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Au 5, rue Jules-Breton, dans le 13e arrondissement de Paris, se dresse le siège de l’Ordre maçonnique mixte international « Le Droit Humain », la première obédience à avoir réuni femmes et hommes sur un pied d’égalité. Construit de 1912 à 1914 par l’architecte Charles Nizet à l’initiative du docteur Georges Martin, cofondateur de l’Ordre avec Maria Deraismes, l’édifice affiche une façade néo-égyptienne qui proclame dans la pierre l’égalité des droits entre les sexes. Il abrite trois temples et il est inscrit en totalité au titre des monuments historiques depuis 2013.
Lieu : 5, rue Jules-Breton, 75013 Paris, France
Construction : 1912-1914
Architecte : Charles Nizet
Protection : Inscrit MH en totalité (arrêté du 1er juin 2013)
Site officiel : droithumain-france.org
Aux origines : une obédience mixte

L’histoire du bâtiment est inséparable de celle de l’Ordre qu’il abrite. Le 14 janvier 1882, la féministe et oratrice Maria Deraismes (1828-1894) est initiée dans la loge Les Libres-Penseurs du Pecq : elle est la première femme reçue dans la maçonnerie française. Avec le docteur Georges Martin, elle réunit chez elle en 1892 et 1893 un groupe de seize femmes, auxquelles sont conférés les grades d’apprentie le 14 mars 1893, de compagnon le 24 mars et de maître le 1er avril. Le 4 avril 1893, les officiers sont élus et une constitution adoptée : naît ainsi la Grande Loge symbolique écossaise de France « Le Droit humain », première obédience mixte.
En 1901, l’obédience devient l’Ordre maçonnique mixte international « Le Droit humain ». La création d’un Suprême Conseil universel mixte lui permet de pratiquer le Rite écossais ancien et accepté jusqu’au 33e degré et de délivrer des patentes à des fédérations nationales, qui essaiment rapidement hors de France.
Histoire et construction
La rue Jules-Breton est ouverte en 1911 par la Ville de Paris, dans le quartier de la Salpêtrière, sur l’emplacement de l’ancien marché aux chevaux qui y fonctionnait de 1877 à 1908 ; elle porte le nom du peintre et poète Jules Breton. Dès 1912, Georges Martin (1844-1916), médecin, homme politique et franc-maçon depuis 1879, y fait construire le siège de l’Ordre. Il en confie le projet à Charles Nizet (1841-1925), architecte honoraire de la Ville de Paris, à qui l’on doit aussi le palais de l’Égypte de l’Exposition universelle de 1900, possible source d’inspiration du parti égyptisant.
Georges Martin y réside et lègue le bâtiment à l’Ordre. Le Grand Temple est achevé en 1914, mais la guerre en retarde l’inauguration jusqu’en septembre 1916, l’année même de la mort de son commanditaire. Ce dernier, républicain et laïque, s’était engagé pour l’émancipation des femmes et la protection de l’enfance ; il avait aussi été membre fondateur de la Grande Loge symbolique écossaise en 1880.
Une façade néo-égyptienne en forme de manifeste
Selon la notice du ministère de la Culture, le choix d’une façade « égyptisante » vise à affirmer publiquement la nature de l’Ordre et à défendre la légitimité des femmes dans la franc-maçonnerie. Les colonnes palmiformes, les triangles ailés évoquant Horus et les ondulations rappelant l’uraeus, le cobra protecteur du pharaon, composent un décor inspiré de l’Égypte antique, très en vogue au début du XXe siècle ; la porte d’entrée évoque celle des mastabas.
La façade porte l’inscription « LE DROIT HVMAIN » et la devise Ordo ab chao, l’ordre né du chaos, emblème du Rite écossais ancien et accepté. Une inscription plus longue affirme que, dans l’humanité, la femme a les mêmes devoirs que l’homme et doit avoir les mêmes droits dans la famille et dans la société : un programme politique gravé sur la voie publique.
Les temples intérieurs

L’édifice compte trois temples. Au rez-de-chaussée, un temple conserve un sol en mosaïque d’époque ; il s’ouvre par trois portes, au sud, à l’ouest et à l’orient, la porte du sud étant surmontée de symboles. Les tapis de loge y montrent l’étoile, le compas, l’équerre et la règle, et l’autel du Vénérable Maître est orné de détails sculptés. Au premier étage, le Grand Temple, doté d’une mezzanine, conserve une plaque à la mémoire des frères et des sœurs morts pendant la Seconde Guerre mondiale.
Protection patrimoniale et usages actuels
Le bâtiment est inscrit en totalité au titre des monuments historiques par arrêté du 1er juin 2013, publié au Journal officiel du 8 mai 2014. Il appartient à l’association Le Droit Humain International et demeure le siège de l’Ordre, présent dans plus de soixante pays sur les cinq continents ; sa Fédération française compte à elle seule environ 740 loges réparties dans plus de 300 localités.
La façade se découvre librement depuis la rue. L’intérieur, réservé aux activités de l’Ordre, s’ouvre ponctuellement au public, notamment lors des Journées européennes du patrimoine : en 2023, deux des trois temples ont pu être visités.
Repères
- Construction : 1912-1914 ; Grand Temple inauguré en septembre 1916
- Architecte : Charles Nizet (1841-1925)
- Commanditaire : le docteur Georges Martin (1844-1916)
- Style : néo-égyptien
- Adresse : 5, rue Jules-Breton, Paris 13e
- Protection : inscription MH en totalité, arrêté du 1er juin 2013
- Propriétaire et usage : association Le Droit Humain International, siège de l’Ordre maçonnique mixte international
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia consacré à ce bâtiment.
Voir aussi dans le glossaire : Temple.
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