ven 02 décembre 2022 - 19:12

Mots de passe, clés de passages

Un mot de passe laisse supposer un dedans  et un dehors, quelque chose qui permette l’ouverture, un accès. Il est une frontière.

Le mot de passe fonctionne comme une clé pour ouvrir. Ce peut être un code comme pour un coffre, ou les mots de login renforcés par un code constituant la clé complète d’accès à des informations personnelles.

S’il s’agit d’un droit de passage, alors, ce sont des règles d’usage, de connaissance et de comportement, d’appartenance à un groupe dont il faut justifier. 

En Égypte, l’initié au premier degré, restait trois ans sans communiquer avec le monde profane et, en cas de sortie, il ne pouvait plus rentrer. Au contraire, l’initié au second degré possédait un mot de passe, parce qu’il avait, dans certains jours de la semaine, la liberté de sortir.

Pouvoir aller et venir ! De simple tampon sur la main de celui qui sort et qui veut rentrer d’une boîte de nuit, ou bracelet au poignet dans les piscines, ou QRcode vaccinal, le mot de passe, comme certains le présagent, pourrait devenir une puce électronique chevillée au corps contenant des informations sur les exigences permettant de circuler en société !

Détenir un mot de passe ne pourrait donc se faire sans l’octroi d’un statut d’appartenance à un groupe, c’est le cas en Franc-Maçonnerie.

Il permet d’entrer dans une des chambres du temple, en ayant le grade correspondant (sauf lors d’augmentation de degré, le mot de passe lui sera confié au cours de sa réception à ce nouveau degré). Les mots de passe varient selon les rites. D’un rite à l’autre, d’un rituel à l’autre, les mêmes mots de passe sont utilisés à des degrés différents.

Il semble que ce  terme de «mot de passe»  soit d’origine militaire comme partie du mot d’ordre qui se décompose en mot de sommation et en mot de passe ; la question constitue la sommation et la passe en constitue la réponse. Le mot de passe est un symbolon verbal qui permet l’évaluation, la reconnaissance et la validation de la confiance.

Le plus connu des mots de passe, Schibboleth, prononcé en chuintant, a été adopté pour parler d’un trait linguistique qui permet de différencier des locuteurs. Le mot ne vaut que par la façon dont il est dit, son accentuation, sa sonorité. Il ne révèle pas une signification, mais un trait privilégié à la marge de la langue qui peut signaler une appartenance. Autrement dit, un schibboleth représente un signe de reconnaissance verbal, un mot de passe, de passage (Voir l’article : Schibboleth, ou la guerre fratricide publié le 22 février 2022).

La légende populaire raconte qu’en 1282, pendant les vêpres, les Siciliens révoltés contre les troupes de Charles d’Anjou à Palerme et contre la plupart des Français, obligeaient les étrangers à prononcer le mot « ciciru » (signifiant « pois chiche » et se prononçant « tchitchirou ») pour découvrir s’il s’agissait d’un Français sinon ils étaient massacrés.

Autre exemple: dans les années 1930, le dictateur de Républicaine dominicaine, Trujillo, veut chasser les travailleurs haïtiens. Pour distinguer les dominicains (de langue espagnole) des haïtiens (langue créole et française) il leur demande de prononcer «trujillo» ou «perejil». Plus de 20000 travailleurs et travailleuses d’Haïti (enfants compris) furent tués à la machette pour ne pas avoir prononcé ces mots correctement.

Semblablement, pendant la Seconde Guerre mondiale, les troupes américaines, qui avançaient contre les Japonais d’une île du Pacifique à l’autre, devaient s’assurer que leurs bases de ravitaillement étaient à l’abri des attaques des saboteurs japonais. Ils ont choisi le mot de passe «Lollapalooza» pour leurs sentinelles à utiliser comme défi parce que les Japonais étaient incapables de faire la distinction entre la prononciation anglaise de «R» et «L» et le prononçaient «rorraparooza».

Hiram fit d’abord trois classes de constructeurs dont une d’apprentis, une de compagnons et une de maîtres, leur recommandant de faire chacun, en particulier, leurs devoirs ; il les avertit qu’ils seraient tous payés chaque samedi au soir. Il les payait effectivement mais vers la fin du mois. S’étant aperçu qu’il était dupé dans le paiement puisqu’il se trouvait à court d’argent, il s’imagina que les apprentis ou les compagnons l’avait abusé en recevant la paye de maître. Pour remédier à cet abus, moyennant un mot, un signe, un attouchement et une passe les ouvriers venaient déposer leurs outils auprès d’une des colonnes du Temple et recevoir le salaire de leurs travaux. La colonne de gauche servait aux apprentis, celle de droite servait aux compagnons. Les maîtres étaient payés dans la chambre du milieu. C’est du mot de passe des maîtres que les mauvais compagnons auraient voulu s’emparer.

Certaines loges du rite français indiquent non pas un mot mais un nombre : 3593. Ce rituel souligne que ce mot de passe indiquait le nombre de maîtres employés à la construction du Temple mais, qu’après la mort d’Hiram, il signifia : 3 forment, 5 composent, 9 furent élus, 3 assassinèrent.

Il est important de savoir que le choix des lettres constituant les mots de passe de la Franc-Maçonnerie était déjà considéré comme ayant une origine cabalistique en 1726, c’est-à-dire quatre ans avant la publication de Masonry Dissected. La première utilisation connue de lettres hébraïques dans les textes de rituels maçonniques se trouve dans le premier catéchisme maçonnique imprimé, A Mason’s Examination, publié en 1723 (Henrik Bogdan, L’influence cabalistique sur l’élaboration du grade de Maitre en Franc-Maçonnerie,  <academia.edu/1601260/>).

Les mots de semestre peuvent se concevoir comme mot de passe, rassemblant de très nombreuses loges qui ne se connaissent pas ou peu, de façon à pouvoir voyager de l’une à l’autre. Ils sont inter-communiqués aux couvreurs entre obédiences se reconnaissant entre elles. La connaissance des mots de semestre atteste à la fois de la qualité de franc-maçon et de la fréquentation assidue de son atelier (donc ayant payé ses cotisations).

Le mot de passe est bien distinct du mot sacré qui synthétise chaque degré initiatique. Lire l’article de Louis Trébuchet, Mots de passe et mots sacrés aux trois premiers degrés du REAA, 2006 : <masoniclib.com/images/images3/57962800_1246210365.pdf>

Hiram ne voulut-il pas divulguer un mot de passe, un savoir ou de celui du mot sacré ?

Solange Sudarskis
Solange Sudarskis
Maître de conférences honoraire, chevalier des Palmes académiques. Initiée au Droit Humain en 1977. Auteur de plusieurs livres maçonniques dont le "Dictionnaire vagabond de la pensée maçonnique", prix littéraire de l'Institut Maçonnique de France 2017, catégorie « Essais et Symbolisme ».

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