Sécurité de la GLNF : une « enquête interne », une facture et beaucoup de questions… réponse du Grand Maître

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Un courriel, une facture réglée de sa poche et une obédience qui s’interroge. Selon Intelligence Online, le responsable présumé de la sécurité de la Grande Loge Nationale Française (GLNF), ancien patron de la sûreté de Louis Vuitton, aurait fait réaliser une investigation interne par un prestataire du maroquinier. Il dément avoir commandé la moindre enquête de ce type. Sollicité par 450.fm, le Grand Maître de la GLNF, Yves Pennes, répond point par point.

Grande Loge Nationale Francaise GLNF Siege social 12 rue Christine de Pisan Paris 17e Photo : Yonnel Ghernaouti

Un simple échange administratif suffit parfois à agiter les colonnes. Dans une enquête publiée ce 21 octobre, notre confrère Franck Renaud révèle, dans Intelligence Online, un courriel de l’été 2025 qu’il dit avoir lu. Son auteur, Gaël Marchand, y demande à une société spécialisée dans l’investigation en sources ouvertes (OSINT), également prestataire de Louis Vuitton, de lui adresser sa facture. Il y évoque « la petite investigation pour Pisan », du nom de la rue où siège la Grande Loge nationale française, à Paris, et indique qu’il la réglera lui-même.

Une fonction que l’intéressé ne confirme pas

D’après Intelligence Online, Gaël Marchand, colonel issu de la gendarmerie, assure la sécurité de l’obédience depuis le début des années 2020. À l’époque du courriel, il pilotait encore la direction de la sécurité de Louis Vuitton comme « manager de transition », après l’avoir dirigée de 2018 à fin mars 2025.

Interrogé par le journal, il ne confirme pas la fonction qui lui est attribuée à la GLNF. Il affirme ne pas savoir si l’enquêteur a mené une investigation interne pour l’obédience, et exclut de la lui avoir confiée. Le Grand Maître de la GLNF, Yves Pennes, rappelle pour sa part que l’obédience ne communique jamais sur l’appartenance de ses membres sans leur accord, encore moins sur leurs fonctions, mais il précise à 450.fm qu’aucune responsabilité administrative n’est exercée à ce jour par Gaël Marchand au siège de la GLNF. À ce stade, 450.fm n’a trouvé aucune source publique indépendante qui établisse cette fonction : elle repose sur le seul article d’Intelligence Online.

Le Grand Maître répond et brigue un second mandat

Yves Pennes – Grand Maître de la GLNF – Crédit photo : GLNF

Le journal Intelligence Online affirme que le Grand Maître, Yves Pennes, serait informé de ces éléments depuis fin 2024, et que des frères en auraient été troublés. Yves Pennes précise à 450.fm qu’il a été informé dès août 2024 du piratage et des investigations menées par l’équipe informatique pour en connaître l’origine et prendre les mesures indispensables. Sollicité par Intelligence Online, il n’avait pu répondre à temps, étant alors à l’étranger.

Le journal Intelligence Online place aussi l’affaire dans la perspective de l’échéance de fin 2027, en évoquant des ambitions déjà manifestes pour la succession. Yves Pennes y coupe court : il n’a jamais indiqué ne faire qu’un seul mandat et compte solliciter à nouveau la confiance de ses frères pour un deuxième mandat, comme le veut la tradition de l’obédience. Toujours selon Intelligence Online, Gaël Marchand se serait rapproché d’un candidat potentiel, l’homme d’affaires franco-béninois Claude Dohou, présenté comme le numéro deux de l’obédience.

L’ombre de LockBit

L’affaire renvoie à l’été 2024. Le groupe de cybercriminels LockBit avait alors revendiqué une attaque contre la GLNF, révélée le 26 juillet 2024 par la plateforme de veille FalconFeeds.io. L’obédience n’avait pas réagi officiellement à l’époque, selon Clubic. Elle s’exprime aujourd’hui par la voix de son Grand Maître (voir ci-dessous).

Toujours selon Intelligence Online, la fuite aurait dévoilé l’existence d’un « Comité Sierra », chargé de la sécurité et de la gestion de crise, ainsi que des identités et des parcours de frères, dont ceux d’officiers de renseignement. La GLNF a bien déposé plainte auprès de la gendarmerie et procédé à une déclaration à la CNIL, confirme son Grand Maître, qui ajoute que des mesures très strictes de cybersécurité ont depuis été prises. Une enquête interne aurait par ailleurs été conduite sous la houlette de Gaël Marchand : un ancien responsable de l’obédience, cité par le journal, assure qu’elle n’a révélé aucune intrusion sur les serveurs, ce que confirme Yves Pennes : le piratage n’a touché que quelques fichiers très localisés, sur un ordinateur individuel, et ne concernait que quelques frères. Gaël Marchand explique l’avoir demandée pour savoir si des documents avaient été modifiés avant leur mise en ligne. Le journal affirme que cette enquête comporte des éléments touchant à la vie privée d’un frère.

Ce que répond le Grand Maître de la GLNF

Yves Pennes, GM GLNF

Sollicité il y a quelques heures par 450.fm, juste avant la publication de cet article, Yves Pennes, Grand Maître de la GLNF depuis décembre 2024, a tenu à répondre point par point. Nous publions l’intégralité de sa réponse.

Sur le piratage de 2024. « La GLNF a effectivement subi un hacking par LockBit fin juillet 2024 et une enquête a été menée pour trouver la source de ce piratage, analyser les données éventuellement piratées et surtout à la suite de cela, comme c’est le cas aujourd’hui même au niveau étatique, une plainte à la gendarmerie, une déclaration à la CNIL et des mesures très strictes sur la cyber sécurité ont été prises. »

« En aucun cas cela ne peut concerner ni de près ni de loin des enquêtes sur des frères mais uniquement un problème ponctuel de piratage, sur un ordinateur individuel, de quelques fichiers très localisés et qui ne concernaient que quelques Frères de la GLNF. »

Sur d’éventuelles enquêtes visant des frères. « Jamais depuis mon élection en décembre 2024, et encore moins avant, je n’ai demandé la moindre enquête sur des frères. Cela n’est pas dans mes valeurs ni dans celles que je véhicule au sein de mon obédience. Et jamais durant mon mandat ou le prochain ce procédé n’aura sa place. »

« Si un frère fait cela de son initiative, il engage sa responsabilité et [de] sévères sanctions pourraient en découler. »

« Je profite de cela pour rappeler que tout frère qui aurait un comportement contraire à nos valeurs risquerait de se voir exclu de la GLNF et que je serai absolument intraitable sur ce sujet, j’attends des frères un comportement exemplaire, comme je l’exige de moi-même. »

Sur Gaël Marchand. « Il est de notoriété [publique] que la GLNF ne communique jamais sur l’appartenance de ses membres sans leur accord, a fortiori sur les fonctions qu’ils y exerceraient. Quoi qu’il en soit, tout ce que je peux vous dire c’est qu’aucune responsabilité administrative n’est exercée à ce jour par ce monsieur Gaël Marchand au siège de la GLNF. »

« De plus, les affaires privées et commerciales de Monsieur Marchand, qui semblent être à l’origine de cet article, ne sont pas du ressort de la GLNF et ne nous concernent ni de près ni de loin. »

Sur un second mandat. « Enfin et accessoirement, je n’ai jamais indiqué ne faire qu’un seul mandat et je compte solliciter à nouveau la confiance de mes frères pour un deuxième mandat comme le veut notre tradition. »

Grand Temple de la GLNF à Paris

Beaucoup de questions

Un an après la fuite, Gaël Marchand a été promu « Très Respectable Frère » (TRF), étape nécessaire vers de plus hautes responsabilités. Pour les frères informés de la « petite investigation », le journal pose une question : n’y en a-t-il eu qu’une ? Sur le principe, le Grand Maître répond sans ambiguïté : aucune enquête visant des frères n’a été demandée sous son autorité, et toute initiative individuelle de ce type engagerait la responsabilité de son auteur.

Bandeau : Sécurité de la GLNF, une enquête interne, une facture et beaucoup de questions

Dans une obédience qui repose sur la discrétion de ses membres, la question n’est plus seulement de savoir qui veille sur les frères, mais qui veille sur ceux qui veillent. Le Grand Maître a tracé une ligne nette : ni enquête sur les frères, ni tolérance pour qui s’y livrerait. Les faits rapportés par Intelligence Online sur la « petite investigation » restent, eux, à éclaircir. 450.fm reste ouvert à toute réaction, y compris celle de Gaël Marchand.

D’après l’enquête de notre confrère Franck Renaud, « Chez les francs-maçons, la « petite investigation » interne commandée par l’ex-directeur de la sécurité de Louis Vuitton », publiée le 21 octobre 2026 dans Intelligence Online (accès abonnés) : lire l’article original. Réponse du Grand Maître de la GLNF, Yves Pennes, transmise à 450.fm avant publication. Sur le piratage de 2024 : Clubic.

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Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti est directeur de la rédaction de 450.fm. Chroniqueur littéraire, animé par sa maxime « Élever l’Homme, éclairer l’Humanité », il a siégé au bureau de l’Institut Maçonnique de France, est médiateur culturel au musée de la franc-maçonnerie, directeur de collection chez des éditeurs maçonniques et auteur de plusieurs ouvrages maçonniques. Il contribue notamment à des revues telles que « La Chaîne d’Union » du Grand Orient de France, « Chemins de traverse » de la Fédération française de l’Ordre Maçonnique Mixte International Le Droit Humain, et « Le Compagnonnage » de l’Union Compagnonnique. Il a également été commissaire général des Estivales Maçonniques en Pays de Luchon, qu’il a initiées.

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