mar 28 juin 2022 - 04:06

Quand on a le pouvoir, c’est lui qui nous tient

Le pouvoir corrompt, nous le savons depuis longtemps. La psychologie expérimentale vient de montrer à quelle vitesse l’exercice du pouvoir fait diminuer l’empathie et d’autres vertus sociales. En loge nous avons intérêt à le savoir et pratiquer la vigilance .

Guy Debord nous dépeignait  naguère la société du spectacle, dans laquelle nous baignons en permanence. Tous les jours nous voyons qu’il avait raison, devant la déferlante de turpitudes que les politiciens se font entre eux. Nous avons tendance à voir dans ce milieu politique des exemplaires un peu atypiques de l’humanité :  les narcissiques, psychopathes et autocrates y seraient surreprésentés. Ce n’est pas faux, probablement, mais il y a une autre cause. Explications.

Machiavel avait donné des leçons de management musclé, ou en tous cas peu portées sur le respect des faibles. Lord Acton, historien et philosophe anglais du XIXème siècle, avait popularisé la formule suivante. «  Le pouvoir corrompt. Le pouvoir absolu corrompt absolument. » La seconde partie de la  formule vise directement le pouvoir dictatorial, mais elle est précédée d’une prémisse inquiétante.

Notre frère Montesquieu avait aussi repéré la chose avec cette déclaration : « Que quiconque possède le pouvoir ait tendance à en abuser est une vérité éternelle ». Remarquons qu’ici ce n’est pas que le microcosme politique qui est visé. Serions-nous devant un invariant de l’humain ?

Invariant humain, il serait alors aussi présent dans nos loges ?

 Euh, ben oui : qui n’a pas aperçu cette résistance de certains vénérables au moment de prendre la place de couvreur à leur descente de charge ? Qui n’a vu d’anciens vénérables dire à leurs successeurs cet inacceptable «  il faut que tu … » ? Qui n’a vu des fondateurs de loge se mettre presque à « casser le jouet » désormais aux mains d’autres ? 

Plusieurs équipes de chercheurs se sont penchés sur la question, dont ceux de l’université Columbia ( Galinski et al. ). Le CNRS et les universités françaises participent aussi aux recherches ( Laurent Bègue-Shankland, entre autres ) . C’est autour de la faculté de s’approprier la pensée d’autrui que la recherche est menée. Par faculté, il faut comprendre la capacité de faire et l’utilisation effective de cette capacité. Si la faculté est en baisse, on conclura être en présence d’une transformation du comportement, signe d’un « dégât » dû à l’exercice du pouvoir.

Le test de discrimination porte le vilain nom technique de « test de décentration perceptive spontanée ». C’est en fait simple. Vous demandez à la personne examinée de tracer un E majuscule sur son propre front. Mais elle doit être tracée de manière à ce que les autres puissent la lire. Cela paraît fastoche comme ça, et pourtant c’est discriminant. A certains participants on avait demandé juste avant le test de se remémorer un événement où elles avaient été en position de domination sur d’autres . Chez celles-là, la proportion des personnes écrivant la lettre correctement était divisée par trois !

Et chez les personnes qui avaient déjà occupé des fonctions élevées les scores étaient encore inférieurs.

D’autres tests concernent la reconnaissance des émotions au vu de photographies : là aussi les personnes de pouvoir ( exercé auparavant ou évoqué ) affichent de plus bas scores.

Une étude américaine a montré que les comportements transgressifs au volant augmentent avec le prix de la voiture.

On voit donc le lien entre le statut social et l’autorisation de l’individu à ne pas respecter certaines règles. Cette caractéristique est très connue chez les narcissiques :  «  les règles, c’est pour les autres ». J’en conclus qu’il faut éviter les maillets de trop belle facture dans nos ateliers !

Autre test : on observe, dans un groupe où  un leader vient d’être désigné, une tendance à s’approprier une plus grande proportion de choses ( par exemple des gâteaux ) que la moyenne du groupe, et de les consommer de manière moins discrète. Le pouvoir incite donc très vite à des comportements incivils ou désinhibés.

Le psychologue Keltner a nommé ces phénomènes le paradoxe du pouvoir. Une fois le pouvoir conquis, on perd certaines qualités qui ont été nécessaires pour l’obtenir.

Conscient de ces problèmes, notre frangin Montesquieu en avait conçu l’idée de séparation des pouvoirs : pas mal, non ?

Dans nos loges, zoomons bien sur le rôle de l’orateur. L’orateur doit se concentrer sur le strict respect de la règle, et s’interdire de donner son avis sur le fond des choix, qui appartiennent au vénérable . Et que tous se remémorent la fragilité de nos petits cerveaux face à l’intensité du plaisir lié au pouvoir et sa capacité à  créer immédiatement de l’addiction !

Bref :  vigilance et responsabilité individuelle de tous pour agir dès qu’il le faut

Patrick Van Denhovehttps://www.lebandeau.net
Après une carrière bien remplie d'ingénieur dans le secteur de l'énergie, je peux enfin me consacrer aux sciences humaines ! Heureux en franc-maçonnerie, mon moteur est la curiosité, et le doute mon garde-fou.

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1 COMMENTAIRE

  1. Bonjour,
    Un Frère dans ma Loge, est toujours au garde-à-vous par rapport aux règles et au rituel, et encore…mais dès qu’il obtient du pouvoir c’est un véritable dictateur ! Nous sommes plusieurs à le penser…
    Une catastrophe, la Loge est divisée et est en plein déclin !

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