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Eugène Fournière, né à Paris le 31 mai 1857 et mort à Arcueil le 6 janvier 1914, est un écrivain et homme politique socialiste français. Député de l’Aisne de 1898 à 1902, maître de conférences à l’École polytechnique, il fut l’un des penseurs du socialisme réformiste, défenseur d’un « individualisme social » et de l’association contre l’étatisme. Il est compté parmi les francs-maçons de la mouvance socialiste et libre-penseuse de la Troisième République.
Du guesdisme au socialisme réformiste

Eugène Fournière entre en politique dans le sillage de Jules Guesde, dont il est d’abord le disciple. Au cours des années 1880, il s’en éloigne pour rejoindre Benoît Malon et Gustave Rouanet dans un socialisme réformiste, attaché à la conquête progressive des réformes plutôt qu’à la rupture révolutionnaire.
Sa Lettre d’un travailleur à Monsieur le Président de la République, publiée en 1881, date des débuts de cette évolution, au moment où il se détache du collectivisme intégral défendu par les guesdistes.
Un député de l’Aisne
Élu député de l’Aisne de 1898 à 1902, Fournière quitte ensuite la Chambre pour se consacrer à l’écriture et au débat d’idées, en intellectuel à la fois socialiste et républicain. Il collabore à la Revue socialiste, où paraissent notamment en 1905 ses comptes rendus d’ouvrages consacrés au socialisme, à l’anarchisme et à l’individualisme.
Il participe également à l’Histoire socialiste 1789-1900 dirigée par Jean Jaurès, pour laquelle il traite l’époque de Louis-Philippe.
Penseur de l’association et de l’individu
L’œuvre de Fournière se caractérise par la recherche d’un équilibre entre l’émancipation de l’individu et l’organisation collective. Après avoir défendu un « individualisme social », il évolue vers l’idée d’un « auto-gouvernement des citoyens associés », qui suppose une certaine dissolution de l’État et le sépare définitivement du collectivisme guesdiste.
De 1906 à 1914, il enseigne l’économie sociale comme maître de conférences à l’École polytechnique. Il adhère aussi à la Ligue internationale pour l’éducation rationnelle de l’enfance, fondée en 1907 par Francisco Ferrer, dont Anatole France était président d’honneur.
Un franc-maçon de la gauche laïque

Fournière est présenté comme franc-maçon par les notices qui lui sont consacrées, sans que les sources consultées précisent sa loge ni son obédience. Son engagement s’inscrit dans un milieu où socialisme réformiste, libre pensée, laïcité et franc-maçonnerie se croisaient fréquemment sous la Troisième République.
Ses thèmes de prédilection, l’éducation rationnelle, la solidarité, l’association volontaire et l’autonomie de la conscience individuelle, rejoignent les préoccupations de nombreuses loges de cette époque, sans que l’on puisse documenter, à partir des sources consultées, ses travaux maçonniques proprement dits.
Principales œuvres
- Lettre d’un travailleur à Monsieur le Président de la République, 1881
- L’Âme de demain, 1895
- L’Idéalisme social, 1898
- Essai sur l’individualisme, 1901
- L’Artifice nationaliste, 1903
- Les Théories socialistes au XIXe siècle, de Babeuf à Proudhon, 1904
- L’Individu, l’association et l’État, 1907
- La Crise socialiste, 1908
- La Sociocratie : essai de politique positive, 1910
Une figure du socialisme humaniste
Eugène Fournière illustre la génération de socialistes républicains qui, autour de Benoît Malon, ont cherché une voie réformiste conciliant justice sociale et liberté individuelle. Sa présence dans l’histoire de la franc-maçonnerie française tient moins à des responsabilités d’obédience, que les sources ne documentent pas, qu’à la proximité entre ses idées associationnistes et laïques et la culture maçonnique républicaine de la Belle Époque. Son Essai sur l’individualisme, réédité en 2009, témoigne de l’intérêt durable pour sa pensée.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia consacré à Eugène Fournière.
Voir aussi dans le glossaire : Voile, Haine de la laïcité (antimaçonnisme), Libre pensée (antimaçonnisme).

