mar 06 décembre 2022 - 19:12

La franc-maçonnerie est-elle incompatible avec la foi catholique ?

De notre confrère catholicculture.org – par Wlodzimierz Redzioch

Dans cette interview, le père Zbigniew Suchecki, professeur à la Faculté pontificale de théologie Saint-Bonaventure à Rome, ainsi qu’expert en franc-maçonnerie, donne une brève explication de l’enseignement de l’Église sur le sujet. La position de l’Église catholique n’a pas changé. C’est ce qu’a déclaré Monseigneur Gianfranco Girotti, proche conseiller du pape Benoît XVI, lors d’une conférence sur le thème Franc-maçonnerie et Église catholique à la Faculté théologique pontificale Saint-Bonaventure de Rome le 1er mars de cette année.

La vision et la philosophie de la franc-maçonnerie sont incompatibles avec la foi catholique et l’appartenance à l’Église catholique, a déclaré Girotti.

La réunion, présidée par Girotti, comprenait Carlo Giovanardi, le professeur Zbigniew Suchecki des Frères Mineurs Conventuels, le professeur Domingo Andres, le professeur Pietro Amata et d’autres.

La franc-maçonnerie de tous types – régulière ou irrégulière, légitime ou « détournée » – a été condamnée par de nombreux papes dans un total d’environ 600 documents. La question est cependant pertinente aujourd’hui, car de nombreux catholiques sont devenus francs-maçons. J’ai demandé au professeur Suchecki, un expert en franc-maçonnerie, de discuter de la question.

En bref, qu’est-ce que la franc-maçonnerie ?

PROF. ZBIGNIEW SUCHECKI : Le mot franc-maçonnerie est dérivé du français maison maître (« maître d’une maison »). Les Normands l’apportèrent en Angleterre, où il devint franc-maçon.

Dans diverses études, les origines de l’institution remontent à l’Antiquité, et cela est soutenu par diverses légendes.

Les francs-maçons de Londres ont fondé la Grande Loge d’Angleterre dans l’église Saint-Jean-Baptiste le 24 juin 1717.

La création de la Loge de Londres, dont les membres étaient appelés Modernes, marqua une division dans la franc-maçonnerie. La Loge de Londres s’opposait à l’ancienne Grande Loge des Maçons Libres et Acceptés, dont les membres, selon les Anciennes Institutions, étaient appelés Anciens. La déclaration de déisme figurait parmi les principales différences entre la Grande Loge de Londres et la Grande Loge de France. La Grande Loge de France était parmi les plus violemment anticléricales du monde. . .

Alors l’anticléricalisme, c’est-à-dire l’hostilité à l’Église catholique, est une caractéristique principale de la franc-maçonnerie ?

SUCHECKI : C’est vrai. Le père Mariano Cordovani, dans un article publié en première page de L’Osservatore Romano (M. Cordovani, La Chiesa e la Massoneria, 19 mars 1950), écrivait : « La franc-maçonnerie, avec son hostilité croissante à l’égard de l’Église catholique, est parmi ces groupes qui renaissent et gagnent en force non seulement en Italie. »

Pourriez-vous nous donner quelques exemples des attitudes anticléricales de la franc-maçonnerie ?

SUCHECKI : Le 10 septembre 1952, L’Osservatore Romano publie un article, La Grande Loge de France contre l’Église catholique, traitant des résolutions prises par la Grande Loge de France à cette époque. Il citait les résolutions comme suit :« Le Convent de la Grande Loge de France, voyant que la liberté humaine est en danger du fait des agissements cléricaux du Vatican en France, dans les pays d’outre-mer de l’Union française et dans le monde entier, décide… de démasquer par tous les moyens la subtile intrigue du Secrétariat d’État du Vatican, qui vise à imposer la tutelle honteuse de la dictature religieuse et politico-économique à l’ensemble de l’humanité… et à accepter, dans la lutte acharnée contre le cléricalisme, toute alliance compatible avec l’idéal maçonnique. « 

Néanmoins, certains représentants de la franc-maçonnerie ont rencontré des catholiques. . .

SUCHECKI : Le dialogue catholique-maçonnique a commencé par des rencontres informelles entre des représentants catholiques et maçonniques en Autriche, en Italie et en Allemagne. Le représentant de la franc-maçonnerie Karl Baresch rencontra informellement le cardinal Franz Konig à Vienne le 21 mars 1968. Une commission mixte fut ensuite nommée, qui rédigea un document, la Déclaration de Lichtenau, à caractère informatif, à l’intention des autorités romaines (le Saint-Père et le préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Cardinal Seper). La déclaration de Lichtenau, qui contenait de graves défauts en termes philosophico-théologiques et, surtout, historiques, n’a jamais été reconnue officiellement par le cardinal König ni par l’Église.

Dans les années 1974-1980, les évêques allemands nommèrent une commission officiellement chargée d’examiner l’incompatibilité entre l’appartenance à l’Église catholique et la franc-maçonnerie. La commission a pris les Rituels des trois niveaux de la Franc-Maçonnerie, dont les textes leur avaient été permis d’avoir par les Francs-Maçons, et les a soumis à un examen long et minutieux.

Dans les déclarations finales, les raisons de l’incompatibilité entre l’Église catholique et la franc-maçonnerie ont été rapportées. L’appartenance à cette dernière questionne les fondements de la vie chrétienne. Un examen attentif des Rituels de la Franc-Maçonnerie et de la manière d’être Franc-Maçon exclut la possibilité d’une double appartenance. Dans la vision du monde de la franc-maçonnerie, une attitude humanitaire et éthique prévaut. Ce type de subjectivisme ne peut s’accorder avec la foi en la parole révélée de Dieu authentiquement interprétée par l’Église.

La franc-maçonnerie nie la possibilité d’une connaissance objective de la vérité. Le franc-maçon rejette toute foi dans les dogmes ; il n’en admet pas même dans sa propre Loge. Il est tenu d’être un homme libre sans soumission au dogme ni à la passion. Ce concept est incompatible avec la notion catholique de la vérité en termes de théologie naturelle et révélée. La représentation d’un Architecte Universel qui domine, éloigné de l’homme, sape les fondements de l’idée catholique d’un Dieu qui rencontre l’homme comme Père et Seigneur.

Les francs-maçons se vantent souvent de leur tolérance. . .

SUCHECKI : L’idée de tolérance de la franc-maçonnerie découle de son concept de vérité. Par tolérance, les catholiques entendent la sympathie et la compréhension de leurs voisins. Les francs-maçons considèrent la tolérance comme le respect des idées des autres, aussi différentes soient-elles. Cette idée de tolérance sape la fidélité du catholique à sa foi et son acceptation des enseignements de l’Église.

Pourriez-vous nous dire quelque chose sur les rituels des francs-maçons ?

SUCHECKI : Les Rituels des trois grades d’Apprenti, de Compagnon et de Maître, dans leurs mots et leurs symboles, ressemblent aux sacrements chrétiens. Ils donnent l’impression que l’homme se transforme par des gestes symboliques. Les rituels maçonniques sont une initiation symbolique de l’homme qui est intrinsèquement en compétition avec la transformation opérée par les sacrements. Selon ces rituels, l’objectif ultime de la franc-maçonnerie est d’améliorer l’homme au plus haut degré, tant sur le plan éthique que spirituel. Cela soulève le doute que l’amélioration morale de l’homme est séparée de la grâce à un degré tel qu’il ne laisse aucune place à la justification telle qu’interprétée par la doctrine chrétienne. Quelle transformation la communication sacramentelle du salut de l’homme dans le baptême, la confession et l’Eucharistie s’opèrent-elles si l’illumination et la défaite de la mort s’accomplissent à travers les trois Rituels ? De plus, la franc-maçonnerie exige une allégeance totale et inconditionnelle de ses membres, jusqu’à la mort. Ce caractère totalitaire rend la franc-maçonnerie incompatible avec l’Église catholique. L’étude des loges même bien disposées a décelé des difficultés insurmontables.

Dans le nouveau Droit canonique, la Franc-maçonnerie n’est pas explicitement mentionnée, contrairement au Code précédent. La position de l’Église a-t-elle changé ?

SUCHECKI : La Congrégation pour la Doctrine de la Foi a été interpellée à ce sujet à plusieurs reprises. Le cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet de la Congrégation, a expliqué que la non-mention de la franc-maçonnerie était imputable à un critère éditorial, également suivi pour d’autres associations qui n’avaient pas été mentionnées, car elles avaient été incluses dans des catégories plus larges. Des clarifications sont contenues dans le document pertinent de la Congrégation, Déclaration sur la franc-maçonnerie, 26 novembre 1983. (Quaesitum est)

La Déclaration sur la franc-maçonnerie de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a été brièvement illustrée par L’Osservatore Romano du 23 février 1985. Le journal a publié un article en première page : Réflexions un an après la Déclaration de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. La foi : incompatibilité entre la foi chrétienne et la franc-maçonnerie. L’article rapporte les raisons officielles de la position de la Congrégation sur la franc-maçonnerie : « Depuis que l’Église a commencé à exprimer sa position sur la franc-maçonnerie, ses opinions ont été inspirées par plusieurs raisons, à la fois pratiques et doctrinales. Non seulement elle a tenu la franc-maçonnerie pour responsable d’activités subversives contre elle, mais, depuis les premiers documents pontificaux sur le sujet, et dans l’encyclique Humanum genus par Léon XIII, elle a dénoncé des idées philosophiques et des concepts moraux contraires à la doctrine catholique. Selon Léon XIII, ils pourraient essentiellement être attribués à un naturalisme rationaliste, qui a inspiré les plans et les activités de la franc-maçonnerie contre l’Église. Dans sa lettre au peuple italien, Custodi, il écrit : « Rappelons-nous que le christianisme et la franc-maçonnerie sont essentiellement incompatibles, de sorte que rejoindre le premier implique de quitter le second. »

Un chrétien ne peut donc pas avoir une double relation avec Dieu : une relation humanitaire, extra-confessionnelle, et une relation chrétienne intérieure ; il ne peut pas non plus exprimer sa relation à travers un double symbolisme. Seul Jésus-Christ est en fait Maître de Vérité, et ce n’est qu’en Lui que les chrétiens peuvent trouver la lumière et la force pour mener à bien le plan de Dieu en travaillant pour le bien de leur prochain.

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1 COMMENTAIRE

  1. Au moins cela a le mérite de la clarté !
    Curieux que, pour la France, il ne pipe mot du Grand Orient…
    Enfin Ratzinger (pas encore pape mais déjà préfet du saint office) a déclaré sans ambiguïté quand on lui fit remarquer que la FM n’était plus citée nominativement, « un catholique qui serait franc-maçon serait en été de péché grave ». Ouf, pour nos FF cathos, péché grave, mais… pas mortel !

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