Fava, Mgr Amand-Joseph (antimaçonnisme)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Amand-Joseph Fava (1826-1899), né le 10 février 1826 à Évin-Malmaison (Pas-de-Calais), missionnaire dans l’océan Indien, évêque de la Martinique puis de Grenoble de 1875 à sa mort, le 17 octobre 1899, est l’une des figures majeures de l’antimaçonnisme catholique français à la fin du XIXe siècle. Fondateur de la revue La Franc-maçonnerie démasquée, auteur de nombreux mandements et brochures contre les loges, il fut aussi l’un des soutiens les plus constants de Léo Taxil, dont l’imposture finit par éclabousser tout le courant qu’il avait contribué à organiser.

Du séminaire à Zanzibar

Mgr Amand-Joseph Fava
Wikimedia Commons – Pierre Petit – Public domain

Fava est d’abord un homme de mission, formé au contact des terres lointaines. Fils d’agriculteurs de l’Artois, ancien élève du séminaire du Saint-Esprit, il est ordonné prêtre le 5 janvier 1851 et part pour l’île de La Réunion. Devenu vicaire général de l’évêque de Saint-Denis, Mgr Maupoint, il est envoyé en 1860 auprès du sultan de Zanzibar, avec deux autres prêtres et des religieuses, pour y fonder une mission auprès des esclaves. L’entreprise, trop lourde pour ses initiateurs, est ensuite confiée aux spiritains et donnera naissance à l’Église catholique d’Afrique orientale.

Nommé évêque de la Martinique (Saint-Pierre et Fort-de-France) en 1871 et sacré à Montauban le 25 juillet de la même année, il y mène une politique autoritaire : promotion du culte du Sacré-Cœur, insistance sur l’obéissance, méfiance envers un clergé local de couleur, opposition à un lycée laïque voulu par le conseil général. Ces traits annoncent le prélat de combat qu’il sera en métropole.

Un évêque contre la République des loges

À Grenoble, où il est installé le 18 novembre 1875, Fava fait de la franc-maçonnerie son adversaire principal. Les années de son épiscopat coïncident avec l’enracinement de la République et avec les lois scolaires de Jules Ferry, qu’il combat ouvertement. Une lettre pastorale à son clergé lui vaut une déclaration d’abus du Conseil d’État, pour avoir incité ses prêtres au mépris du gouvernement. Il fonde La Croix de l’Isère et entretient des rapports conflictuels avec la municipalité.

Ses écrits martèlent une même idée : la franc-maçonnerie serait la matrice de toutes les révolutions modernes. Parmi ses publications figurent La Franc-maçonnerie (1880), Croisade réparatrice des francs-catholiques (1881), Discours sur le secret de la franc-maçonnerie (1882), Le Secret de la franc-maçonnerie (1883) et une Lettre pastorale sur l’apostasie maçonnique (1885). Reprenant l’abbé Lefranc, il rattache même les loges à l’hérésie socinienne du XVIe siècle, selon un schéma généalogique typique de l’antimaçonnisme religieux.

La Franc-maçonnerie démasquée

La revue qu’il fonde en 1884 devient l’un des pivots de la presse antimaçonnique catholique. Lancée l’année de l’encyclique Humanum genus de Léon XIII, La Franc-maçonnerie démasquée se veut une arme de documentation et de mobilisation : comptes rendus de loges, listes de noms, analyses de rituels, appels à la prière réparatrice. En 1892, Fava en confie la direction à l’abbé Gabriel de Bessonies, qui en poursuit la ligne.

C’est autour de la rédaction de cette revue qu’est constituée, le 10 septembre 1895, l’Union antimaçonnique de France, branche française d’une Union antimaçonnique établie à Rome. Ce mouvement, qui se veut au-dessus des partis, prépare le congrès antimaçonnique international réuni à Trente en septembre 1896. Fava apparaît ainsi comme l’un des organisateurs d’un antimaçonnisme catholique structuré, doté de revues, d’associations et de relais internationaux.

Dans le piège de Léo Taxil

Fava compte parmi les prélats qui ont pris au sérieux les « révélations » de Léo Taxil. Ancien libre-penseur prétendument converti en 1885, Taxil inonde le marché catholique de récits sur le satanisme des hauts grades, puis invente le « palladisme » et sa grande prêtresse repentie, Diana Vaughan. Celle-ci écrit à l’évêque de Grenoble à partir de 1893 ; en 1894, l’Italien Domenico Margiotta, autre prétendu repenti, s’installe à Grenoble et rencontre le prélat. La revue fondée par Fava relaie largement ces récits.

Les liens sont anciens : un opuscule de 1891 sur la présence de femmes dans les loges est associé à la fois au nom de l’évêque et à celui de Taxil. Le 19 avril 1897, Taxil avoue publiquement que tout était une mystification. Fava, qui meurt deux ans et demi plus tard, n’aura pas le temps de dresser le bilan d’une affaire qui ridiculise ceux qui l’avaient cautionnée.

Bilan et postérité

Le cas Fava montre comment une conviction sincère peut se transformer en crédulité. L’évêque n’a pas inventé le mythe du complot maçonnique ; il l’a reçu d’une tradition remontant à Barruel et aux condamnations pontificales. Mais en faisant de la lutte contre les loges un combat prioritaire, il a créé une demande de preuves spectaculaires que Taxil s’est empressé de satisfaire. La recherche historique voit dans ce couple d’un prélat militant et d’un mystificateur un exemple achevé de l’offre et de la demande en matière de « révélations ».

Son nom demeure associé à cette séquence plus qu’à son œuvre missionnaire, pourtant réelle. Les publications qu’il a soutenues continuent d’être citées par des sites complotistes qui en ignorent ou en taisent le dénouement. C’est la raison pour laquelle sa trajectoire mérite d’être connue avec précision.

Missionnaire audacieux, évêque autoritaire, Mgr Fava a voulu démasquer la franc-maçonnerie. Il a surtout contribué, malgré lui, à démasquer les mécanismes de la croyance antimaçonnique. Le masque est tombé, mais pas du côté qu’il attendait.

Voir aussi : Affaire Léo Taxil, Diana Vaughan et le palladisme, Antimaçonnisme religieux, Catholicisme et franc-maçonnerie, Ségur, Mgr de, Presse antimaçonnique, Pseudo-révélations, Associations antimaçonniques françaises (1895-1939), Accusation de satanisme.

Glossaire de la franc-maçonnerie

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