sam 01 octobre 2022 - 17:10

« L’Arc et le Sabre. Imaginaire guerrier du Japon », à Guimet

L’exposition « L’Arc et le Sabre. Imaginaire guerrier du Japon » est organisée autour du personnage du samouraï et de ses multiples facettes, connues, perçues, fantasmées ou parodiées. Constituée d’estampes, d’éléments d’armures, de photographies et d‘objets d’art, l’exposition met en avant l’imagerie du guerrier japonais dans la culture populaire, illustrant la vision du samouraï dans le Japon moderne et en Occident. Parmi les œuvres présentées, l’histoire des 47 rônins retrace le récit, à travers la série d’estampes conservées au MNAAG, de guerriers parmi les plus emblématiques du Japon.

La présentation sur YouTube https://www.youtube.com/watch?v=etY6GEltoo0

La culture lettrée du guerrier japonais

Entre le 12e et le 19e siècle, les guerriers sont placés au sommet de la hiérarchie sociale japonaise. Les seigneurs (daimyo), issus de l’élite et de l’aristocratie, cultivent les arts et le luxe. Avec la toute-puissance de l’aristocratie guerrière, la « voie du guerrier » (bushido) se développe, accordant une importance fondamentale aux lettres et à la culture, influençant la production artistique, comme en témoignent la mode des casques spectaculaires et exubérants, la pratique de la littérature et de la poésie par les shoguns, daimyos et samouraïs. La plupart des daimyos pensent de leur devoir et de leur rang d’entretenir des troupes théâtrales. La relation des samouraïs à l’esthétique se traduit aussi par un certain nombre de pratiques et divertissements aristocratiques qu’ils partagent assez largement avec les moines bouddhistes : la voie du thé (chado), la voie des bois odoriférants (kodo) et la voie des fleurs (ikebana).

Le samouraï, objet de théâtre et de parodie

Le théâtre est profondément ancré dans la culture japonaise. Le nô, le bunraku et le kabuki se sont particulièrement attachés à illustrer l’image du guerrier courageux, incarnant les valeurs du Japon ancestral. Né au 14esiècle, le nô est dès l’origine l’art préféré des empereurs, des samouraïs et des classes aristocratiques. On reconnaît un samouraï sur scène à son sabre (katana) et à son costume qui évoque un idéal de simplicité militaire et reflète le code du guerrier : droiture, courage, bienveillance, respect, honnêteté, honneur et loyauté. Au 17e siècle, le kabuki naissant, inspiré du théâtre de marionnettes bunraku, est considéré comme un théâtre de second plan par opposition au nô. Théâtre outrancier, parfois burlesque, très coloré, multipliant les scènes de combat et les histoires d’amour, le kabuki devient très populaire car il s’adresse avant tout au peuple, se permettant une certaine liberté dans la caricature et la critique du pouvoir. En effet, le public aime voir sur scène les samouraïs et les seigneurs dans des postures parfois comiques ou ironiques.

L’histoire des 47 ronins

Fondée sur des faits historiques, L’histoire des quarante-sept ronins met en scène un groupe de samouraïs sans maître (ronins) qui décident en 1703 de venger leur ancien seigneur, condamné à mort par suicide (seppuku), avant leur propre seppuku collectif. Cet acte de bravoure est considéré comme particulièrement honorable, symbole de la fidélité indéfectible de ces guerriers envers leur maître. L’ensemble des interprétations de cette histoire parfois romancée est regroupé sous le titre Chushingura (« Le trésor des vassaux fidèles »). De nombreuses pièces de théâtre sont écrites sur ce thème, dont la plus importante d’entre elles Kanadehon Chushingura. Elle devient une source iconographique importante pour les artistes de l’époque d’Edo et en particulier les maîtres de l’estampe parmi lesquels Utagawa Hiroshige, dont 15 estampes sur le sujet sont présentées dans l’exposition.

Tantôs

Guimet Underground – Les secrets d’un tantô sur YouTube https://www.youtube.com/watch?v=Z7xz1pe4_F4

L’image du samouraï dans la culture contemporaine

Symbole de pouvoir et de loyauté, source de fascination depuis plus d’un siècle, le samouraï fait de nos jours partie de notre imaginaire. Ce guerrier historique à l’armure complexe, maîtrisant toutes sortes de techniques de combat, a constitué une source iconographique inépuisable pour les artistes contemporains, de la bande dessinée manga au cinéma en passant par les jeux vidéo et les films animés, peuplés de personnages aux pouvoirs surnaturels et de super-héros.

Commissariat

Sophie Makariou, présidente du MNAAG, commissaire générale

Vincent Lefèvre, directeur de la conservation et des collections du MNAAG

Le catalogue de l’exposition

L’arc et le sabre. Imaginaire guerrier du Japon, coédition MNAAG / RMN-GP

120 pages, 65 illustrations, 16,50€

Infos pratiques : Jusqu’au 22 août 2022

Musée national des arts asiatiques Guimet – 6, place d’Iéna, 75116 Paris

Métro Iéna (9) et Boissière (6) – Téléphone 01 56 52 53 00 – https://www.guimet.fr/

Horaires : Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 10h à 18h.

Tarif unique : Collections permanentes et expositions temporaires : 11,50€ (plein), 8,50€ (réduit). Seconde visite gratuite dans les 14 jours qui suivent la date d’achat du billet. Réserver votre billet https://billetterie.guimet.fr/fr-FR/accueil

Pour faire un don https://billetterie.guimet.fr/fr-FR/produits

[NDLR : L’arc, la flèche et la cible symbolisent, entre autres, le but à atteindre et la rapidité pour y arriver la précision ainsi que la beauté et la pureté du geste technique.

Yumi de profil

Comme arme, l’arc dans les trois phases du tir (tension, détente de la corde, jet de la flèche) fait le lien entre le symbolisme sexuel évident et les activités de la guerre et de la chasse. Tendu vers les hauteurs, l’arc peut être aussi symbole de la sublimation des désirs. C’est semble-t-il le cas dans le signe zodiacal du Sagittaire qui ajuste sa flèche en direction du ciel.

Il apparaît que partout, l’arc, avec ses flèches, est symbole et attribut de l’amour, de la tension vitale. C’est le cas dans la chevalerie mais aussi chez les Grecs : l’archer Apollon fait régner sa loi sur l’Olympe et Ulysse est seul capable de bander son arc. Chez les Japonais, le tir à l’arc est un exercice spirituel essentiel dans le Bushido. Si la flèche est destinée à frapper l’ennemi, à abattre rituellement, l’arc est aussi arme d’exorcisme, d’expulsion : on élimine les puissances du mal en tirant des flèches vers les quatre points cardinaux, vers le haut et vers le bas, le Ciel et la Terre. Toutefois, au XVème siècle, l’habileté des archers est attribuée à une puissance surnaturelle. Ils étaient, pour cette raison, accusés de sorcellerie.

L’arc est enfin symbole du destin. Il manifeste la volonté divine et le pouvoir suprême de décision. Un roi ou un dieu plus puissant que les autres brise les arcs de ses adversaires qui ne peuvent ainsi plus imposer leur loi.

Quid du symbolisme du sabre ?

Rappelons tout d’abord que le katana est le symbole de la caste des samouraïs.

Le katana (刀) est un sabre (arme blanche courbe à un seul tranchant) dont la lame mesure 60 à 80 cm. Il est porté glissé dans la ceinture, tranchant dirigé vers le haut. Porté avec un wakizashi (脇差), ils forment le daishō (大小). C’est une arme de taille (dont on utilise la tranchant) et d’estoc (dont on utilise la pointe).

Par extension, le terme « katana » sert souvent à désigner l’ensemble des sabres japonais (Tachi, Uchigatana…). Par contre, les sabres japonais modernes sont appelés Shinkens (真剣).

Si l’épée est le symbole par excellence du guerrier occidental, il en va de même pour le sabre en Orient. En effet, pour les habitants des contrées orientales de notre Terre, le sabre est un symbole de l’appartenance à une classe sociale élevée — n’oublions pas qu’à un moment de l’Histoire, les samouraïs faisaient partie des castes les plus élevées de la société.

En outre, le sabre est aussi, dans beaucoup d’arts martiaux japonais ou chinois, le lien entre l’homme et le divin. Le sabre est également souvent vu comme le berceau de l’âme du guerrier.

Dans beaucoup de culture, le sabre représente à la fois la force et la faiblesse d’un homme. La force par son aspect dangereux et la faiblesse par son côté fragile.

En Europe, le sabre garde une symbolique militaire forte puisqu’il est une arme de cérémonie que les militaires portent lors de défilés ou de commémoration.

Quant au symbolisme du sabre japonais

« On peut se demander comment et pourquoi le sabre japonais est devenu un symbole sociétal. Examinons la dualité samouraï / sabre comme le yin et le yang (in / yo en japonais).

Bref rappel historique.

Désigner le guerrier japonais du mot samouraï est une invention occidentale tardive, auparavant le samouraï, de sabourai, signifie littéralement celui qui sert : un homme de cour. Bushi désignait le combattant, les bushidan des groupes armés, le bushido un code d’honneur qui codifiait les bases d’une éthique de courage et de loyauté dans un Japon morcelé en fiefs privés sans pouvoir central.

Au commencement les sabres étaient longs et courts (“kata-kihira” chokuto) comme ceux des hoplites grecs, la construction de la lame symétrique comme les armes occidentales. Avant 1274 et la défaite face aux Mongols, on utilisait surtout des arcs et des flèches à distance, on ne parlait pas encore de bushido. Seul l’assaut final, rarement déterminant, impliquait l’utilisation d’un sabre. Lorsque les samouraïs devinrent une caste dominante, les tactiques guerrières changèrent. Le Japon devint très tôt une civilisation du cheval ce qui modifia complètement la forme et le design des sabres. Plus de batailles rangées, la cavalerie nécessita une adaptation. C’est le début du premier sabre de design japonais, le courbé et asymétrique tachi. Puis naquit le katana qu’on pouvait désormais tenir à une main, accompagné du wakazashi, plus court et seule source de protection qu’on pouvait emmener avec soi partout, alors que le katana devait être déposé au-dehors avant d’entrer dans un bâtiment. Car porter un sabre avait son étiquette : était codifié comment le porter mais aussi quelle direction le fil doit faire face dans chaque situation (les duels en Europe avaient aussi leurs rituels). Dans le contexte d’une bataille c’était important, l’honneur de la famille était engagé. Des écoles, Ogaqawara-ryu, enseignaient le code de conduite.

Les sabres, cérémoniels ou armes de guerres, sont omniprésents dans la mythologie japonaise. Empreints de mysticisme, les Japonais se croiront guidés par les dieux dans leurs batailles, et le nexus entre la forge d’un sabre et le symbolisme issu des légendes shinto influencera leurs actes, générant nombre de superstitions. Dans la spiritualité shinto tout, pas seulement les animaux, contient une âme. Dès lors les Japonais pensent que le sabre donne un aperçu de la vraie nature de celui qui le porte, le mythe chevaleresque fera le reste, lui conférant l’âme du guerrier, offrant un modèle d’étiquette aux générations futures qui pourront se fédérer dans cette identité. Les forgerons montrent beaucoup de respect et d’humilité devant leurs créations qu’ils estiment inspirées par les puissances supérieures, observant des rituels religieux avant de procéder à leur fabrication : offrandes, prières aux ancêtres, certains se purifient avant le travail en se lavant avec de l’eau, font de leur place de travail un sanctuaire sacré. Si la forge ou le forgeron n’est pas totalement pur cela peut conduire à imprimer des énergies négatives et le sabre dès lors ne servira qu’à des tueries. Les outils des forgerons réputés forger des lames malicieuses et sanguinaires seront convoitées par les ennemis des uns et évitées par les autres. L’esprit de la lame est supposé pénétrer dans le sabre au moment de la réalisation du hamon lorsque les deux forces purificatrices que sont l’eau et le feu entrent en symbiose. La lame émerge différente de l’eau.

Le sabre devient durant le Moyen Âge japonais un instrument de promotion sociale. Porter un sabre à la ceinture (toujours à gauche) indique tout d’abord un certain statut. Cela attire le respect des passants qui risquent de se faire embrocher, un roturier manquant de respect pouvant être occis sur place sans autre forme de procès. Un spectre d’influence en émane, pour protéger la veuve et l’orphelin, ou pour s’en servir à des fins plus agressives. À la fin du XVIe siècle, après de continuelles guerres, le fossé se creusera entre les classes sociales : les paysans sont désarmés (katana-gari, “la chasse au sabre”) et les soldats ont interdiction de participer aux travaux des champs ; les guerriers désœuvrés ont le choix entre la voie du sabre ou de la bêche.

Le statut combattant est reconnu, l’ensemble pesant 5 à 6 % de la population totale, au moment même où celui-ci n’a plus de batailles à livrer, mais la symbolique perdurera. » (Source https://www.chroma-france.com/)]

Yonnel Ghernaouti
Retraité, Yonnel Ghernaouti a fait l’essentiel de sa carrière dans une grande banque ancrée dans nos territoires. Petit-fils du compagnon de l’Union Compagnonnique des Devoirs Unis Pierre Reynal, dit « Corrézien la Fraternité », il s’est engagé depuis fort longtemps sur le sentier des sciences traditionnelles et des sociétés initiatiques. Chroniqueur littéraire et membre du bureau de l'Institut Maçonnique de France, il collabore à de nombreux ouvrages liés à l’Art Royal et rédige des notes de lecture pour « La Chaîne d’Union », revue trimestrielle d'études maçonniques, philosophiques et symboliques du Grand Orient de France. Initiateur des Estivales Maçonniques en Pays de Luchon, il en est le Commissaire général.

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