ven 20 mai 2022 - 15:05

La Corse est-elle une terre maçonnique ?

De notre confrère journaldelacorse.corsica – Par : Philippe Peraut

Système dit « affairiste » pour les uns, initiatique ou humaniste pour les autres, la franc-maçonnerie plane, quoiqu’il en soit, sur la société. Que l’on soit partisan, simple curieux ou détracteur, les frères « trois points » ne laissent, en tout cas, personne indifférent. En Corse, ils seraient autour de 4000 « frères et soeurs » répartis en moins d’une centaine de Loges-lieux de leurs réunions- à travailler ponctuellement. Qui sont-ils ? Quels objectifs poursuivent-ils ? Quel est leur impact sur la société corse ? Enquête…

À la seule évocation de son nom, la Franc-Maçonnerie a de quoi vous faire hérisser le poil. Crainte, appréhension, curiosité, c’est sans doute l’aspect secret du système et les interrogations qu’il suscite qui sont à l’origine des théories les plus fantasques. « La Franc-Maçonnerie ? Lance un « frère » en guise de préambule, le mieux c’est d’y entrer afin de se faire sa propre idée. Sinon, c’est la porte ouverte à toutes les idées préconçues ! »

Qu’est-ce, en somme, que la Franc-Maçonnerie ? Un bref historique s’impose.

Un peu d’histoire

Les origines de la Franc-Maçonnerie semblent variées. Il semblerait, toutefois, qu’elle puise sa source dans différentes traditions ésotériques et spirituelles évoluant au rythme de la société avec comme point de départ la création du Temple de Salomon et un peu plus tard, les Templiers. Dans son ouvrage « La Foi d’un Franc-Maçon », Richard Dupuy, qui fut Grand Maître de la Grande Loge de France expliquait qu’au sortir des deux croisades, période de reconstruction, les artisans des corps de métier différents, pouvaient par leur travail, « racheter leur franchise » et acquérir ainsi une liberté dont ils étaient privés jusqu’ici. Ils devinrent alors des maçons francs et plus tard des francs maçons. La deuxième époque cruciale du développement de l’Ordre est caractérisée par les Bâtisseurs de Cathédrale qui créèrent, durant le Moyen-Âge, des loges où ils vivaient le temps d’édifier les églises. En 1717, l’arrivée de la Franc Maçonnerie dite « spéculative », utilisant les symboles et outils des artisans nourrit une réflexion intellectuelle. En 1723, un texte fondateur, la Constitution du pasteur James Anderson, donne naissance à la maçonnerie moderne.

Mais deux courants vont s’opposer. L’un humaniste et sociétal issu de cette mouvance et l’autre plus ésotérique et spirituel puisant sa source dans une tradition dite primordiale et véhiculée par différents courants spirituels. « La Franc-Maçonnerie est la voie initiatique de l’Occident, écrira notamment René Guénon, auteur français considéré comme une référence de l’histoire intellectuelle du XXe. « Sans le courant sociétal, la Franc-Maçonnerie, qui est de par ses symboles et rituels d’essence spirituelle, aurait sans doute disparu, argumente l’un des plus anciens maçons de l’île en termes de longévité (40 années et 9 obédiences…), ancré dans l’évolution de la société, le courant humaniste a pris le dessus sur la démarche spirituelle. Mais il y a une maçonnerie dans la maçonnerie, tout dépend de ce que l’on vient y chercher. »

Ainsi et partie des premières Loges écossaises et anglaises, la Franc Maçonnerie s’est développée un peu partout en Europe. Pour arriver dans l’Hexagone avec la création, en 1773, du Grand Orient de France. Aujourd’hui, l’Ordre compte près de 200000 « Frères et Soeurs » répartis en une quarantaine d’Obédiences-qui ne se reconnaissant pas toutes entre elles- et quelque 5000 Loges. À l’origine de la séparation entre l’Église et l’État, le Grand Orient de France est, on le sait, impliqué dans l’évolution sociétal. Raison pour laquelle, nombre de ses membres intègrent la sphère politique.

Corse, des origines confuses

Si l’on a coutume de dire que la Corse est une terre chrétienne, elle est également une terre maçonnique. Pour autant, l’origine de son arrivée dans l’île reste confuse. Pour certains membres rencontrés-tous on souhaité garder l’anonymat- « Théodore de Neuhoff était proche des Stuart. Quand il arrive au fort de Matra et va créer le Royaume de Corse, il y a , dans son entourage, des personnes issues de la maçonnerie écossaise… »

Dans son ouvrage, « Les Sociétés Secrètes en Corse », Jean-Baptiste Nicolaï indique que « les archives françaises et italiennes ne mentionnent aucune obédience ayant présidé à la création de Loges en Corse… »

Ce qui nous conduit à considérer que les premiers Francs-Maçons corses ont été initiés ailleurs que dans l’île. Les liens étroits avec la Toscane, Naples ou Rome portent à penser que c’est vers l’Italie qu’il faut trouver les premiers « Frères » corses.

Selon Jean-Baptiste Nicolaï, les premières loges créées dans l’île le sont à Bastia (« La Parfaite Union », le 19 mars 1774 et « Les amis Constans », le 11 décembre 1788), Corte (« La sincère amitié »,1778) et Ajaccio (La Paix, 10 décembre 1802). On ne pourra pas, forcément, s’empêcher d’évoquer les deux figures illustres de l’histoire de l’île, Pasquale Paoli et Napoléon Bonaparte. « Paoli, rappelle un autre maçon ajaccien, a été initié lors de son exil en Angleterre. Toutefois, il pourrait y avoir des liens maçonniques dans son entourage lors de la révolution corse, notamment autour des Matra et des Gaffory. Pour ce qui est de l’Empereur, nous n’avons pas de preuve de son appartenance à l’Ordre. En revanche, tous ceux qui gravitent autour de lui sont Francs-Maçons. À commencer par son père Charles, ses frères Jérôme, Joseph et Louis et sa sœur Pauline. Sans omettre Jean-Jacques Régis de Cambacérès associé à la genèse de toutes les grandes institutions de l’Empire. »

On évoque, toujours dans cette période, les Loges militaires. « Ce sont, rappelle un « frère » du Grand Orient de France à Ajaccio, des Loges créées à la suite d’un mouvement qui s’est répandu un peu partout en Europe sous l’Empire. Un renouveau caractérisé par Joseph Bonaparte qui a été Grand Maître du Grand Orient de France…À cela s’ajoute un peu plus tard, le phénomène des « Carbunari » spéculatifs importés sans doute d’Italie et les « Pinnuti » qui se réunissent en cachette, qui avaient le Pinnatu comme symbole et préconisaient les mêmes principes que la maçonnerie… »

La Franc maçonnerie au coeur du statut Joxe et des accords de Matignon

Plus encore qu’au niveau national, la Franc-Maçonnerie insulaire a payé un lourd tribut avec les deux conflits mondiaux. Peu présente, elle connaît son renouveau à l’époque du Riacquistu. Simple coïncidence ou fait marquant qui va conditionner la suite de son évolution, ce réveil est calqué sur les premières revendications nationalistes. Même si l’Ordre poursuit son travail dans l’évolution sociétale et humaniste de l’île, force est de constater que certains Frères se rapprochent, après Aleria, de leurs homologues parisiens pour évoquer, déjà, une solution politique au problème corse. Mais c’est surtout au début des années quatre-vingt-dix, que la maçonnerie va jouer un rôle important dans le règlement de la question corse. «Au moment où s’ouvrait le processus lié au statut Joxe, affirme un élu « initié » insulaire, et se crée à Paris, la Loge « Fraternité Pasquale Paoli » au Grand Orient de France, des frères et sœurs basés à Paris et en Corse ont eu un rôle actif. Cela coïncide, par ailleurs, avec l’’entrée en maçonnerie de militants et dirigeants nationalistes. Ils nourrissent un débat au sein des différentes obédiences. On peut donc affirmer que la maçonnerie s’implique dans un règlement pacifique et concerté de la question corse. On retrouve, à un degré moindre, la même analyse au début des années 2000 lors du processus de Matignon. On se souvient d’une rencontre qui avait fuité entre des responsables du FLNCet le Grand Maître du GO de l’époque à Paris et d’une tenue « blanche » ouverte aux profanes. Les discussions ont souvent eu lieu quand la Gauche était aux affaires et que des membres importants du PS dont François Rebsamen, maire de Dijon, et du Grand Orient étaient impliqués. C’est un fait historique, sous la Droite, les discussions étaient d’une autre nature et empreintaient moins le chemin des loges. »

Difficile, aujourd’hui, de déterminer avec exactitude le nombre de frères et soeurs présents dans l’île. Selon nos sources, il oscillerait autour de 4000 répartis en moins d’une centaine de loges. Le Grand Orient de France, La Grand Loge de France, le Droit Humain, La Grande Loge Nationale Française et la Grande Loge Féminine de France constituent l’essentiel des obédiences. La suprématie régionale en termes de nombres (27 loges et 750 frères) est occupée par la Grande Loge Nationale Française « Nous sommes présents sur tout le territoire insulaire, argumente l’un de ses membres influents, Bastia, Ajaccio, Corte, Porto-Vecchio, Sartène-Propriano, Isula Rossa. Notre démarche attire le « profane » de par son caractère spirituel, proche, par certains de ses aspects, des confréries. C’est une maçonnerie dite traditionnelle qui a une vocation purement spirituelle. C’est dans ce sens qu’elle suscite un réel engouement en Corse. »

Deux courants opposés puisque si le GO bannit toute croyance en Dieu, c’est au contraire une condition sine qua none pour entrer à la GLNF. L’ensemble des obédiences évoquent, toutefois le Grand Architecte de l’Univers, une manière sous-jacente de mentionner une forme de création. Le GO ayant, pour sa part tranché en écartant depuis le début des années quatre-vingt, toute référence au Grand Architecte de l’Univers.

« En Loge, affirme un frère corse de cette obédience, on ne parle ni de Dieu, ni de politique. Le GO est totalement adogmatique. Notre démarche repose sur l’absolue liberté de conscience, l’amélioration de l’homme et de la société sans oublier le combat pour la laïcité. »

Derrière le GO et la GLNF, on retrouve, quasiment dans les mêmes proportions qu’à l’échelle nationale, la Grande Loge de France, le Droit Humain, la Grande Loge Féminine de France parmi les obédiences les plus fréquentées. « D’autres obédiences plus ou moins reconnues sont également représentées en Corse. Suite à la crise qui a frappé la GLNF il y a une dizaine d’années, des micro-obédiences ont vu le jour, elles se sont aussi répandues en Corse. »

Création d’un Grand Orient de Corse

Y aurait-il, pour autant, une spécificité corse ? La création, il y a quelques années, d’un « Grande Oriente di Corsica » qui serait rattaché à la Catalogne, semble le corroborer. S’il n’y pas de démarche politique en franc-maçonnerie, elle lui ressemble fortement. Cette obédience regrouperait trois loges, deux à Bastia et une à Ajaccio et rassemblerait une soixantaine de « frères et soeurs ». On y évoque également l’usage de la langue corse dans l’ouverture et la fermeture des travaux.

« La maçonnerie défend des valeurs d’universalité, réplique-t-on au niveau de la Grande Loge de France dans l’île, partant de là, on ne peut pas à proprement parler, évoquer de « spécificité insulaire ». C’est plus le fait d’être une île où la proximité prédomine qui créé une forme de particularisme. »

S’il est un point qui semble converger avec la Franc-Maçonnerie à l’échelle nationale, ce serait le caractère « affairiste » dont on affuble, à tort ou à raison, l’Ordre. « Tous les prêtres sont-ils pédophiles, réplique un frère, le système est à l’image de la société. La force de la Franc-Maçonnerie aujourd’hui en Corse comme ailleurs, c’est la capacité qu’elle donne à toutes les classes sociales de se réunir. On trouvera donc aussi bien, en loge, des Francs-Maçons artisans, producteurs, enseignants qu’ingénieurs, avocats ou médecins. On dit que la Franc-Maçonnerie cherche un second souffle aujourd’hui, nous répondons qu’elle vit avec les mêmes valeurs universelles qu’hier : l’amélioration de l’homme et de la société. La maçonnerie publique incarnée par la présence de nombreux élus de la République a sans doute joué par le passé mais elle est aujourd’hui beaucoup moins influente. Le système, qui est à l’origine de la devise républicaine « Liberté, Egalité, Fraternité » est le gardien de nos institutions et de la laïcité. »

Une présence dans tous les domaines en Corse

Dans l’île, la maçonnerie a investi la sphère politique (une dizaine d’élus de la Collectivité de Corse sont maçons, quelques-uns des municipalités, voire des députés d’hier et d’aujourd’hui) mais aussi culturelle, associative ainsi que les médias. « Elle est omniprésente partout, argumente l’un de ses membres GLNF, cela signifie qu’il y a, peut-être plus qu’ailleurs un réel intérêt à travailler à la quête de Soi et dans une démarche, qu’elle soit spirituelle ou humaniste. Tout se rejoint. Vous savez, il suffit d’aller sur le Web pour tout savoir sur la maçonnerie. Mais rien ne remplacera le vécu du frère ou de la sœur qui entrent. C’est un peu comme jouer au football et regarder un match à la TV. »

S’efforce-t-on aujourd’hui, d’un point de vue politique et à l’instar de l’époque du statut Joxe ou des accords de Matignon, de miser sur le réseau maçonnique pour faire évoluer les institutions de la Corse ? « Je ne pense pas, glisse un autre élu insulaire, le rôle politique qu’on pouvait prêter à une loge, des membres, voire à une obédience, n’est plus aussi marqué aujourd’hui où les frères et sœurs s’impliquent à titre individuel dans des mouvements, formations politiques ou collectivités. Je ne ressens pas vraiment, pour ma part, d’implication collective de la maçonnerie…Les puristes vous diront que ce n’est pas le but de l’Ordre de se mêler d’affaires profanes. On rejoint donc une conception originelle de la maçonnerie et une forme de normalité par rapport à ce que l’on constate partout ailleurs. »

En dépit d’une certaine forme d’essoufflement, la maçonnerie insulaire semble poursuivre son chemin. Serait-elle un nouveau clan « à l’usu corsu » ? Pour autant, les frères et sœurs de toutes les obédiences se retrouvent chaque année, durant l’été au Col de Vergio pour une réunion et un repas fraternel. Une façon de perpétrer la tradition, un mot qui, semble-t-il, n’est pas vain en loge…

 Interview 

Michel Barat : « La Franc-Maçonnerie corse n’est pas assez sélective »


Ancien Grand Maître de la Grande Loge de France, Michel Barat connaît particulièrement bien la sphère maçonnique. Depuis son retour en Corse il y a une quinzaine d’années, il a intégré une loge insulaire du Grand Orient de France. C’est une analyse précise qu’il nous livre concernant l’Ordre maçonnique d’une manière générale et plus particulièrement en Corse…


Peut-on dire de la Corse qu’elle est une terre maçonnique ?

Oui par excellence ! Quand vous avez les deux personnages phare de l’île, à savoir Pasquale Paoli et Napoléon Bonaparte, comment peut-il en être autrement ? D’ailleurs, l’opposition entre les deux hommes à un moment de leur vie, n’est pas une opposition politique, c’est une opposition maçonnique. Paoli est maçon par le biais d’une maçonnerie d’influence anglaise qui vient d’Italie. Et Bonaparte a créé le Grand Orient de France. Il oblige tous les Francs-Maçons à s’unir au sein d’une seule obédience dont la devise est « Unus Ex Pluribus », seul à partir de plusieurs…


Quelle est l’origine de la Franc-Maçonnerie ?

Elle part des Constitutions d’Anderson et de la Grande Loge Unie d’Angleterre en 1717. Cela dit, il y a eu, en même temps, l’émergence d’un autre mouvement, celui de la maçonnerie écossaise. La maçonnerie anglaise puise sa source dans la philosophie des Lumières et la Royale Society de l’Académie des Newton…L’autre vient de milieux qui sont catholiques et la maçonnerie écossaise va trouver son prolongement en France avec l’église des Stuart. Dans l’histoire, la deuxième rupture est marquée par la maçonnerie de type anglais et celle de type continental donc française.


On évoque une maçonnerie d’essence spirituelle qui serait antérieure. Qu’en pensez-vous ?

L’histoire mythique des Francs-Maçons nous ramène jusqu’à l’Ancien
Testament dont on s’est appuyé pour reprendre certains textes . La maçonnerie, telle qu’on la connaît aujourd’hui, est née au XVIIIe siècle. Nombre de symboles, notamment l’oeil au milieu du triangle, sont déjà présents dans les églises du XVIIe siècle. Ceci étant, je pense, d’un point de vue personnel, qu’ il y a une dimension spirituelle en maçonnerie, c’est la quête de la parole perdue, donc de Dieu. Et ce n’est pas antinomique puisqu’une dimension spirituelle n’implique pas une croyance, quelle qu’elle soit…


La Franc-Maçonnerie aujourd’hui ?

Elle s’essouffle considérablement. Ce n’est plus celle de Montesquieu ! C’était, à l’époque, un moteur de progrès. Aujourd’hui, elle est devenue trop conservatrice. Mais c’est dans l’air du temps. Comment prôner l’universalité quand les obédiences ne se reconnaissent pas entre elles ? La maçonnerie anglaise avait gagné la bataille contre l’intolérance, la maçonnerie française celle des droits de l’homme et la maçonnerie américaine celle de l’indépendance des peuples. Dans l’époque d’obscurantisme que l’on traverse aujourd’hui, la maçonnerie aurait un sens.


Dans quelle mesure, la Franc-Maçonnerie s’implique-t-elle dans la société corse selon vous ?

Le nombre de maçons est d’une densité très forte, sans doute supérieur à la moyenne nationale. L’obédience la plus représentée dans l’île est la Grande Loge Nationale Française. Je trouve, pour ma part, que la maçonnerie corse est peut-être trop importante en nombres de frères et sœurs.


On évoque des réseaux et un système dit « affairiste », en Corse plus qu’ailleurs. Qu’en dites-vous ?

La Corse est un microcosme où la proximité est à double tranchant. Le système affairiste est issu de dérives internes dans certaines obédiences. Il y aussi une quête de hauts grades et de hautes fonctions plus marquée qu’ailleurs. Tout cela nuit, bien sûr, à l’équilibre de l’Ordre. Mais on ne peut pas, d’un autre côté, généraliser. Il y a des loges, des frères et sœurs qui travaillent véritablement dans une démarche humaniste, fraternelle, sociétale ou spirituelle. C’est sans doute le mythe du secret maçonnique qui attire aussi les idées les plus invraisemblables…

Philippe Peraut

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