dim 28 novembre 2021 - 18:11

Les femmes en franc-maçonnerie : dans le moule du patriarcat ?

Bien que l’initiation maçonniques des femmes soit possible depuis le début du XXème siècle, sans parler des loges d’adoption du XVIIème siècle, il faut bien constater que la présence des femmes dans les loges maçonniques reste minoritaire. La manière dont elles se sont intégrées au parcours maçonnique est plus préoccupant dans la mesure où tout se passe comme si leur féminité avait été gommée pour se soumettre au patriarcat.

Sociologiquement, toutes les études reconnaissent que le patriarcat est le modèle dominant des rapports sociaux genrés. L’actualité récente a rappelé qu’en occident, la différence de rémunération des emplois, à compétences égales, montre une baisse significative des salaires accordés aux femmes, au point que tout se passe comme si depuis « le 3 novembre 2021 à 9h22 les Françaises travaillent gratuitement. » (sources : Les Glorieuses)

Si le patriarcat se définit en premier lieu par la transmission patrilinéaire, on comprend que les évolutions sociétales, du moins dans les pays occidentaux, explique qu’on définisse aussi des éléments post-patriarcaux (cf la pensée de Geneviève Fraisse).

Si les féministes ont tendance à diaboliser le patriarcat comme la cause de toute domination féminine, on ne peut que constater qu’il impose un modèle social dominant dans lequel la place des femmes dans les niveaux de responsabilité est de facto minoré, et ceci bien que des adaptations législatives imposent la parité dans certaines instances.

Il en est de même dans les organisations maçonniques.

En ce qui concerne la démarche maçonnique, plusieurs observations méritent d’être rappelées :

  • Les initiateurs des loges maçonniques ont conçu leur fonctionnement uniquement pour le genre masculin ;
  • Avec l’apparition des premières initiations féminines, aucun rituel spécifique à l’initiation féminine n’a été créé ;
  • Si pour les loges féminines, une féminisation des fonctions des trois premiers grades a été effectuée, pour les loges mixtes, le recours au pseudo genre masculin neutre a été la règle !
  • Au niveau mondial, le nombre des femmes dans les loges maçonniques peut être estimé à près de 5% des effectifs ; en France, on approche les 20%.
  • Tout signe de féminité est généralement proscrit dans l’apparence vestimentaire ; la robe noire ou blanche en est l’expression la plus symbolique.
  • Le rituel de Memphis-Misraïm est parfois considéré comme un rite isiaque particulièrement dévolu à un homme, Osiris !
  • Tous les hauts grades ont une indéniable connotation machiste.
  • Pour de nombreuses sœurs, le nec plus ultra de la symbolique maçonnique c’est… l’androgynie !

On peut comprendre que dans des sociétés patriarcales et post-patriarcales, il aurait été surprenant que la franc-maçonnerie échappe aux lois sociétales.

Dans la mesure où la réflexion maçonnique contemporaine se veut aussi, du moins pour certaines loges, universaliste et non genrée, il est normal qu’une lecture critique de la soumission féminine aux règlements maçonniques émerge.

On peut saluer la volonté de certaines sœurs de … « sortir de l’ombre » mais est-ce que cela ne supposerait-il pas de changer de paradigme ?

Ce qui n’est pas inintéressant c’est de constater que de nombreuses sœurs ne sont nullement choquées par le caractère masculin des rituels maçonniques et par la prééminence des frères. Même dans une obédience comme le Grand Orient de France, des mesures simples et de bon sens qui auraient pu accompagner l’autorisation de la mixité, comme la parité ou la féminisation des fonctions, n’ont pas été mises en œuvre sans que cela choque la majorité des sœurs du GODF.

Une sœur de la Grande Loge Féminine de France m’a affirmé que pour de nombreuses sœurs, la loge maçonnique est vécue comme un lieu de « pouvoir ».

Tout se passe comme si être femme dans une loge maçonnique supposait de « faire comme les hommes » !

La question de savoir si cet état de fait n’était pas préjudiciable à l’entrée des femmes dans les loges ne semble inquiéter personne !

Vivons-nous une situation transitoire ou est-ce un point d’achoppement, l’avenir le dira !

Voir aussi :

Franc-Maçonnerie, République et exclusion des femmes : une analyse de Françoise Gaspard

Alain Bréant
Médecin généraliste, orientation homéopathie acupuncture initié en 1979 dans la loge "La Voie Initiatique Universelle", à l'orient d'Orléans, du GODF Actuellement membre de la RL "Blaise Diagne" à l'orient de Dakar - GODF Auteur sous le pseudonyme de Matéo Simoita de : - "L'idéal maçonnique revisité - 1717- 2017" - Editions de l'oiseau - 2017 - "La loge maçonnique" - avec la participation de YaKaYaKa, dessinateur - Editions Hermésia - 2018 - "Emotions maçonniques " - Poèmes maçonniques à l'aune du Yi King - Editions Edilivre - 2021

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9 Commentaires

  1. Si les féministes refusent le fonctionnement historique de la Franc-maçonnerie « en faisant comme les hommes », en l’obligeant à changer ses fondamentaux, pourquoi ne créeraient-elles pas autre chose, une autre institution avec un nom différent, forcément ? Mais cela demanderait une créativité courageuse pour se séparer de la FM et une capacité d’inaugurer une nouvelle Tradition. Ses mythes sous-jacents seraient-il androgynes, mixtes ou seulement féminins?
    La féminisation des fonctions selon le biologique de celle qui l’occupe est, à mon sens, une erreur ; d’ailleurs le féminin n’est pas occulté au GODF puisque en s’adressant à elle, on entend: ma SŒUR (et non mon frère) orateur tu as la parole, ou ma SŒUR premier surveillant, ou ma SŒUR hospitalier, …veuillez remplir votre office.

    • La franc-maçonnerie de par le fonctionnement en loge associant un rituel et une intention de fraternité universelle est, à mon humble avis, une modélisation excellente de l’archétype de la référence tribale. En ce sens, la substituer n’apporterai rien de plus ! Notre devoir collectif n’est-il pas simplement qu’elle réponde aux exigences sociétales contemporaines afin qu’elle sorte de la confidentialité réductrice et qu’elle intègre des éléments du corpus contemporaine de l’Humanité, dans laquelle elle se trouve aujourd’hui ?

    • Il est normal que les pratiques soient différentes selon les loges et cette diversité est une des facettes de notre pratique qui est très valorisante ! En franc-maçonnerie, il n’est pas question d’interdire ! Offrir aux femmes qui considèrent que leur féminité doit être reconnue et respectée ne serait-ce pas une des conditions à satisfaire pour les voir en loge ?

  2. Que de fausses affirmations dans cet article !
    S’il est vrai que les femmes demeurent largement minoritaires en Maçonnerie parce que celle-ci a été créée à l’image de la société civile (comme l’imposait depuis des siècles le patriarcat social et religieux), rectifions plusieurs points sur la première Maçonnerie mixte par l’Ordre Maçonnique Mixte International Le Droit Humain qui, à sa fondation en 1893, affirmait avec courage et dans sa Constitution l’égalité des hommes et des femmes :
    « Si pour les loges féminines, une féminisation des fonctions des trois premiers grades a été effectuée, pour les loges mixtes, le recours au pseudo genre masculin neutre a été la règle ! » : Faux ! Lorsque le Droit Humain a fondé sa première Loge et pendant de nombreuses années, les fonctions étaient féminisées pour les Sœurs. Elles n’ont été masculinisées que bien des années plus tard.
    « Tout signe de féminité est généralement proscrit dans l’apparence vestimentaire ; la robe noire ou blanche en est l’expression la plus symbolique. » Faux ! Au Droit Humain, pas de robes noires ou blanches, le dress code des Sœurs reste féminin sans être provocateur.
    « Tous les hauts grades ont une indéniable connotation machiste. » Faux ! Voilà la réflexion type d’un Frère qui ne connaît la mixité que par ouï-dire. Qu’il vienne dans nos Ateliers de tous grades partager nos Travaux harmonieux et fraternels. Idem dans d’autres obédiences mixtes.
    « Pour de nombreuses sœurs, le nec plus ultra de la symbolique maçonnique c’est… l’androgynie ! » Quelle bêtise !
    « Soumission féminine aux règlements maçonniques » ? « être femme dans une loge maçonnique supposerait de faire comme les hommes » ? Ces termes sont exactement ceux qui étaient employés au XIXe siècle, lorsque les Sœurs du Droit Humain étaient accusées de « singer les hommes pour prendre le pouvoir ». Sortons de cette vision rétrograde, par pitié !!!
    J’ai moi aussi entendu des Frères ou des Sœurs, tous d’obédiences non mixtes, perpétrer de telles rumeurs blessantes dues à la méconnaissance affligeante de la mixité. Mixité qui, rappelons-le, n’est pas synonyme de parité.
    Une seule affirmation dans cet article est malheureusement exacte : le refus pour l’immense majorité des Frères dans le monde de reconnaître comme telles les Sœurs de toutes obédiences, mixtes ou pas. Et par conséquent le refus obstiné de croire en une fraternité universelle.

    • Merci MTCS Dominique pour ton argumentation que je comprends et que je respecte ! Peut-être est-il bon de préciser que cet article ne concerne pas spécifiquement le DH et qu’à aucun moment la présence des femmes en loge est contestée ! Bien au contraire je suis convaincu que celles-ci apportent indéniablement une dimension supplémentaire. L’évolution souhaitée c’est de se débarrasser de ce patriarcat qui concerne aussi bien les hommes que les femmes ; tout au plus est-il constatée que les femmes pourraient être aux avants postes pour favoriser ce changement de paradigme.
      Par ailleurs:
      – Tu confirmes bien qu’actuellement au DH les fonctions sont « masculinisées »
      – en ce qui concerne l’apparence vestimentaire j’avais précisé « généralement » ; c’est vrai qu’au DH les sœurs sont libres de leurs choix vestimentaires ;
      – en ce qui concerne la connotation machiste des hauts grades, elle ne concerne pas le contenu des travaux mais l’idéologie des rituels !
      – la soumission me semble un constat : quid de la revendication de la parité ? quelle place à la valorisation de la féminité dans les rituels ? sans parler du silence pudique sur les « agressions » sexuelles dans les activités maçonniques et le sexisme de certains argumentaires jamais contesté.

      Enfin qu’est-ce qui te fait écrire « Une seule affirmation dans cet article est malheureusement exacte : le refus pour l’immense majorité des Frères dans le monde de reconnaître comme telles les Sœurs de toutes obédiences, mixtes ou pas. Et par conséquent le refus obstiné de croire en une fraternité universelle. » Que cette opinion existe soit mais je ne la reprends pas à mon compte !

    • Le patriarcat n’a pas expressément une connotation politique et se retrouve dans les différents systèmes ! dans les pays dits développés on assiste à une évolution du patriarcat qui justifie l’expression de post-patriarcat dans lequel un changement de pratiques apparaît !

  3. A part cela, pensez-vous vraiment que le costume/cravate porté par les frères des loges masculines les expriment-ils? Pas plus que les robes noires ou blanches des obédiences féminines n’expriment nos soeurs. En loge, il ne s’agit pas de s’exprimer par ses vêtements…

    • c’est votre opinion ! S’agissant d’une activité sociale, les codes sociaux d’une communauté, y compris vestimentaires, sont des éléments de compréhension surtout lorsque cela tourne à l’uniformité ! On ne peut pas vraiment dire que la féminité, à différencier de la séduction qui, elle, est un élément de l’organisation patriarcale, soit un attribut d’une robe noire ou blanche !

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