dim 25 septembre 2022 - 16:09

Comment le monde se révèle…

(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)

Toute l’affaire de l’initiation consiste, en quelque sorte, en une mise à disposition de soi-même pour découvrir graduellement comment le monde se révèle[1]. Cette révélation du monde résulte d’un premier choc, celui d’une conscience qui soudainement se met à nu. Pour cela, il faut à la fois lâcher prise, notamment d’avec ses émotions, ses préjugés, prendre confiance dans sa propre capacité à découvrir, sous un autre jour, des réalités courantes ou, sans trouble, des perspectives inattendues, exercer une curiosité bienveillante envers les choses qui viennent à nous et ressentir de moins en moins la nécessité de juger.

Mettre entre parenthèse ses propres croyances ou convictions n’aboutit pas pour autant à les abandonner. Ce serait trop facile. En réalité, nous sommes raccordés à de multiples élastiques qui peu ou prou nous ramènent à ce que nous sommes et, plus ou moins rapidement, nous recomposons les amalgames qui nous constituent confusément. Avec le recul, nous devons bien avouer que nous sommes tous plus ou moins perclus d’inerties. Heureusement, le temps passant, on parvient sans doute à changer peu ou prou et durablement, mais on ne saurait dire précisément ni quand ni comment. Impossible, au fil de l’eau, de se rendre compte à quel rythme ou par quels paliers.

Toutefois, au gré des tenues et des travaux, l’initiation nous permet de jeter une plus grande lumière aussi bien sur nos conceptions que sur nos réactions, de réviser les unes ou les autres voire d’en changer, en acceptant en parallèle des perceptions qui ne nous sont pas familières et en nous ouvrant à des considérations différentes que, dans l’honnêteté de l’exposé par autrui puis de l’analyse par soi-même, nous nous habituons à prendre en compte sans nécessairement les adopter, bien entendu.

Bref, l’initiation a vocation à nous réconcilier avec nous-mêmes et avec l’univers qui nous entoure et donc à nous conduire à concilier les points de vue qui, de toutes façons, tissent la trame du monde dont nous ne sommes qu’un infime et éphémère fragment, participant, cependant, dans la diversité des situations, des règles qui nous régissent anthropologiquement, c’est-à-dire dans notre double économie biologique et psychosociale.

Le dévoilement se produit à mesure que s’amoindrissent les tensions de toutes sortes qui nous électrisent en permanence et que souvent, par un désir de protection et de défense, nous avons paradoxalement tendance à interpréter comme des traits de vigilance, alors qu’elles introduisent des biais, des freins et des limites et que les véritables outils de veille ne procèdent que du patient aiguisement de la sérénité.

Dans cette voie, même si nous ne nous précipitons dans rien, nous ne nous dégageons de rien, non plus. Il va de soi que l’initiation ne nous exonère d’aucune responsabilité. Elle nous permet, au contraire, d’en assumer pleinement le poids mais dans des proportions plus justes, plus constantes, plus continues. Aucun d’entre nous, certes, ne laisse le même sillage, mais, chacun à sa manière, nous creusons le même sillon.

Alors, oui, si, par l’initiation, nous cherchons à comprendre comment le monde se révèle, en tant qu’initié, dans notre inévitable confrontation aux réalités du temps, nous cherchons aussi bien à discerner comment le monde se relève…


[1] Je voudrais ici rendre incidemment hommage au documentaire de Stéphane Carrel : De rage et de danse (2019, 1h33), disponible sur myCANAL, qui a été diffusé sur Canal+ Docs, chaîne payante qui complète  son intitulé du slogan suivant : « ET LE MONDE SE RÉVÈLE », d’où le lien avec le titre de cet édito. Dans ce doc culturel aussi bouleversant qu’inspirant, « le danseur et chorégraphe Rodolphe Fouillot a pris en charge une classe du collège République de Nanterre, dans le cadre de l’opération ‟Dix mois d’école et d’Opéra″. Pendant une année scolaire, dix-huit élèves ont ainsi suivi huit heures de cours de danse par semaine. À la fin de l’année, ils ont participé à un spectacle donné à l’Opéra Bastille, devant leur famille et des professionnels de l’opéra » (argument).

Christian Roblin
Christian Roblin est directeur de la rédaction de 450.fm. Il a exercé, pendant trente ans, des fonctions de direction générale dans le secteur culturel (édition, presse, galerie d’art). Après avoir dirigé la rédaction du Journal de la Grande Loge de France pendant, au total, une quinzaine d'années, il est aujourd'hui président du Collège maçonnique, association culturelle regroupant l’Académie maçonnique et l’Université maçonnique. Son activité au sein de 450.fm est strictement personnelle et indépendante de ses autres engagements.

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