleil, la colonne vertébrale est l’axe du monde.

Le signe du pentagramme s’appelle aussi le signe du microcosme, il représente ce que les kabbalistes du livre de Zohar appellent le microprosope.

Si Léonard de Vinci  place l’Homme de Vitruve dans un cercle, c’est Pacioli qui l’inscrit dans un pentagone en soulignant les cinq points du pentagramme.

Il est parfois associé spécifiquement aux cinq blessures du Christ : ses deux mains, ses deux  pieds perforés, plus la perforation de son côté par la lance du soldat (5). Ce concept se reflète dans une image du  XVIe siècle créée par Valeriano Balzani (il fut secrétaire du cardinal Jules de Médicis, connu comme pape ClémentVII) dans son Hieroglyphica, sive, De sacris Aegyptiorvm literis commentarii (ce livre présente in fine un index étonnamment remarquable). 

Suivant les traditions, le microcosme et le macrocosme constituent l’un et l’autre des temples. Et les temples sont construits à l’image de l’homme à la fois céleste et terrestre. Les correspondances harmoniques univers-temple sont très anciennes. Ainsi le plan du temple hindou décrit dans le Vâstu Purusha-mandala se présente comme une figure carrée exprimant la division quaternaire du cercle symbolisant le soleil ; le carré symbolisant le terrestre, le cercle le céleste. Des données identiques se retrouvent chez des architectes égyptiens, des kabbalistes, des néo-pythagoriciens et aussi chez les constructeurs des églises romanes. Dans l’église romane, l’homme est non seulement présent mais il est accompagné par toute la création. Ainsi, le temple roman n’est pas seulement l’image de l’homme, il est aussi l’image de l’univers. Microcosme et macrocosme se situent dans un ordre sacré, car en eux tout est proportion, mesure, ordre, harmonie. C’est donc à l’intérieur du sacré que l’homme opère sa fonction d’intermédiaire, de médiateur, de juste milieu et d’équilibre; autrement dit entre équerre et compas, signalé comme étant le lieu où se trouve le maître en Franc-maçonnerie. La gravitation lui permet de rester sur terre sans être absorbé par l’espace cosmique, une force qui le place entre équerre et compas. Le compas ferait alors référence à l’unité qui contient tous les possibles et l’équerre à la réalité déterministe et duale que nous produisons.

Pour Matila Ghyka, la construction du temple selon le concept d’harmonie est «un accord de proportions entre les parties de l’ensemble et entre chaque partie et l’ensemble, une commodulation». C’est pourquoi, pour les francs-maçons constructeurs, élever le temple de l’humanité revient à se parfaire d’abord comme individualité.

Il est dit que nous construisons notre temple intérieur, soit, mais pour faire quoi ? Le modèle de ce temple intérieur nous est donné par les évocations dans les rituels comme celui du Temple de Salomon. Jusque là, sommes-nous d’accord ? Alors je poursuis.

Quel fut l’objectif de la construction du temple de Salomon ? Accueillir dans une construction en pierres l’Arche d’alliance jusque là nomade, en faire la Maison de la seule présence de D.ieu (shekhina), sa résidence.Alors construire son temple intérieur voudrait dire que l’objectif du parcours maçonnique ne serait que d’accueillir la présence du « divin » ?

Newton a voulu «qu’au symbole du Grand Architecte cosmique, symbolisé par le compas, réponde en miroir la figure humaine du petit architecte maniant l’équerre, symbolique de la construction matérielle». Leur alliance se retrouve dans l’entrecroisement de leurs branches, ce qui donne son identité à la Franc-maçonnerie symbolique.

Reste à définir ce D.ieu et Sa présence, … et là nous n’aurons pas trop, entre autres, des parcours maçonniques pour le faire !

Solange Sudarskis
Solange Sudarskis
Maître de conférences honoraire, chevalier des Palmes académiques. Initiée au Droit Humain en 1977. Auteur de plusieurs livres maçonniques dont le "Dictionnaire vagabond de la pensée maçonnique", prix littéraire de l'Institut Maçonnique de France 2017, catégorie « Essais et Symbolisme ».

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