Emportez-le partout en PDF, gardez-le pour toujours — et soutenez une presse libre et indépendante.
Vous avez un code promo ?

En 1786, à Genève, la franc-maçonnerie locale, en demi-sommeil depuis la crise politique de 1782, se réorganise sous la forme d’un Grand Orient de Genève, qui prend la suite de la Grande Loge nationale fondée en 1769. Kronobase date cette fondation, réalisée selon elle en secret, du 22 mai 1786. Dans une république calviniste qui s’est longtemps méfiée des loges, l’événement marque la résilience d’une maçonnerie parmi les plus anciennes du continent, avant l’annexion française de 1798 et le rattachement au Grand Orient de France.
Date : 22 mai 1786
Lieu : Genève, Suisse
Une maçonnerie précoce dans la cité de Calvin
Genève est l’un des premiers foyers maçonniques du continent. Au début de 1736, des Anglais y fondent une société des Francs-Maçons du Parfait Contentement, aussitôt interpellée au Conseil des Deux-Cents. En 1737, Londres nomme grand maître provincial l’Écossais George Hamilton, citoyen genevois. Le clergé calviniste proteste et un magistrat qualifie publiquement la loge d’« école d’impiété ».
Interdictions et clandestinité
En 1744, constatant l’existence de trois loges, le Conseil interdit aux citoyens d’y assister. En septembre 1745, alors que six loges sont actives, la sanction est durcie : cent écus d’amende et la prison, bien qu’aucune activité contraire à la religion ou à l’État n’ait été relevée. L’interdit reste largement sans effet et la maçonnerie continue de croître discrètement, les loges se présentant parfois comme de simples cercles de sociabilité.
La Grande Loge nationale de 1769
Le 24 avril 1769, à l’initiative d’Alexandre Girard, dix loges fondent la Grande Loge nationale de Genève ; dix autres les rejoignent bientôt, et son réseau s’étend jusqu’à Constantinople avec la loge Saint-Jean du Levant. Quelques ateliers demeurent sous l’obédience de Londres. En 1779 se constitue par ailleurs le Grand Prieuré d’Helvétie, autorité des hauts grades rectifiés.
La crise de 1782 et la renaissance de 1786
En 1782, la révolution genevoise, qui porte un temps au pouvoir le parti des Représentants, est réprimée par l’intervention de troupes étrangères ; un régime d’exception s’installe et la Grande Loge entre pour quatre ans en demi-sommeil. En 1786, les travaux reprennent et une nouvelle obédience voit le jour, le Grand Orient de Genève. Kronobase le dit fondé en secret le 22 mai 1786 et qualifié de « national » ; les sources consultées confirment l’année, sans en préciser le jour.
Annexion française et Empire
Les bouleversements révolutionnaires interrompent la vie maçonnique dans plusieurs cantons suisses, mais Genève n’est jamais tout à fait silencieuse. En 1798, la ville est annexée par la France ; ses loges passent sous l’autorité du Grand Orient de France, qui crée de 1801 à 1815 une Grande Loge provinciale de Genève. La Restauration de l’indépendance genevoise, puis son entrée dans la Confédération, ouvrent une nouvelle page.
Postérité
Au XIXe siècle, la maçonnerie suisse se réorganise : en 1844, la Grande Loge suisse Alpina fédère des loges de toute la Suisse. Genève demeure aujourd’hui l’un des centres les plus actifs de la maçonnerie helvétique, où cohabitent plusieurs obédiences. Le Grand Orient de 1786, éphémère, rappelle la capacité de ses loges à survivre aux interdictions et aux crises politiques.
Repères chronologiques
- 1736 : fondation de la loge du Parfait Contentement.
- 1737 : George Hamilton grand maître provincial.
- Septembre 1745 : interdiction renforcée par les autorités genevoises.
- 24 avril 1769 : fondation de la Grande Loge nationale de Genève.
- 1782 : crise politique et mise en demi-sommeil des loges.
- 1786 : fondation du Grand Orient de Genève.
- 1798 : annexion française ; 1844 : fondation d’Alpina.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Grand Orient, Grande Loge.

