jeu 23 septembre 2021 - 04:09

Et si les maçons se trompaient d’interprétation sur la méthode ?

Depuis toujours, la méthode maçonnique repose sur le postulat suivant : action > réaction. Un principe basé sur la ligne du temps que nous retrouvons sur la règle à 24 divisions.

Prenons comme exemple le travail de la Pierre brute. Elle est d’abord extraite de la carrière, puis grâce au savoir-faire maçonnique, elle va peu à peu se polir et marquer ses angles. Chaque coup de ciseau est destiné à aboutir au produit fini, nommé Pierre cubique. En définitive, le tailleur de pierre décrète préalablement la forme finale. C’est ainsi que sont préconçues la forme des pierres, celle du mur et… la construction du Temple tout entier. Ce dernier doit d’ailleurs correspondre en tous points au plan initial de l’architecte.

Le travail en Loge du maçon sur lui même suit-il ce même processus ?
OUI ! Pourtant, il me semble que la réponse devrait être NON !

On pourrait ainsi considérer que bon nombre de maçons se trompe d’interprétation sur la méthode.

La problématique de ces derniers réside précisément dans la compréhension de cette mécanique aléatoire et au demeurant incertaine. Ils mémorisent des méthodes et des réflexes et capitalisent ainsi jusqu’à la totale maîtrise des enchaînements des causes et des effets. C’est ce qu’on nomme habituellement des conditionnements. Prenez l’exemple des joueurs d’échecs. Le travail des grands maîtres repose sur la mémorisation par bloc de milliers de parties passées. Ainsi, ils musclent leur mémoire à court terme qui est appelée « mémoire de travail ». Leur pratique devient ainsi le résultat d’un lent processus pour forger des mécanismes automatiques. La finalité du joueur consiste ensuite à tout oublier pour laisser son instinct totalement disponible afin de réagir aux actions de l’adversaire. Lorsqu’on sait qu’il existe 4 milliards de combinaisons pour les 3 coups à venir, on comprend aisément que la formation à un conditionnement est la seule voie de l’efficacité pour gagner.

Le travail de l’alchimiste est précisément le contraire. Il reproduit ce qui pourrait sembler être une technique apprise et renouvelée des centaines de fois, alors qu’en réalité, il pratique l’acte unique. Chaque manipulation n’a pas pour objectif de renouveler les gestes en améliorant le savoir-faire. Le but est de générer des réalités nouvelles, jamais observées avant, et ce, dans un état de disponibilité mentale absolue. C’est justement dans ces nouvelles réalités qui apparaissent furtivement, que l’alchimiste va conduire ses recherches pour explorer, en totale résonance avec son être, l’art qu’il tente de développer.

A l’image d’un comédien qui rejoue 500 fois la même pièce sans jamais retrouver le même public, la même énergie de jeu… ni la même magie finale. C’est ce qui rend la pièce totalement unique et c’est pour cela qu’on le nomme « Art ».

« Quel rapport avec la Franc-maçonnerie » me direz-vous. Je vais y venir.

Toutes les personnes qui sont en Loge à nos côtés sont le résultat d’une sélection totalement aléatoire, car elles ne sont pas rentrées en même temps, ni sélectionnées par le même groupe. Par conséquent, lorsqu’on intègre une Loge normalement constituée, on entre dans une communauté parfois disparate, mais jamais uniforme. C’est pourquoi, les passions du maçon sont ensuite soumises à rude épreuve. Il faut avouer que l’interaction avec toutes ces personnalités différentes vient chatouiller l’orgueil pour les uns, les petites certitudes pour les autres et sans aucun doute pour tout le monde, le sentiment de l’inconnu et du manque de contrôle. Tout cela est de nature à secouer le maçon qui vient en Loge pour chercher à se réfugier des problèmes du monde extérieur.

C’est alors là qu’il doit faire face à des difficultés relationnelles. Il essaie de plaquer sur des problématiques nouvelles des méthodes anciennes qui ne fonctionnaient déjà plus au dehors. L’attitude de certains êtres dit réactionnels est de prendre le contrôle du groupe. Nous voyons alors apparaître la cratophilie[1] dans toute sa splendeur. Bienvenue dans le monde de la course aux grades et aux fonctions. Dans l’autre camp, celui des êtres dit inhibés, nous observons des maçons qui se referment, immobiles en attendant la fin du conflit. Ils sont tétanisés et restent hors de l’action. Dans toutes les querelles de Loges, vous voyez ceux qui se bagarrent pour obtenir leur trophée et le troupeau loin derrière qui attend pour compter les points. Chacun a une bonne raison d’agir comme il le fait et tout cela devient le travail alchimique de la Loge.

En réalité, il n’y a ni bons ni méchants dans cette affaire, il n’y a que des expériences humaines vécues. Le seul point qui me pose problème, c’est le sens donné au travail dans la Loge. Combien de maçons affirment haut et fort qu’ils ne sont certainement pas venus en Loge pour vivre cela !

C’est là qu’ils comment une grave erreur. Soit ils se comportent en technicien et viennent en Loge pour reproduire inlassablement ce qu’ils connaissent déjà, soit ils viennent pour donner un sens nouveau à des expériences déjà connues, tel l’alchimiste. Et là, une transmutation peut s’opérer pour que le maçon devienne qui il est réellement. Il opère alors le « Connais-toi toi-même » par des réponses nouvelles à des questions habituelles.

Ce point de questionnement est absolument crucial et très peu de Frères abordent la notion du chaos dans ce sens. Je vous propose donc d’envisager quelques instants cette nouvelle façon de penser grâce à un exemple précis.

– Vous prêtez 100 € à votre jumeau de Loge. Ce denier ne vous le rend pas le jour convenu. Comme à l’habitude vous prenez le téléphone et vous menacez jusqu’à ce qu’il cède, du moins si vous êtes dans le groupe des réactionnels. Sinon, vous courbez l’échine, vous vous plaignez de l’ingratitude et du manque de Fraternité, du moins si vous êtes dans le groupe des inhibés. Vous avez gagné, il vous rembourse dans le premier cas. Vous avez perdu, vous êtes victime dans le second. Dans tous les cas, les apparences vous donnent raison… du moins temporairement, car l’harmonie entre votre jumeau et vous est rompu. Quant à vous, vous avez expérimenté  en Loge le même comportement qu’au dehors. Était-il réellement utile de se faire initier ?

Observons maintenant la même situation avec des outils maçonniques. Aucune Loge ne pourra vous prémunir contre les Frères qui ne remboursent pas. Il n’existe pas de communauté humaine qui ne créé pas des discordes ou des conflits. Travaillons donc avec nos outils symboliques et commençons par le fil à plomb. Il symbolise la rectitude, c’est à dire ce qui est juste et aligné. Posez-vous la première question :

a) est-ce qu’il vous arrive souvent de vous faire mentir ou vous faire abuser dans les engagements pris ?
Il est possible que cette mésaventure avec votre jumeau vous permette de prendre conscience de la récurrence de certaines situations. Auquel cas, la deuxième question est :

b) comment je réagis habituellement ? (confrontation, fuite, rancune, vengeance…) ?

Votre Loge devient dans cet exemple un laboratoire humain où vous pourrez expérimenter de nouvelles réactions inhabituelles afin d’obtenir des résultats différents grâce à vos Frères de Loge.

Pour le prix de 100 €, il serait utile par exemple d’aller rencontrer en tête à tête et très calmement le jumeau et l’interroger sur ce qui a pu l’autoriser à croire qu’il avait le droit de vous léser de cette somme. Cela vous permettra peut-être de comprendre ce qui se dégage de vous et qui engendre cette répétition infernale de situations. L’intérêt de cette épreuve, vous l’aurez compris, n’est pas de s’améliorer dans le recouvrement de vos créances, mais bien de comprendre ce qui vibre assez fort chez vous pour créer des situations répétitives. Vous pourrez ensuite commencer à travailler sur votre centre (le fil à plomb) et aussi sur votre comportement (la matière du niveau). Une fois les deux alignés, vous serez dans une élévation, une maîtrise pourrait-on dire… et vous conduire ensuite vers la leçon n°2, car la première sera totalement acquise par votre conscience.

Mon propos n’est certainement pas de vous donner des combines pour régler vos conflits en Loge. Il s’agit uniquement de comprendre que lorsqu’un conflit naît, il faut au minimum 2 intervenants : L’autre et vous ! Et si vous entrez en guerre contre tous les autres, le problème principal (vous) restera toujours le même. Vous ne pourrez pas tuer l’ensemble des méchants de cette terre, il en naît de nouveaux chaque matin.

Cet autre est venu à votre rencontre pour vivre l’expérience du conflit. La raison est la suivante : votre vibration et la sienne sont entrées en harmonie. Si vous changez votre vibration, l’attirance de cet autre disparaîtra comme par enchantement. Voilà ce qu’on nomme la loi d’attraction. Il s’agit tout simplement de deux fréquences silencieuses qui s’unissent pour vivre des expériences utiles sur le chemin de la sagesse. C’est le même principe qui attire deux êtres dans l’amour. Tant que la leçon n’est pas comprise, on continue son chemin jusqu’à la prochaine rencontre et ainsi de suite jusqu’au changement de fréquence. C’est un peu comme un autoradio qui traverserait la France et qui rencontrerait dans chaque ville des stations de radio qui diffusent des programmes différents… mais toujours de même nature musicale.

Comment procéder pour progresser et sortir de ce cycle. C’est très simple, commencez par vous observer et voyez quels sont vos mécanismes habituels. Puis, faites le pas de côtés, le temps de prendre le recul nécessaire. Et enfin, tournez le bouton de la fréquence afin de produire un autre résultat en vous. Ensuite, vous pourrez continuer le chemin et essayer de comprendre les tenants et aboutissants de chaque expérience. En résumé, la Loge est un lieu d’expérimentation où on travaille le Solve et Coagula alchimique. Au lieu de réagir instinctivement pour protéger votre territoire acquis, la question qui doit venir à l’esprit pour chaque épreuve devrait-être : « Que dois-je faire de ce qui m’arrive ? ». Or la plupart des gens se disent : « Pourquoi cela m’arrive t’il encore ? ». On tourne en rond et cela peut durer toute une vie.

Comme le disait Rita Mae Brown : « La folie consiste à faire la même chose encore et encore et à attendre des résultats différents. ». C’est peut-être en cela que la Franc-maçonnerie est très intelligente. Elle ne sert aucunement à changer les choses. Elle sert à modifier notre regard, afin de les envisager dans leur réalité profonde. C’est cela et uniquement cela l’alignement et la rectitude dont nous parlons dans le fameux V.I.T.R.I.O.L.. Tout le reste ne ressemble qu’à la force qui conduit à la rigidité. On connait tous la fin de l’histoire. Jean de La Fontaine nous en avait déjà parlé avec son chêne et son roseau.

Franck Fouqueray

[1] L’amour du pouvoir

Franck Fouqueray
Il effectue sa première demande d’entrée en maçonnerie en 1988, il est ensuite initié au début du XXIe siècle. Il est membre de la Grande Loge Mixte de France. Fort d’une expérience de trois mandats de Vénérable Maître, il écrit six ouvrages maçonniques ainsi qu’un essai sur les mutations de notre société. Il donne régulièrement des conférences. Il créé et anime le réseau maçonnique www.onvarentrer.fr. Il est aussi l’initiateur du 1er Festival d’humour maçonnique de Paris. Il Préside depuis 2017 la Fraternelle des Ecrivains Maçonniques. Il gère quelques blogs maçonniques et autres Chaînes Youtube. Il œuvre activement pour que la Franc-maçonnerie conserve son caractère initiatique. Il fustige les affairistes et opportunistes de l’Art Royal… lorsqu’il le peut. « Manuel de survie pour Apprenti maçon voulant démissionner » (2014). www.manuel-de-survie.com « Ma Franc-maçonnerie mise à nu... pour les profanes » (2016). www.ma-franc-maconnerie.com « Manuel de sauvetage pour Apprenti sans instructeur » (sept. 2016). www.manuel-de-sauvetage.com « Manuel de secours pour Vénérable Maître très seul en Loge » (juin 2018). www.manuel-de-secours.com « Le syndrome du pachyderme » (juin 2020) ECE-D www.lesyndromedupachyderme.com

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1 COMMENTAIRE

  1. Comment appréhender l’inconnaissable ?

    Ce questionnement rejoint la pensée Brahmanique qui fait de l’Être Suprême un inconnaissable situé au-dessus de la Trimurti (Vishnu, Civa, Krshna).
    Il n’y a pas d’impensable
    ni d’inconnaissable,
    il n’y a qu’une pensée
    insuffisamment travaillée.
    Nous propose Caroline Régnaut.
    Pensée insuffisamment travaillée, comme dans “travail de l’accouchement” ?
    La théologie apophatique tente de répondre à cette question.
    ( D’après Vladimir Lossky : ” Essai sur la théologie mystique de l’Orient ” )
    Le problème de la connaissance de Dieu a été posé de façon radicale dans un traité attribué à Denys l’Aréopagite : « De la théologie mystique ».
    Denys conçoit deux voies théologiques possibles :
    1) cataphatique ou positive qui procède par affirmations et nous fait accéder à une certaine connaissance de Dieu ; cette voie , selon lui, est imparfaite
    2) apophatique ou négative qui procède par négations et nous conduit à l’ignorance totale.
    -Seule cette voie est convenable à l’égard de Dieu , inconnaissable par nature.
    En effet, toute connaissance a pour objet ce qui est. Or Dieu est au delà de ce qui est ou existe.
    La seule approche possible est de nier tout ce qui lui est inférieur, c’est à dire tout ce qui est.
    -C’est donc par l’ignorance que l’on connaît Celui qui est au dessus de tous les objets de connaissances possibles, Celui qui n’est rien du tout dont il est la Cause…
    Par les négations on écarte progressivement tout le connu pour s’approcher de l’Inconnu dans les ténèbres de l’ignorance.
    -De même que la lumière rend les ténèbres invisibles, de même la connaissance, et surtout l’excès de connaissance supprime l’ignorance, seule voie pour atteindre Dieu en Lui-même.
    Ainsi l’apophatisme est une disposition d’esprit se refusant à la formation de concepts sur Dieu ; et cela exclut toute théologie abstraite et purement intellectuelle qui voudrait adapter à la pensée humaine les mystères de la sagesse de Dieu.
    – Il n’y a pas de théologie en dehors de l’expérience : il faut changer , devenir un homme nouveau.

    ************************
    Approcher l’inconnaissable : le recours à la pensée symbolique.
    Ici « tout est symbole », il n’est pas inutile de rappeler quelques fondamentaux sur le symbole.
    Il faut préciser la différence entre signe et symbole. Alors que le signe pointe vers l’objet, comme un panneau de signalisation indiquerait, « Paris 50km », le symbole évoque de manière prégnante, intime, la connaissance que le sujet a de l’objet, à la façon qu’une Tour Effeil porte-clé peut faire immédiatement penser à la ville-lumière.
    De la planche tirée de l’édifice.net et signée J/M/M/ on retiendra :
    «Le symbolisme est l’instrument qui permet à la pensée de s’aventurer dans des domaines où la connaissance scientifique n’apporte aucune réponse.
    Le propre du symbole c’est qu’il ne peut être traduit (comme dit Pierre Emmanuel, expliquer un symbole c’est peler un oignon pour trouver un oignon). Mais il donne à penser, en indiquant, derrière les apparences, derrière les objets, une dimension plus profonde de signification. Il est l’instrument privilégié d’une connaissance métaphysique de la vie, des valeurs, et de la réalité « en soi » du monde, dont la science purement rationnelle ne connaît que la surface.
    […]
    le symbole, ambigu et obscur par nature, ouvre un champ dangereusement vaste aux élucubrations…gardons-nous de ces interprétations trop faciles où certains confondent les réalités purement spirituelles qu’expriment les symboles et les réalités purement physiques. Croire par exemple que lorsque nous formons la Chaîne d’Union, un « fluide » passe de l’un à l’autre, comme un courant électrique, c’est tout simplement croire à la magie. »
    http://www.ledifice.net/7224-4.html
    En effet, existe ici le risque du fétichisme, celui de l’amour du signe prenant la place de l’amour de la chose.
    Le symbole évoque une chose, mais ne la représente pas. De la même façon que les 4 saisons de Vivaldi évoquent celles-ci chez l’auditeur, mais ne sont en rien les saisons elle-mêmes. S’il est permis d’aimer l’oeuvre artistique pour ses harmonies internes et le plaisir procuré, on ne saurait confondre l’évocation avec la réalité.
    En entrant, dans la chaîne d’union par exemple en tant que symbole, les FF :. manifestent leur consentement à être réunis dans la L :. ainsi qu’aux FF:. de la Maçonnerie universelle. Le symbole est celui du rassemblement de ce qui est épars. La main qui donne, masculine, et la main qui reçoit, féminine, symbolisent l’harmonie des contraires en chaque participant à la chaîne d’union. L’intégrer c’est consentir à la présence de contraires en soi, condition nécessaire à la constitution de la chaîne.
    Selon  Jean Desclos, professeur titulaire à la faculté de Sherbrooke:
    “ La célèbre formule de Ricœur « le symbole donne à penser » indique bien la richesse particulière du symbole dans et par l’herméneutique qu’il provoque. C’est l’herméneutique qui sauve le symbole de tout risque d’insignifiance et permet ce parcours paradoxal à travers un « signe opaque.»
    L’herméneutique (du grec hermeneutikè], art d’interpréter, hermeneuein signifie d’abord « parler », « s’exprimer » et du nom du dieu grec Hermès, messager des dieux et interprète de leurs ordres) est la théorie de la lecture, de l’explication et de l’interprétation des textes.
    Le symbole donne, pour ainsi dire gratuitement, spontanément, sans effort ; il est source. Il donne à penser et provoque à l’effort d’interprétation. Il est donateur de sens dans la transparence opaque de l’énigme. En ce sens, il libère la pensée en la laissant aller à la rencontre des affects, des émotions, des intuitions.
    La formule de Ricœur renvoie à la question de M. Heidegger, titre de son ouvrage Qu’appelle-t-on penser ? Heidegger, dans son étude, se réfère à Nietzsche et à sa formule cinglante extraite de Ainsi parlait Zarathoustra : « Le désert croît. Malheur à celui qui protège le désert.» Il développe longuement l’idée suivante : « Ce qui donne le plus à penser dans notre temps qui donne à penser est que nous ne pensons pas encore».
    Malheur à quiconque croit qu’il pense vraiment, qui se pense arrivé dans la pensée. La pensée est cheminement, en réponse à l’appel de l’Être. « Ce n’est que la marche et rien que la marche, ici la mise en question qui pense véritablement, qui constitue le cheminement. Le cheminement est l’acte de laisser surgir le chemin». Non pas corridor étroit pour l’esprit humain, mais vaste étendue ouverte où se déploie la pensée.
    […]
    le symbole dans son profil polysémique riche de significations anthropologiques, spirituelles, culturelles, religieuses. Car il y a un profil plus technique du symbole : le chiffre, la lettre, le mot, la note de musique, le panneau de signalisation, le signe algébrique ou mathématique. À ce titre, l’explication de l’origine du mot «sym-bole» à partir de l’usage de rassembler les deux morceaux cassés d’un même tessère, comme signal de reconnaissance ou d’alliance, évoque un aspect plutôt pâle du symbole. A. Lalande introduit ses définitions du symbole par référence à ce «signe de reconnaissance, formé par les deux moitiés d’un objet brisé qu’on rapproche».  Mais selon B. Allemann, qui rapporte une étude de René Alleau sur la nature des symboles, cette histoire du tessère « ne concernerait pas en vérité le symbole, mais seulement ce que les Grecs auraient appelé un syntème, c’est-à-dire quelque chose de statique, un moyen de communication, une chose comparable avec une autre chose, telles les deux moitiés du tessère». Le symbole est épiphanie de sens et de signes croisés. Il est radicalement pluriel. Radicalement, c’est-à-dire en sa racine, carrefour de significations, comblant l’écart entre divers univers de sens, l’un renvoyant à l’autre en réciprocité. Le signe pauvre et solitaire n’est pas symbole. Le symbole cache une pluralité de signifiés dans ses replis. Le messager-symbole est riche et solidarisant.
    Le symbole a une densité sémantique qui le situe en territoire apophatique, toujours liée à une forme d’absence, voire de silence. Il évoque autre chose que ce qu’il est concrètement, « quelque chose d’absent ou d’impossible à percevoir». En même temps qu’il marque les limites de notre capacité de dire, de définir l’être, il fait éclater la richesse paradoxale de l’indicible, par le détour de la figure, de l’analogie, de la métaphore. Magnifique chevalier de la maïeutique, il est l’accoucheur par excellence de la co-naissance, en sa face proactive de tête chercheuse, non pour expliquer la réalité de manière causale et rigoureusement conceptuelle, mais pour aider à la comprendre en la “ représentant ”, en rendant présent ce qui s’y cache, ce qui est absent. « Un symbole ne renvoie donc pas seulement à autre chose ; c’est en “tenant lieu” qu’il représente. Or, tenir lieu signifie rendre présent ce qui ne l’est pas. Ainsi, le symbole “tient lieu” en représentant, c’est-à-dire en rendant une chose immédiatement présente ». C’est en cela qu’il est messager. »
    Ainsi apprend-on, le symbole est un messager, quel message !
    Le symbole ne se déploie qu’en l’absence de la chose évoquée, quelle lumineuse évidence ! Lorsque je vois le soleil, nul besoin de le symboliser, mais quand il me manque, comme j’adore son image.
    Le symbole enfin, demande le silence : autrement il n’est pas perçu.
    On comprend une approche radicalement différente de la connaissance, percue comme un inconnaissable dont l’esprit voudrait cependant se faire une représentation, une icône. Quelle gageure !

    Le Rituel écossais ancien et accepté, tel que pratiqué en ces lieux est-il apophatique ?
    Nous pénétrons en L :. comme des prêtres dans le Temple de Salomon.
    Il est requis du prêtre d’être un mâle complet.
    Dans le Lévitique on peut lire :
    « L’Éternel parla à Moïse, et dit:
    Parle à Aaron, et dis: Tout homme de ta race et parmi tes descendants, qui aura un défaut corporel, ne s’approchera point pour offrir l’aliment de son Dieu.
    Tout homme qui aura un défaut corporel ne pourra s’approcher.[…]
    un homme ayant […] les testicules écrasés ou la verge coupée.
    […] il ne s’approchera point pour offrir l’aliment de son Dieu.
    Il pourra manger l’aliment de son Dieu, des choses très saintes et des choses saintes.
    Mais il n’ira point vers le voile, et il ne s’approchera point de l’autel, car il a un défaut corporel; il ne profanera point mes sanctuaires, car je suis l’Éternel, qui les sanctifie.
    C’est ainsi que parla Moïse à Aaron et à ses fils, et à tous les enfants d’Israël. »
    Ce pré-requis de virilité, implique le caractère féminin, matriciel du temple.
    Nous FF :. serions mâles, la R :. L :. femelle, matrice.
    Cependant la L :. n’est pas un local mais étant constituée des FF :. assemblés, y sont associés les principes masculin et féminins émanants des FF :. réunis.
    Il me semble que le Rituel crée et demande au participant de se placer mentalement en position apophatique, de créer en lui un silence et d’accepter l’absence, un état de manque, de consentir à la patience.
    Tout le montre dès le premier degré. Depuis le parvis, l’entrée virile des FF :. dans le lieu obscur. La marche boiteuse de l’apprenti, ces 3 colonnes auxquelles semble manquer un quatrième élément, la circumnavigation dextrorsum qui interdit les raccourcis, le signe d’ordre , l’attente pour la prise de parole, l’écoute attentive des orateurs … on se contraint à cette diminution de soi, mais pourquoi ?
    Tout ceci semble amener l’esprit à consentir que l’essentiel n’est pas possédé, voire même perdu. Renoncer au contrôle. Et ce consentement est une demande, une supplication à le recouvrer.
    Le maçon en L :. n’est autre que celui qui voit qu’il ne voit rien, celui qui sait qu’il ne sait pas, qui accepte d’accepter . Cet esprit qui fait le vide en lui afin de recevoir – action féminine – devient capable de percevoir et absorber les symboles, de les laisser agir en lui, sur lui pour le transformer, pour produire après maturation, un être nouveau. Par une maïeutique mystérieuse s’accoucher de lui-même, identique et pourtant si nouveau.

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