dim 25 septembre 2022 - 17:09

Venez visiter la Maison du Temple de Montricoux

Notre confrère la dépêche de cette semaine consacre un article à un lieu templier haut et en couleur

En sortant de la plaine de l’Aveyron, une petite route en lacets prend la tangente, et à l’entrée on s’attarde sur le pont en pierre qui surplombe la rivière et son moulin. On découvre alors l’antique bourgade de Montricoux, qu’une ultime grimpée permet d’atteindre. Des ruines éloquentes nous révèlent un vieux village autrefois fortifié. La porte Saint-Antoine ouvre dans la muraille une large brèche et permet d’accéder au centre du village, ses remparts et ses vieilles tours, ou ce qu’il en reste. Une grande bâtisse attire les regards dans la rue des Remparts, c’est le Sacré-cœur, il a aussi servi de cinéma, de théâtre, d’une communauté religieuse.

La Porte haute ouvre une perspective sur la Grand-Rue, ses pittoresques rues adjacentes, la place de la Mairie au centre du village, le donjon des Templiers et l’église qui veille sur les toits du village. La porte basse est animée autour de quelques commerces. Le château (aujourd’hui privé) est d’inspiration toscane. Par la rue des Templiers, la plus ancienne du village, on accède jusqu’à la place de l’église, l’impasse des Jardins et le chemin du Traoufour donnent sur le chemin de ronde. Autant de charme et de traces du passé qui rappellent que le territoire de Montricoux, dénommé à l’époque gallo-romaine Mornacus en Quercy, fut donné au monastère de Saint-Antonin par Pépin-le-bref, comme l’atteste un document du 30 mars 767 qui précise que cette donation a été effectuée, après que Pépin-le-Bref s’est rendu en pèlerinage avec son Rouergue. Ce n’est qu’en l’an 1181 que le monastère de Saint-Antonin en fait don à son tour aux Templiers de Vaour, qui s’installèrent ici, aux portes des gorges de l’Aveyron, y fondent une commanderie et accordent, en 1277, une charte communale aux habitants.

Vous trouverez aussi beaucoup d’informations sur le site templier.net

Entrée du château de Montricoux (France, Tarn-et-Garonne), également musée Marcel Lenoir, son feu propriétaire qui était peintre. Crédit Wikipedia

La commune actuelle de Montricoux s’étend en Quercy entre l’Aveyron, deux de ses affluents, Rioumet en aval, le ruisseau d’Embarre en amont, et une ligne irrégulière qui court d’Embarre à Rioumet au-delà de la colline du Bretou. Sur la rive droite de Rioumet, elle englobe le territoire compris entre le ruisseau de Riu Cau et les communes de Caussade et de Bioule.
Elle est limitrophe des communes de Nègrepelisse, Bruniquel, Penne du Tarn, Cazals, Saint-Cirq, Caussade et Bioule.

Au Moyen-Age, et jusque dans les premières années de la Révolution, elle comprenait en moins la communauté ou consulat de Saint-Geniès, membre de Puygaillard, qui avait même seigneur que Bruniquel. Cette petite enclave s’étendait entre l’Aveyron et les ruisseaux d’Embarre et de Pixarel (autrefois Pitchorel) et comprenait les lieux dits : le Caylar, la Bose, Saint-Geniès, Caussoleil, Gilat, la Grèze, Salquie (autrefois Salclie) et une partie de Montcussou.

Sauf cette restriction, la commune actuelle et l’ancienne communauté de Montricoux ont les mêmes limites.

Placée en bordure des derniers contreforts du Massif Central, la commune de Montricoux est très variée dans son relief et dans, son sol. C’est en ce point que l’Aveyron sort des gorges calcaires pour couler dans la plaine. A son entrée dans la commune, la rivière longe le pied des falaises de la rive droite qui dominent les basses eaux d’une trentaine de mètres ; elle s’incurve ensuite vers la falaise de la rive gauche qu’elle atteint en face du village. La vallée alluvionnaire, d’abord inexistante, s’élargit progressivement jusqu’à Rioumet. Elle forme une première terrasse élevée de dix à quinze mètres au-dessus de l’étiage et bordée d’un talus boisé ou planté de vignes. Une seconde terrasse la domine d’une dizaine de mètres, depuis le ruisseau de Sesquières (dénommé aussi du Trouillé, de Pechcausen, de Barosse) jusqu’à Rioumet. La terre végétale de cette plaine repose sur une couche de cailloux roulés, agglomérés par de l’argile. Ce sous-sol imperméable nécessite l’entretien de fossés profonds pour assurer l’écoulement des eaux nuisibles aux cultures durant l’hiver et le printemps.

Un second talus de 40 à 50 m. de hauteur conduit à un troisième plateau, où, par endroits, affleurent des quartzs roulés, témoins de l’activité des eaux aux époques géologiques. Là se trouve Montcussou dont les pentes et le sommet sont couverts de vignes depuis les époques les plus reculées, et le Pech de Mesure couvert de bois, restes de l’antique forêt de la Vaur.

Le ruisseau de Pixarel coule au-delà, dans un large vallon qui se termine vers les hameaux de la Giranelle et de Marcayran, et que domine le Bretou, longue colline jurassique d’une fertilité bien inégale : certaines de ses parties sont couvertes de bois, en d’autres lieux le calvaire affleure, la terre végétale très rare ne permet qu’une maigre végétation. A mi-hauteur s’étale un large plateau fertile qui commence au lieu-dit Bourbou et qui s’incline doucement vers le nord-ouest. La terre argilo-calcaire différencie ; au point de vue agricole, cette région de tout le reste de la commune.

Partout, sauf en bordure de la plaine basse, les sources sont rares, et les anciennes métairies disséminées dans la campagne sont toutes situées à proximité d’une fontaine.

Les origines de Montricoux se perdent dans la nuit des temps, selon l’expression consacrée. Les silex taillés qu’on rencontre en de nombreux points sont une preuve que son territoire était habité aux temps paléolithiques.

L’époque néolithique y a laissé des dolmens et des tombeaux creusés dans le sol ; le fond de ces tombeaux, les parois et la partie supérieure formant couvercle sont de larges dalles calcaires.
Il est naturel qu’un centre de population se soit établi au point où l’Aveyron, sortant des gorges, permet un passage aisé.

Dans une étude parue en 1864, M. Devals signale trois voies romaines sillonnant l’étendue de la commune. L’une, venant de l’Albigeois, traversait l’Aveyron et rejoignait à Saint-Cirq la grande voie de Montauriol à Aurillac. Ce chemin existe encore et c’est au même endroit, au lieu-dit le Port, que se faisait le franchissement de la rivière, avant la construction du pont actuel en 1842. La seconde, partant de Montricoux, rejoignait vers Belmont la voie de Saint-Antonin à Cahors par Caylus.
Elle passait par Saint-Laurent, Caussade et Puylaroque. La troisième longeait l’Aveyron. Sur le premier de ces chemins, se trouvent deux lieux : Armanhac et Cardailhac, terroirs fertiles qui paraissent avoir été cultivés dès la plus haute antiquité. Lésignac, sur la voie de Montricoux à Belmont, présente les mêmes caractères. On peut supposer, suivant une théorie exposée par Longnon, que ces noms désignaient des villas gallo-romaines. Le nom de l’antique paroisse de Castres rappelle indubitablement un établissement romain. Calmette, situé non loin de Castres, nous fait remonter au début de notre ère et même à une époque plus lointaine, le radical « calm » qui signifie plateau, étant d’origine ibère.

Le plus ancien document connu concernant Montricoux est un diplôme qui date du 30 mars 767 et dans lequel, on lit que Pépin le Bref s’étant rendu, avec son armée, en pèlerinage au monastère de Saint-Antonin, « donna en franc-alleu ce monastère et à Fédancius son abbé, le prieuré de Saint-Pierre « nommé Mormacus, situé en Quercy sur le bord de l’Aveyron en même temps que l’église de Mornagallus et la chapelle de Saint-Félix adjacentes au prieuré de Mormac avec toutes leurs possessions : vignes, terres, eaux, barrages et moulins, jusqu’à neuf coudées au-delà de la rivière et depuis Mons Cussonis (actuellement Montcussou) jusqu’au milieu de Lavaur. »
Devais, Montricoux, Imp. Ch. Douladoure, Toulouse, 1864

Il n’y a pas de doute que Mormac doit être identifié avec Montricoux dont le nom roman: Monricos, parfois Monricolf, se retrouve dans de nombreux textes. Le nom de Mons Cussonis s’est à peine transformé ; cette colline se nomme aujourd’hui Montcussou. Le bois de Lavaur, bien réduit, existe encore.

La chapelle de Saint-Félix est devenue l’église de Saint-Laurent de Mairessi, puis de Maynet. L’église de Mornagallus, aujourd’hui disparue, fut celle de la paroisse de Saint-Geniès, ainsi qu’on peut le déduire de la pièce 78 du cartulaire des Templiers de Vaour.

Il faut ensuite remonter jusqu’à la fin du XIIe siècle pour retrouver dans des manuscrits le nom de Montricoux. Les Templiers sont déjà installés dans la région. Vaour est le siège d’une commanderie qui essaimera ses maisons en Albigeois et en Quercy, au moins jusqu’au début du XIIIe siècle.

Le 31 mars 1179 (v. s.), le comte de Saint-Gilles donne aux Templiers de Vaour, représentés par le frère Fort Sans tous les droits qu’il possède sur la rive droite de l’Aveyron. Ce territoire est limité par le « riu d’en Varra » (ruisseau d’Embarre), le pech de Caussoleil, le Bretou, le chemin du Bretou à Castres, la grange de Cabertac (dont il ne nous a pas été possible de fixer la position), le riu de Metz (aujourd’hui ruisseau de Rioumet).
Ce sont approximativement les limites de la commune actuelle de Montricoux.

Un an plus tard, en mai 1181, le chapitre de Saint-Antonin donne au Temple, encore représenté par le Frère Fort Sans, commandeur de Vaour, tous ses droits dans les paroisses de Castres, de Saint-Laurent de Maynet et de Montricoux (in ecclesia que Vocatur Mairessi et in ecclesia que Vocatur Monricolf), ainsi que les moulins de Guiraudenc et de Montricoux.

Le moulin de Montricoux existe encore, et son importance s’est accrue au cours du XIXe siècle. Celui de Guiraudenc n’existe plus. Il est très vraisemblablement situé au lieu-dit « le Gal. » En effet, en février 1183 (v. s.), Fort Sans acquérait pour la maison du Temple de Vaour, moyennant une charité de 190 sous de Melgueil, de R. Baudi et de sa soeur Bérangère mariée à Arnalz del Pi, « leurs terres et leurs honors de l’orme de Bruildor tout droit sur le Capmas de Roillac et partie de « Font Ferreire : soit à savoir les talus et la rive droite de l’Aveyron et les bois et les chaussées et l’île qui est au bout de la chaussée, en amont, leurs issues et leur usage entre ce lieu et l’église de Mairessi. »

Font Ferreire est dans la commune de Bioule et il n’y a qu’une seule île dans l’Aveyron depuis Bioule jusqu’à Montricoux; elle est située au lieu dit « le Gal », et un terrier du XVe siècle nous apprend qu’il existait en ce lieu un moulin à foulon.

Sous la direction de Fort Sans, les frères du Temple de la maison de Vaour acquièrent par une action persévérante la possession de toutes les terres ou du moins les droits sur les terres depuis Bioule jusqu’en Albigeois, au-delà de Vaour. L’acquisition se faisait parfois par achat.

En 1175, ils donnent 370 sous pour la vigne située à l’Auriol (commune de Penne).
En mai 1185, G. de Salvagnac vend au Temple tous ses droits de Castres à la Bose (commune de Montricoux), sauf un cens de 33 sous, moyennant 400 sous de Melgueil.

D’autres fois, il s’agit d’un véritable don. C’est ainsi qu’ils ont acquis les droits du chapitre de Saint-Antonin qui se réserve uniquement comme preuve de suzeraineté un droit d’acapte d’un marabotin d’or et la dîme.

Ce fut un don aussi que le Comte de Saint-Gilles leur fit, le 31 mars 1179, de tous ses droits sur les terres qui composent une grande partie de la commune de Montricoux. Il retenait seulement les autours pour droit seigneurial.

Il en fut de même en décembre 1184 quand Sicard, vicomte de Saint-Antonin, leur céda les droits qu’ils avaient sur « la vila de Castres, sur les hommes et les femmes, les terres et la honor et toutes ses dépendances, quelles qu’elles soient…, les pacages, le droit d’exploitation des bois, des eaux, des sauvagines. »
Les exemples de ce genre sont nombreux dans le cartulaire des Templiers de Vaour.

D’autres fois, le prix est si minime que la cession peut être considérée comme un don. C’est ainsi que, en octobre 1184, Bertrand de Saint-Hugues cède ses droits sur les paroisses, du Bretou et de Castres avec l’usage des bois, fontaines et prairies pour 50 sous seulement.
Un acte de novembre 1184 nous apprend qu’une paire de boeufs était estimée 100 sous.

D’autres fois encore, un chevalier apportait tout ou partie de ses biens au Temple pour être reçu parmi les frères.
Ainsi agissent :
Bernard Hue de Saint-Cirq en 1178.
Uc Catre, assisté de sa soeur Uga en 1182.
P. Ramon de la Garrigue en 1183.
Bernartz Wilhelm, fils de W. de Penne, le 3 février 1183 (v. s.).
Raymond Ratier de Bioule en janvier 1184 (v. s.).
Ramond Fustein à la même date.
Amiel Cinfre de Bioule au mois de juin suivant (juin 1185).
Ratier de Caussade, etc.

Ce sont parfois les parents qui donnent au Temple une partie de leurs biens pour que l’un de leurs fils soit reçu dans l’ordre.
En mai 1183, Audiguier de Penne et sa femme Mandina cèdent à Fort Sans leurs droits sur des prés et des bois pour que leur fils Guillaume soit reçu dans l’ordre. Ils obtiennent en plus une charité de 30 sous de Melgueil.
Le 3 mai 1184, la dame Sebella, veuve de Sicard de La Tour, et ses frères donnent leurs biens au Temple. « Sicard, le fils de dame Sebella, est reçu pour don et pour frère par Fort Sans et les chevaliers de la maison de Vaour. »

Si l’on suit attentivement les pièces du Cartulaire des Templiers de Vaour recueillies par Portal et Cabié, on est frappé par ce fait que de nombreux propriétaires avaient des droits sur des territoires délimités de façon à peu près identique. C’était là une cause de conflits certains dont quelques-uns furent réglés à l’avantage des chevaliers du Temple.
Ainsi, en mai 1178, Pouz Raines et Aiceline, sa femme, Bernard et Foulque, leurs enfants, et dame Guillemine, cultivateurs (agro) font un procès à Bernard Hugues de Saint-Cirq et aux frères du Temple. Ils se plaignent de l’usurpation que ceux-ci ont faite des quatre mas : Lourmière, Camp grand, la Boissière et Bourdelles.
Il est répondu aux plaignants que Bernard Hugues les avait tenus depuis plus de soixante ans avant de les avoir apportés à la maison du Temple en mai 1178.

L’actif Commandeur Fort Sans n’eut de cesse qu’il n’eût recueilli la possession intégrale des biens qui constituaient le domaine de ses maisons et notamment de celles de Castres et de Montricoux.

Si la dîme était due au Chapitre de Saint-Antonin, ce devoir était certainement éludé ainsi qu’en témoignent des arbitrages à ce sujet datés de juillet 1192 et du 4 mars 1247 (v. s.).
Les Templiers s’engageaient à la payer désormais et à entretenir dix paires de boeufs sur les domaines acquis en mai 1181.
Le comte de Saint-Gilles s’était uniquement réservé, comme droit seigneurial, les autours, oiseaux nobles utilisés pour la chasse.
Un sens de 3 sous était dû à G. de Salvagnac, et Bernard Hugues de la Roque avait retenu ses droits seigneuriaux, mais ce sont là des exceptions.

Dans les acquisitions, sont compris les hommes et les femmes qui vivent sur les terres. Il arrive même que des êtres humains sont acquis séparément.
Ainsi, le 2 octobre 1182, Aigline et Arnaud Raimond donnent pour 25 sous de Melgueil à Dieu et à Sainte-Marie et aux frères du Temple de Jérusalem.
Estève de Fracella et sa fille. Le servage n’était pas encore aboli, la communauté n’avait pas obtenu sa charte d’affranchissement.
(Cartulaire des Templiers de Vaour, pages 25-26, pièces 79 et 82).

La Commanderie de Montricoux installée, les chevaliers durent y vivre selon la règle de leur ordre. Les terres cultivées étaient étendues dans leur domaine. Les pâturages et les bois nourrissaient des troupeaux nombreux. Ils bénéficiaient de redevances en argent et en nature évalués à 1.100 livres au début du XIVe siècle.

Ils firent construire le donjon qui s’aperçoit à côté de l’église. Ils y ajoutèrent ensuite une plus vaste demeure. Le donjon comprenait une salle basse voûtée, vraisemblablement sans autre ouverture à l’origine que d’étroites meurtrières sur la façade sud. Au-dessus, il y avait trois étages et une plate-forme crénelée. Aux angles s’élevaient quatre tourelles en encorbellement ; dans celle du nord-ouest se trouve l’escalier à vis qui desservait les différents étages ; on y accédait par une porte s’ouvrant dans un escalier du château et par une galerie boisée à l’intérieur de la salle basse, au niveau du premier étage.
Il y a peu d’années, les vieillards du pays appelaient le donjon « les quatre tours ». Nous n’avons aucune idée de ce que put être le château au XIIIe siècle.

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