sam 16 octobre 2021 - 23:10

Michel Lecour un passeur passionné et heureux

Un parcours atypique lui fait découvrir de multiples aspects de la société, des hommes et du monde du travail. Historien de formation, il sera entrepreneur, professionnel du numérique avec toujours en toile de fond le goût, l’amour, la passion des livres. Un goût qui guidera sa vie et l’amènera à créer sa propre maison d’édition.

450FM – Vous voilà maintenant « chez vous » dans ce magnifique château Saint Antoine, propriété de la GLDF. Un lieu superbe entièrement dédié à la franc-maçonnerie. « Le Comptoir du livre » dans lequel vous vivez au milieu de vos « meilleurs amis », les livres, une belle initiative.

M.L. – En effet le château Saint Antoine a été inauguré en juin 2018 et a ouvert ses portes aux tenues maçonniques en septembre 2018. Le Comptoir du livre est né en même temps. Château, s’il porte ce nom, il affiche des volontés beaucoup plus humbles. Ici, le souhait de chacun ne tient pas à afficher, exhiber, étaler pas plus qu’à éblouir. Nous souhaitons que ce lieu rayonne, éclaire, illumine. Dans un si beau lieu, un espace ouvert à la culture maçonnique semblait une évidence. Le Comptoir du Livre est né  d’une volonté collégiale et il méritait une position stratégique. Tous les frères et les sœurs devaient pouvoir y accéder aisément, sa place devait être centrale. Situé à l’entrée il devient un lieu de rencontres, de passages et d’échanges. Un challenge pour moi car je n’ai jamais été libraire pas plus que commerçant. Un pari avec moi-même, cet endroit devait devenir le lieu où l’on trouve les ouvrages maçonniques écrits par nos sœurs et nos frères, toutes obédiences confondues, et bien sûr un très large choix dans les domaines de la spiritualité, de la mythologie, des religions, de la philosophie, de l’ésotérisme, des compagnonnages, etc. Je me sens un homme heureux dans cet espace. Marseille, deuxième ville de France, depuis quelques années n’avait plus de lieu, ni de librairie maçonnique. Certes dans certaines loges on trouve de petites bibliothèques avec  quelques ouvrages, mais ici, les maçons viennent non seulement chercher un livre mais aussi un conseil de lecture, selon leurs besoins ou simplement un échange d’idées. Certains se passionnent pour l’Histoire,  pour l’histoire de la Maçonnerie, d’autres pour la philosophie, la symbolique ou plus simplement  pour étayer un sujet de planche à rédiger.

450FM – Franc-maçon depuis 25 ans, vous avez créé il y a une quinzaine d’années votre propre maison d’éditions UBIK puis la revue Aletheia en 2010. A la lecture de votre production force est de constater que vous faites des choix très élitistes, quant aux auteurs.

M.L. –  Au risque de paraître prétentieux, il est vrai que je porte une attention toute particulière au choix des auteurs pour ma maison d’édition UBIK tout comme pour la revue Aletheia, dont la parution est maintenant arrêtée. Je prends un grand soin à identifier et à choisir des auteurs, des textes méconnus et aussi des œuvres passées dans les oubliettes. Je reste très attaché aux auteurs qui écrivent ou ont écrit en restant fidèles aux fondamentaux de la maçonnerie, à la pensée traditionnelle, et qui surtout apportent une éclairage et une véritable lumière qui puissent servir de guide au lecteur. Je me sens une âme de passeur, de veilleur, de transmetteur. Un libraire, ce que je ne suis pourtant pas, doit avoir des exigences pour lui-même dans ses choix ; à ce jour nous avons référencé plus de 3 300 titres.

Un livre, il faut le considérer comme un véritable outil. Un outil peut être utilisé de diverses façons, même la plus mauvaise, d’où la nécessité d’exigence de sélection, voire d’élitisme.

Un livre peut faire rêver, rire, pleurer, voyager, découvrir, nourrir. Il ouvre toujours une nouvelle porte, c’est au lecteur de trouver la clé. A la façon des trois Princes de Serendip, lorsque l’on commence à lire, on ignore jusqu’où les mots vont nous conduire.

Au Comptoir du Livre, les lecteurs peuvent acheter, certes, mais aussi utiliser la bibliothèque en empruntant des ouvrages. 3300 titres ornent les rayons au fond de l’espace et à la disposition de chacun, sans oublier de les ramener car d’autres lecteurs attendent. Sans avoir la prétention de rassembler, je reste convaincu qu’une librairie se doit d’être un lieu de passage, de transmission, de rencontres et d’échanges. La lecture, la culture, la curiosité, la connaissance rassemblent les chercheurs de Lumière.

450FM – Vous venez de passer pratiquement deux années difficiles entre confinement et dé confinement. Les temples fermés, le restaurant aussi, le Comptoir du Livre évidemment. Plus de tenues, plus d’agapes, plus de rencontres. Puis le couvre-feu a permis aux loges de se réunir à nouveau à des horaires inhabituels. Comment avez-vous vécu cette période étrange et originale ? Une expérience, une épreuve ?

M.L. – En effet nous attendions ce souffle de liberté avec beaucoup d’impatience. Le Château Saint Antoine a découvert le silence, pas celui des apprentis mais tout de même venir dans ces locaux vides, déserts, silencieux, une expérience étonnante. De chaque expérience sort toujours du positif. Ne serait-ce que la prise de conscience due à cet isolement obligatoire auquel nous nous sommes tous soumis. Eu égard à cette situation, personnellement sans vraiment remettre en question ma façon de travailler, j’ai beaucoup réfléchi à la meilleure façon d’apporter une réponse aux demandes, comment améliorer le service rendu. Beaucoup de projets de développement ont émergé de ce temps de recul. Reprendre les conférences dont les sœurs et les frères sont très friands, ouvrir le Comptoir du Livre en allant vers d’autres Orients pour y proposer des ouvrages, aider les loges qui souhaitent se constituer de petites réserves d’ouvrages, faire en sorte qu’ici, un esprit particulier continue à flotter, à montrer le chemin, à orienter, à garder l’esprit ouvert et disponible, faire toujours mieux. Quelques projets que je porte et dont j’espère l’aboutissement.  Je souhaite le Comptoir incontournable pour les francs-maçons, non seulement marseillais mais pour toute la région, et au-delà avec le site internet : comptoirdulivre.fm

J’espère que tous les francs-maçons qui entrent au Comptoir du Livre sentent qu’ils se trouvent dans un lieu privilégié, que la vente n’est pas l’objectif essentiel, que l’on peut conseiller simplement sans acte d’achat, que l’on peut emprunter des ouvrages ou tout simplement passer de grands moments à débattre d’un sujet. Avant les confinements nous marchions vers un grand intérêt pour ces échanges. Je suis persuadé que nous vivrons une reprise des tenues dès cet été dans la joie de nous retrouver, de nous rassembler, de reprendre nos travaux. Force est de constater, hélas, que ces mois passés dans l’isolement avec les contraintes, la distanciation, les agapes impossibles ont été difficiles pour certains d’entre nous. Certains maçons ont oublié le chemin des temples. En septembre j’espère qu’ils seront là et heureux de retrouver le chemin.

450FM – Pouvez-vous nous dévoiler quelques projets pour cette reprise d’activité ?

M.L. – Je garde jalousement pour moi quelques surprises. Pour autant avec la GLDF et d’autres obédiences et organisations, ici au Château Saint Antoine nous allons reprendre le cycle des conférences.

Notre région peut s’enorgueillir d’avoir des Frères et des Sœurs talentueux, érudits pour certains qui sont prêts à transmettre leurs connaissances et leur savoir. Une grande chance pour les francs-maçons épris de culture et souvent en attente de nourriture intellectuelle et spirituelle. Avec Le Comptoir du Livre j’apprécierais de participer à des salons du livre, à la façon d’un passeur.  Mon désir tient aussi et surtout à donner les bonnes réponses aux demandes et aux attentes des francs-maçons qui peuvent aussi passer des commandes de livres profanes. La littérature maçonnique n’a pas de mode pas de prix médiatique mais une durée de vie quasi illimitée, il y a peu ou pas de retours, pas de véritable phénomène de nouveautés. Il y a simplement de nouveaux auteurs, de nouveaux styles, de nouvelles orientations avec toujours en dénominateur commun le symbolisme, la spiritualité, la philosophie et l’histoire de la maçonnerie. Il est vrai que l’histoire de la franc-maçonnerie n’est pas le sujet le plus demandé comme les ouvrages très pointus, très intello mais ces thématiques trouvent un lectorat fidèle et souvent passionné. Notre ambition : que chaque lecteur trouve ici ce qu’il cherche, même s’il ne le sait pas précisément en y entrant.

450FM – Le mot de la fin ?

M.L. – Pour la franc-maçonnerie et pour la région je fais le souhait de voir Le Comptoir du Livre devenir précieux pour tous et d’y recevoir tous les amoureux de littérature et tous les chercheurs qui cheminent vers plus de spiritualité et plus de connaissance. Notre devise (empruntée à André Suarès) : il est possible que le livre soit le dernier refuge de l’homme libre.

Interview par Magali Aimé

Magali Aimé
Un parcours atypique conduit Magali Aimé de son Sud natal à Paris pour y découvrir le monde de la communication et du journalisme. Elle a collaboré à différents supports : Gault Millau, Côté Sud, Génération Santé, La Marseillaise. Elle enseignera dans des écoles de communication à Paris et à Aix- en-Provence. C’est à Paris qu’elle sera initiée il y a quinze ans, à la Grande Loge féminine de France. Auteure aux éditions Dervy depuis 2009 avec Les vignes de la Franc-Maçonnerie, Femme et Franc-maçonne. Publications : - Premier Surveillant que faire avec les Compagnons ? - Dervy 2015 - Quelle musique en Loge ? Dervy 2017

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1 COMMENTAIRE

  1. Merci pour la correction de photo, bien que celle-ci soit ancienne et n’a rien à voir avec l’interview. J’avais donné des photos de moi dans la librairie. Problème ?
    Quant à mon patronyme, Lecour, s’écrit sans “t” à la fin.

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