jeu 23 septembre 2021 - 14:09

Rassembler ce qui est épars

Les luttes contemporaines sont vouées à l’échec, car elles sont basées sur un paradigme de division et d’exclusion et non d’union. Elles contribuent à l’éparpillement et l’isolement, quand le rassemblement est nécessaire.

J’étais en Loge hier soir et dans le ronron vaguement ésotériste à vocation occultiste, le conférencier a parlé de « rassembler ce qui était épars ». Cette idée de remembrement, de rassemblement est bien connue et fait partie des textes fondateurs de la Franc-maçonnerie. Il est en effet question de permettre à des personnes qui ne se seraient jamais croisées de se rencontrer.

Et puis j’ai pensé à ce concept ultra-moderne qu’est l’intersectionnalité des luttes. L’intersectionnalité (qui est un néologisme) désigne le fait de cumuler des critères d’oppression. Ainsi, pour les croyants en cette idée, plus on cumule de critères de minorité, plus on est oppressé. Et les plus intersectionnels sont assez intolérants. Certains collectifs préfèrent agir en « non-mixité », autrement dit, rester entre eux. Petit exemple de raisonnement intersectionnel : les femmes sont opprimées, les personnes à la peau noire aussi. Donc, les femmes à la peau noire seraient plus opprimées que les personnes à la peau noire ou les femmes… Et bien évidemment, quelqu’un qui ne rentre pas dans l’intersection des ensembles n’est pas capable d’empathie et se voit exclu de la lutte. Ainsi, le mâle blanc/hétérosexuel/cisgenre/fonctionnaire/bourgeois/franc-maçon/propriétaire que je suis est par définition exclu de toute lutte, puisque privilégié.

Le problème de la lutte intersectionnelle, c’est que mathématiquement, ça ne peut pas fonctionner. Quiconque a lu Srdja Popovic sait que pour qu’un mouvement fonctionne, il est nécessaire de rallier le plus grand nombre. En termes de théorie des ensembles, on parle d’union d’ensembles. Or, les intersectionnels préfèrent privilégier l’opération inverse, l’intersection des ensembles. Le petit problème, c’est que par définition, l’effectif de l’intersection est faible, contrairement à celui de l’union.

Dans le même ordre d’idée, les militants intersectionnels, imprégnés des n’importe quoi studies sont les mêmes qui revendiquent l’écriture inclusive, l’affirmation du genre (au point de refuser de dire femme enceinte et de préférer personne enceinte pour faire plaisir aux minorités…) ou qui prennent n’importe quel prétexte pour affirmer leur malaise et leur défense des minorités opprimées. Car quand on est minoritaire, on est forcément opprimé. On demandera à nos milliardaires ce qu’ils en pensent, à l’occasion. Ou aux femmes, considérées comme minorité aussi dans ce paradigme.

Ces militants utilisent les outils de sciences sociales pour faire passer leurs idéologies. Ils n’hésitent pas à citer des références qu’ils n’ont pas lues ou pas comprises. A ce propos, l’Odieux Connard en montre un exemple magnifique dans un de ses billets. Contrairement au scientifique qui doute et donc cherche, les militants ne vont que dans un sens, le leur. Et gare à qui ne va pas dans leur sens, ils risqueraient de se faire cancel.

Cette même famille inclut aussi ceux qui revendiquent la couleur de peau comme indicateur de valeur morale, les fameux tenants du racialisme. On aura reconnu la culture woke, cette tribu qui se veut l’éveillée, celle qui sait où se trouvent le souverain Bien et l’abominable Mal. Celle qui a le pouvoir de dire ce qui est bon et ce qui ne l’est pas. On en a vu un exemple navrant avec la fin du GENEPI (association visant à proposer des cours particuliers par des étudiants aux personnes en détention afin qu’elles puissent passer un diplôme en vue de leur réinsertion), détruit de l’intérieur par des militants anti-prison. Parfois, les actions des bien-pensants excitant les minorités opprimées peuvent aller plus loin. Ainsi, des militants en Ontario font brûler des livres pour enfants (incluant Tintin, Lucky Luke ou Astérix) au motif que ces œuvres présentent une mauvaise image des peuples autochtones. Dans ce cas, si je suis militant athée, anticlérical ou féministe, je vais exiger un autodafé de tous les livres des religions monothéistes, en raison de leurs propos qui choquent ma conscience d’athée ou ma vision de la représentation des femmes !

Et justement, ce qui me gêne avec ce type de pensée et ces comportements, c’est la violence qu’ils génèrent par l’essentialisation de l’autre, lui niant ainsi toute altérité. Plus simplement, chez eux, l’essence précède l’existence. Ainsi, si on est homme et blanc, on est forcément un être vil et coupable de siècles d’oppression du reste du monde. Et peu importe les actions entreprises qui tendraient à démontrer le contraire. De la même manière, si on est racisé au degré voulu, on est forcément quelqu’un de bien, même si on peut avoir un casier judiciaire chargé. Leur relation avec l’autre se résume à cette essentialisation : « TU ES », suivi d’un attribut. Or, avec l’oreille de la psychanalyse (ou le langage des oiseaux, c’est pareil), dans ce « tu es », j’entends « tuer » ou « tué ». Autrement dit, derrière cette essentialisation de l’autre sur des critères au fond bien superficiels, il se trouve une véritable violence qui n’amène à rien de bon, et qui ne contribue qu’à diviser davantage ce qui devrait être réuni.

Il est malheureux que la défense de causes tout à fait nobles, comme l’égalité des droits entre hommes et femmes (et quelle que soit l’origine des uns et des autres) se voie dénaturée par des militants qui ne défendent qu’eux-mêmes, et ne font qu’exprimer leur haine d’un autre qui ne leur ressemble pas. Toutes ces luttes utilisant des moyens contemporains sont vouées à l’échec, car elles divisent plutôt qu’elles ne rassemblent.

L’éveil des Woke n’est qu’une illusion cachant une réalité noire : ces gens là ne défendent jamais que leur orgueil et leurs Mauvais Compagnons. Quand ces passions tristes amènent des groupes à brûler des livres qui leur déplaisent, à lyncher médiatiquement telle ou telle personne, à faire preuve de malhonnêteté intellectuelle pour défendre une cause ou essentialiser violemment l’autre en le ramenant à ses origines, c’est qu’il est temps de combattre de nouveau l’Ignorance, le Fanatisme et l’Ambition.

A l’inverse des courant Woke, l’Initiation cherche à unir ce qui est épars, mais en aucun cas, elle n’invite à diviser les hommes sur des critères somme toute bien dérisoires. Plus que jamais, nous avons besoin de nous unir contre ces fléaux qui nous divisent. Plus que jamais, nous avons besoin d’Initiation.

Je vous embrasse.

Josselin Morand
Josselin Morand est ingénieur de formation et titulaire d’un diplôme de 3e cycle en sciences physiques, disciplines auxquelles il a contribué par des publications académiques. Il est également pratiquant avancé d’arts martiaux. Après une reprise d’études en 2016-2017, il obtient le diplôme d’éthique d’une université parisienne. Dans la vie profane, il occupe une place de fonctionnaire dans une collectivité territoriale. Très impliqué dans les initiatives à vocations culturelle et sociale, il a participé à différentes actions (think tank, universités populaires) et contribué à différents médias maçonniques (Critica Masonica, Franc-maçonnerie Magazine). Enfin, il est l’auteur d’un essai : L’éthique en Franc-maçonnerie (Numérilivre-Editions des Bords de Seine).

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