mer 10 août 2022 - 10:08

Connaissez-vous le Bordeaux maçonnique ?

Chronique proposée par Florence Mothe

L’Office de Tourisme de Bordeaux organise depuis plusieurs années et avec le plus grand succès des visites commentées du Bordeaux maçonnique.

La guide Agathe Carre donne rendez-vous aux initiés et aux curieux à l’Office de Tourisme, cours du XXX juillet et les entraîne, non loin de là, place des Quinconces où le monument des Girondins rappelle l’œuvre de ces députés, presque tous Frères, comme Guadet qui était Vénérable de la Loge de Libourne, pendant la Révolution. Les deux colonnes rostrales qui se situent sur le quai fermant la perspective de la plus grande place d’Europe rappellent aussi que c’est un bordelais, Antoine de Polverel, membre de la Loge de l’Harmonie et auquel on ne rend pas suffisamment hommage, qui donna la liberté aux esclaves de Saint-Domingue de motu proprio en août 1793, ce dont la Convention le remercia en le mettant en prison à son retour en France.

Les différents projets d’architecture d’utopie qui furent envisagés sous la Révolution lors de la destruction de l’ancien Château-Trompette sont également évoqués avec les architectes, tous initiés qui en étaient les auteurs, tel Lhöte et Laclotte, inséparables des peintres qui ont donné toute leur splendeur aux immeubles tel Pierre Lacour, auteur du premier plafond du Grand Théâtre et restaurateur des fresques du Palais Rohan.

Les visiteurs sont ensuite entrainés vers la place des Grands Hommes, ainsi nommée car elle donne naissance aux rues Voltaire, Jean-Jacques Rousseau, Mably, Condillac, Franklin, Montesquieu, tous Frères, naturellement. Le cours Georges Clémenceau abrite encore l’hôtel qui accueillit Cagliostro lorsqu’il s’établit à Bordeaux après son séjour lyonnais pour y créer des Loges de la Sagesse Triomphante destinées à regrouper les Illuministes veufs de Martinès de Pasqually qui venaient de mourir à Saint Domingue. Ce séjour bordelais, par ses dates-mêmes, aurait dû exonérer le Grand Cophte de toutes responsabilité dans l’Affaire du Collier. On sait qu’il n’en fut rien.

Le temps de rendre hommage à tous les Frères guillotinés à Bordeaux, place Dauphine, devenue aujourd’hui place Gambetta, où près de 400 personnes montèrent à l’échafaud, et Agathe Corre fait admirer les décors maçonniques des façades, les fers forgés regorgeant d’équerres et de compas, avant de retrouver dans l’Hôtel de l’actuel Préfet de Région, l’Hôtel de Nesmond, le fantôme du Maréchal-Duc de Richelieu qui en fixa le décor pour l’éternité.

Cette visite qui permet de balayer une grande partie des moments importants de l’histoire de Bordeaux, mais aussi de l’histoire de France, n’oublie pas le quartier des Chartrons, celui des armateurs et des négociants, où fut créée en 1732 la fameuse Anglaise 204 qui, après avoir essaimé dans tous les ports du monde, fonda en 1913 une importante obédience devenue depuis la G.L.N.F.

Et la visite de ce Bordeaux maçonnique s’achève naturellement au Grand Théâtre dont la perfection mathématique et l’inspiration poétique jaillissent de la pierre autant que des spectacles.

Au sujet des ouvrages, nous recommandons :

  • Les Francs-maçons de Bordeaux au 18è siècle (Éd. du Glorit, 1988) du regretté Johel Coutura ;
  • « BORDEAUX méconnu et alentours » (Édition Jonglez, 2019) de Jean-Marie Beuzelin. Un véritable guide édité par un spécialiste du voyage, qui laisse une bonne place aux monuments maçonniques de Bordeaux ;
  • Et bien sûr « Lieux symboliques en Gironde : Trois siècles de franc-maçonnerie à Bordeaux » (Éd. Dervy, 2013) de Florence Mothe qui reçut en 2013 le prix littéraire de l’Institut Maçonnique de France, catégorie Histoire.
  • Par ailleurs, nous signalons le roman « La Vengeance de Gaïa » aux éditions City, Jean-Luc AUBARBIER qui nous fait découvrir ou redécouvrir la place des Quinconces à Bordeaux – réalisée par l’architecte franc-maçon Victor Louis au XVIIIe siècle, il aura fallu dix ans, de 1818 à 1828, pour finaliser sa construction sur l’aire anciennement occupée par le Château Trompette – qui constituerai le plus grand temple maçonnique au monde…

Bordeaux donna à La Maçonnerie quelques personnages connus, à commencer par :

  • Montesquieu (1689-1755) initié au sein de la loge Londonienne Horn (le Cor) le 12 mai 1730 ;
  • Joseph Ignace Guillotin (1738-1814) fils d’un avocat girondin ;
  • Jean-Baptiste Mareilhac (1745-1831), négociant, armateur, et homme politique dont maire de Bordeaux, membre de la loge « L’Amitié » de Bordeaux. Il profite de la tourmente de la Révolution pour accroître sa fortune et « aurait organisé une expédition négrière en 1792 »
  • L’abbé Dupont de Jumeaux (1755-1823), prieur d’Eymet, qui crée en 1783 le Musée de Bordeaux qui a pour vocation la diffusion des connaissances
  • Émile Foucand (1819-1881), maire de Bordeaux et sénateur, a été initié en 1842 dans la loge « Essence de la paix ». En 1851 il devient vénérable des « Amis réunis » au Grand Orient
  • Étienne Polverel (1740-1795) fut initié en 1771 dans la loge « L’Amitié » de Bordeaux. Commissaire de la République à Saint-Dominique il est à l’origine de l’affranchissement des esclaves en 1793 ;
  • Étienne Morin (1717-1771), négociant qui joua un rôle central dans la genèse du REAA fut très actif à Bordeaux où il fonda notamment en 1745 la Loge Écossaise dite des « Élus Parfaits ».

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