dim 28 novembre 2021 - 19:11

Le risque de la spiritualité au GODF

Un jour, j’ai reçu une invitation pour découvrir ce qu’était la franc-maçonnerie. C’était ma première rencontre avec une loge de Francs-maçons ; une tenue blanche ouverte. Cette rencontre fut le commencement d’un engagement fort, si fort qu’il ne manqua pas de changer non seulement ma vie, mais ma vision de moi-même dans mon corps, dans mon âme, et dans mon esprit.

Lorsque, peu après je déposai ma candidature, je n’avais alors aucune idée de ce qu’était un « Rite » particulier ; et encore moins d’une différence entre les différentes obédiences. Je savais seulement que je recherchais quelque chose depuis tant de temps, sans savoir ni comment ni pourquoi. J’étais dans l’ombre et je désirais la lumière. Cette famille, je l’ai bien choisie ; ma déception aurait été si grande si j’étais allé ailleurs, j’en suis convaincu. Une sœur m’a dit, pas plus tard que ce matin que « rien n’arrive par hasard » ; et plus j’avance, plus mon scepticisme laisse place à l’acceptation de toutes ces potentialités inconnues. C’est une ouverture ; plus encore, un lâcher prise.

J’ai donc atterri au sein d’une loge très focalisée sur sa portée initiatique – ce qui veut dire, symbolique et parfois philosophique. Certains de ses illustres frères, portés par leurs connaissances et leur parcours initiatique soutiennent la loge. Je me suis nourri de leurs idées, qui de toute évidence commençaient à m’aider à percer le secret de ce mystère dont je soupçonnais l’existence, mais que je n’ai jamais su approcher: le mystère le l’Être, de notre origine et de notre destinée.

Et pourtant, comment peut-on être au GODF et dans un rite « chrétien primitif  »? C’est une vraie question ; ou peut-être, un superficiel paradoxe qui est parfois accompagné de noms d’oiseaux. Mais je les mérite, car j’ai parfois été dur avec ma propre obédience, beaucoup trop obnubilée, pour moi par de vils sujets purement politiques (et donc, très éloigné de la sagesse et de ces tentatives de dépassement de l’égo que je trouve au sein de mes pratiques maçonniques).

Et pourtant, chaque obédience possède ses caractéristiques et chaque loge au sein de chaque obédience sa propre personnalité. Et si j’aime être au GODF, c’est par l’incroyable latitude qui nous est laissée pour pratiquer notre rite selon notre histoire. Si le GODF peut être décrit en un mot, c’est « liberté » – cette liberté d’être ce que nous sommes, avec un chemin qui nous est propres. Au lieu de diviser, le GODF a choisi de rassembler le blanc et le noir.

Masons, Brotherhood, Symbol, Brothers
Pixabay

Faire vivre ce blanc et ce noir nécessite d’accepter le contraire de ce que l’on est soi-même. C’est un grand défi, et j’accepte de ne pas encore être à sa hauteur ; j’ai toujours les yeux qui se lèvent au ciel quand j’entends une planche sur le sort des immigrés, ou encore sur la laïcité (ayez pitié de moi, je vous en prie !)

Mais j’imagine que tous ces frères et sœurs pour qui ces sujets (et bien d’autres) sont profondément maçonniques doivent ressentir le même dégout pour nos sujets Bibliques. Willermoz, en créant le Rite Écossais Rectifié, modifie la maçonnerie Andersonienne pour y déposer une doctrine gnostique, qui se retrouve à tous les grades bleus et qui est, à ce titre assez différent des autres rites. Pour certains, cela doit être un sacrilège…

Car au fond, qu’est-ce qu’est la maçonnerie ? Le Grand Maître de la maçonnerie « régulière » d’Australie n’hésite pas, en 2012 à condamner toute recherche ésotérique comme contraire à toute aspiration maçonnique – et avec elle, l’alchimie, les rose-croix, et bien d’autres sujets que beaucoup en France considèreraient comme ayant une portée initiatique.

Ainsi, nous devons admettre que la maçonnerie n’existe que dans nos cœurs, et que si nous croyons tous en avoir la propriété exclusive, c’est parce qu’elle nous est si chère et si tendre. Nous en sommes amoureux fous, et l’amour fou rend aveugle. Il déchaîne les passions, nous fait oublier pourquoi nous nous tendons tous les uns et les autres la main pour une chaîne d’union.

Je ne sais trop pourquoi le GODF admet en son sein, lui qui est composé à plus de 80% de loges au Rite Français, dont l’écrasante majorité sont sociétales, d’autres rites si christiques, mais je le remercie de nous avoir offert une maison où il fait bon vivre. Je suspecte que cela ait à voir avec la course aux chiffres… Mais j’ai promis d’être sympa pour une fois, alors je m’arrêterai là.

Aussi longtemps qu’il voudra bien de moi, je voudrai bien de lui – à condition qu’il puisse continuer à entendre mes quelques plaintes occasionnelles… Et je pourrai entendre les siennes à mon encontre, et nous nous retrouverons pour une chaîne d’union où tout sera pardonné.

A. Thalès
Âgé de 36 ans, passionné d’histoire, de sociologie, de philosophie et bien sûr d’ésotérisme, A. Thalès vous propose un chemin de recherches, de rencontres et de connaissances. Lecteur avide, titulaire de Master venant de deux universités, il tente d’unir les idées des sciences modernes avec les voies (et voix) de nos anciennes spiritualités.

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