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Le 24 mai 1862, à Valparaíso, trente francs-maçons délégués par quatre loges installent solennellement la Grande Loge du Chili et son premier grand maître, l’avocat Juan de Dios Arlegui. L’obédience naît d’une rupture : les loges chiliennes, jusque-là rattachées au Grand Orient de France, refusent la nomination par Napoléon III du maréchal Magnan à la tête de celui-ci. Devenue l’une des grandes institutions de la société civile chilienne, la Grande Loge, installée à Santiago depuis 1906, a compté de nombreux présidents de la République parmi ses membres.
Date : 24 mai 1862
Lieu : Valparaíso, Chili
Les premières loges de Valparaíso

Port cosmopolite ouvert sur le Pacifique, Valparaíso accueille au milieu du XIXe siècle des négociants français, britanniques et allemands. Le 7 août 1850 y est déclarée la loge « L’Étoile du Pacifique », sous les auspices du Grand Orient de France ; un décret du grand maître Lucien Murat l’autorise à travailler le 12 novembre 1851. Le 27 juillet 1853 naît « Unión Fraternal », animée par Manuel de Lima, puis en 1854 la loge anglophone Bethesda, patentée par le Massachusetts. En 1856, Juan de Dios Arlegui devient le premier vénérable maître chilien d’Unión Fraternal.
La rupture avec Paris
D’autres loges hispanophones apparaissent : « Orden y Libertad » à Copiapó, fondée le 11 janvier 1862, « Progreso » à Valparaíso, d’autres à Concepción. Lorsque Napoléon III nomme par décret du 11 janvier 1862 le maréchal Magnan grand maître du Grand Orient de France, les maçons chiliens jugent cette désignation irrégulière. Unión Fraternal se désaffilie le 9 avril 1862, et le Grand Orient la raye de ses registres. Les dirigeants des loges décident alors de former une Grande Loge nationale indépendante.
Avril-mai 1862 : la fondation
Le 29 avril 1862, l’assemblée des loges de Valparaíso, Copiapó et Concepción déclare la formation de la Grande Loge du Chili. Le 24 mai 1862, à Valparaíso, trente maçons, dont trois délégués par loge, élisent les premiers officiers et installent le grand maître. Les loges fondatrices sont Unión Fraternal et Progreso (Valparaíso), Fraternidad (Concepción) et Orden y Libertad (Copiapó).
Juan de Dios Arlegui

Avocat, député puis sénateur, Juan de Dios Arlegui Gorbea dirige la Grande Loge de 1862 à 1872. Premier Chilien à avoir présidé une loge du pays, il incarne la « nationalisation » d’une maçonnerie jusque-là largement animée par des étrangers. Sous son impulsion, l’obédience obtient ses premières reconnaissances : Massachusetts le 30 novembre 1862, district de Columbia en décembre 1863, Grande Loge centrale de France en décembre 1864.
Une institution de la société chilienne
La Grande Loge siège à Valparaíso jusqu’au tremblement de terre de 1906, qui endommage ses locaux et ses archives et provoque son transfert à Santiago. Entre 1868 et 1871, le Club de la Reforma, proche des milieux maçonniques, débat des grandes réformes laïques et éducatives, dont certaines inspireront la réforme constitutionnelle du gouvernement Errázuriz et la Constitution de 1925. La liste des présidents chiliens donnés comme maçons, d’Aníbal Pinto à Salvador Allende, illustre son poids dans la vie publique.
Postérité
En 2022, la Grande Loge du Chili rassemblait 249 loges, d’Arica à Punta Arenas. L’anniversaire de sa fondation, le 24 mai, donne lieu chaque année à des célébrations publiques dans les régions, signe d’une maçonnerie qui assume sa visibilité dans l’espace civique.
Repères chronologiques
- 7 août 1850 : déclaration de « L’Étoile du Pacifique » à Valparaíso.
- 27 juillet 1853 : fondation d’« Unión Fraternal ».
- 11 janvier 1862 : décret nommant Magnan grand maître du Grand Orient de France.
- 9 avril 1862 : désaffiliation d’Unión Fraternal.
- 29 avril 1862 : déclaration de formation de la Grande Loge.
- 24 mai 1862 : installation de la Grande Loge et de son grand maître.
- 1906 : transfert du siège à Santiago après le séisme.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Grande Loge, Grand Maître, Sautoir de Vénérable Maître.

