Interdiction de la franc-maçonnerie dans le Reich par Wilhelm Frick, 17 août 1935 (date historique)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le 17 août 1935, le ministre de l’Intérieur du Reich, Wilhelm Frick, signe le décret qui interdit la franc-maçonnerie dans toute l’Allemagne. Il parachève deux années de pressions : autodissolution des grandes loges humanitaires dès 1933, transformation forcée des grandes loges vieilles-prussiennes en « ordres chrétiens », exclusion des maçons du parti nazi. Les biens des loges passent à l’État. Sur quelque 80 000 francs-maçons allemands d’avant-guerre, environ 8 000 seulement se retrouveront en 1945.

Date : 17 août 1935
Lieu : Berlin, Allemagne

La franc-maçonnerie allemande avant 1933

Interdiction de la franc-maçonnerie dans le Reich par Wilhelm Frick, 17 août 1935
Source : Wikimedia Commons – Internet Archive Book Images – No restrictions

Avant l’arrivée de Hitler au pouvoir, environ 80 000 hommes appartiennent aux loges allemandes, surtout en Prusse. Le paysage est divisé : d’un côté les trois grandes loges dites vieilles-prussiennes, nationalistes et réservées aux chrétiens ; de l’autre les grandes loges humanitaires, ouvertes aux juifs, et la petite Grande Loge symbolique d’Allemagne, de tendance libérale. L’idéologie nazie, nourrie du mythe du complot judéo-maçonnique, voit pourtant dans toutes ces obédiences un ennemi.

1933-1934 : adaptation et pressions

Dès la prise du pouvoir, la Grande Loge symbolique d’Allemagne se dissout ; son grand maître Leo Müffelmann la reconstitue en exil, à Jérusalem. Le 7 avril 1933, le grand maître de la Grande Loge nationale rencontre Hermann Göring et accepte de rebaptiser son obédience Ordre chrétien-allemand des Templiers ; trois jours plus tard, la Grande Loge-mère Aux trois globes devient Ordre national chrétien Frédéric le Grand. Les « ordres » rompent leurs liens internationaux, s’« aryanisent » et ouvrent leurs travaux aux contrôleurs du parti. En janvier 1934, les maçons entrés au parti après janvier 1933 sont exclus.

1935 : de l’autodissolution à l’interdiction

En mai 1935, le président de la Reichsbank Hjalmar Schacht, seul franc-maçon du gouvernement, intervient sans succès auprès de Hitler. En juillet, les trois grandes loges vieilles-prussiennes se dissolvent elles-mêmes ; le 8 août, la fermeture de toutes les loges est annoncée. Le 17 août 1935, Wilhelm Frick ordonne l’interdiction de la franc-maçonnerie dans le Reich. Certaines présentations anglophones parlent d’une dissolution ordonnée dès mai 1935 : le décret d’août marque en tout cas l’aboutissement juridique du processus.

Wilhelm Frick

Interdiction de la franc-maçonnerie dans le Reich par Wilhelm Frick, 17 août 1935
Source : Wikimedia Commons – Bodo Kubrak – CC0

Juriste, membre du parti nazi depuis les années 1920, Wilhelm Frick (1877-1946) est ministre de l’Intérieur du Reich de 1933 à 1943. Il signe à ce titre nombre de textes fondateurs de la dictature, dont les lois de Nuremberg de septembre 1935, promulguées un mois après l’interdiction des loges. Condamné à mort par le tribunal militaire international de Nuremberg, il est exécuté en octobre 1946.

Spoliation et persécution

Les biens des loges sont transférés à des institutions de l’État au moyen de contrats de vente fictifs. Archives et bibliothèques sont saisies ; la Gestapo crée au sein de l’Office central de sécurité du Reich une section consacrée aux Églises et à la franc-maçonnerie. Certains temples deviennent des « musées des loges » antimaçonniques, comme à Chemnitz. Un maître de loge hambourgeois est interné neuf mois en camp de concentration pour sa seule appartenance. Après 1940, la persécution s’étend aux pays occupés.

Postérité et mémoire

La fraternité survit dans la clandestinité : selon une tradition, le myosotis, choisi en 1938 comme insigne du Secours d’hiver, sert de signe de reconnaissance discret. En 1943, des résistants belges fondent dans le camp d’Esterwegen la loge Liberté chérie. Après la guerre, les loges renaissent : le myosotis devient l’emblème des Grandes Loges unies d’Allemagne dès leur première assemblée en 1948, et la Grande Loge unie d’Allemagne est constituée en 1949.

Repères chronologiques

  • 7 avril 1933 : rencontre entre Göring et le grand maître de la Grande Loge nationale.
  • 10 avril 1933 : Aux trois globes devient Ordre national chrétien Frédéric le Grand.
  • Janvier 1934 : décret excluant les maçons récemment entrés au parti.
  • Juillet 1935 : autodissolution des grandes loges vieilles-prussiennes.
  • 17 août 1935 : interdiction de la franc-maçonnerie par Wilhelm Frick.
  • Novembre 1943 : loge Liberté chérie au camp d’Esterwegen.
  • 1949 : refondation d’une grande loge unie en Allemagne de l’Ouest.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Alchimie et soupçon antimaçonnique (antimaçonnisme), Complot judéo-maçonnique (antimaçonnisme), Grande Loge.

Glossaire de la franc-maçonnerie

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