De Tombouctou à Odessa, les pierres qui refusent de se taire

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À la Cité de l’architecture et du patrimoine, l’exposition « Patrimoines en résistance » rappelle que l’on détruit un monument pour effacer un peuple, et que l’on rebâtit pour lui rendre son nom. Un parcours exigeant, qui parle directement à ceux qui ont fait de la construction du Temple la métaphore de toute une vie.

Palmyre
Palmyre

Il est des expositions que l’on visite, et d’autres qui nous visitent. Celle que présente, jusqu’au 3 janvier 2027, la Cité de l’architecture et du patrimoine, au palais de Chaillot, appartient sans conteste à la seconde catégorie. Sous le titre « Patrimoines en résistance. De Tombouctou à Odessa », elle aborde une question aussi ancienne que la guerre elle-même, mais devenue brûlante en ce premier quart du XXIᵉ siècle : que reste-t-il d’un peuple quand on a rasé ses lieux de mémoire ?

2012, l’année où la pierre est entrée dans le droit

De Tombouctou à Odessa, les pierres qui refusent de se taire

Tout part d’une date. En 2012, des groupes armés détruisent les mausolées de Tombouctou, inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO. Pour la première fois, la Cour pénale internationale qualifie l’anéantissement volontaire de monuments culturels de crime de guerre. Le geste n’est plus considéré comme un « dommage collatéral », mais comme une atteinte délibérée à l’humanité. Une mobilisation internationale sans précédent s’organise alors pour reconstruire, en s’appuyant sur les fouilles archéologiques et sur le savoir des artisans maliens.

De Bâmiyân à Gaza, de Palmyre à l’Ukraine, la Cité observe que les destructions se sont depuis intensifiées et systématisées. Elle ne prétend pas pour autant tout expliquer : elle propose au visiteur un temps de réflexion, à l’écart du flux continu des images d’actualité.

Un « grand reportage » en trois temps

Bamiyan
Bamiyan

Conçu à la manière d’un grand reportage, le parcours rassemble des cartes, des photographies, des vidéos, des textes, des œuvres d’art contemporaines et des répliques numériques de sites disparus, réalisées par la société Iconem. L’image qui sert d’affiche donne le ton : des archives du temple de Bêl, à Palmyre, projetées sur la reconstitution du sanctuaire anéanti. La pierre n’est plus là, mais sa mémoire demeure.

Le cheminement s’organise en trois séquences, dont les titres sonnent comme une progression.

Odessa
Odessa

Effacer. La première salle détaille les formes de la destruction : dynamitage de sites emblématiques, bombardement de villes entières, pillage et trafic de biens culturels, abandon délibéré de territoires. Elle montre aussi que l’effacement touche les patrimoines ordinaires et immatériels. Des néologismes comme urbicide, ruricide ou écocide disent la violence faite aux lieux de vie, bien loin du fantasme d’une guerre « propre ».

Résister. Face à cela, des femmes et des hommes s’organisent. Aux côtés des grandes institutions, des ONG, des collectifs d’architectes, de chercheurs et de citoyens s’emploient à protéger, documenter et transmettre. Sur le terrain, un récit sauvé ou un geste quotidien devient un acte de résistance, qui aide aussi les populations à tenir debout.

De Tombouctou à Odessa, les pierres qui refusent de se taire

Réparer. La dernière séquence élargit la notion de reconstruction. Réparer ne se limite plus à relever des murs : il s’agit de « refaire société », de renouer des liens, de transmettre des savoirs et de placer la mémoire au cœur de la renaissance. Le patrimoine devient alors une charpente pour l’avenir.

Ce que l’exposition dit aux bâtisseurs

Effacer
Effacer

On ne force pas le trait en affirmant qu’un franc-maçon trouvera ici matière à méditation. Notre tradition s’est construite autour d’un Temple détruit et reconstruit, d’une parole perdue qu’il faut retrouver, et d’un métier, celui de bâtisseur, qui porte en lui une éthique. L’exposition rappelle, à sa manière, que la pierre n’est jamais neutre : elle est lien entre les générations. Elle souligne aussi que reconstruire suppose de respecter les savoir-faire locaux, ce qui ne laissera pas indifférents les lecteurs attentifs à la transmission compagnonnique.

Résister
Résister
De Tombouctou à Odessa, les pierres qui refusent de se taire

L’équipe de commissaires mérite d’être saluée : Élisabeth Essaïan, architecte et maîtresse de conférences à l’ENSA Paris-Belleville, Mathilde Leloup, politologue à l’université Paris 8, et Yves Ubelmann, fondateur d’Iconem, commissaire associé. Le projet est labellisé Bicentenaire de la Photographie par le ministère de la Culture.

Le Temple... œuvre inachevée
Le Temple… œuvre inachevée

À venir autour de l’exposition

  • Samedis 31 octobre et 14 novembre, 15 h : visites guidées (puis tous les quinze jours).
  • Du 28 au 30 octobre : stage maquette pour les 11-14 ans sur le thème « réparer / reconstruire ».
  • Vendredi 6 novembre : colloque « Des conflits géopolitiques aux écoles d’architecture », avec l’ENSA Paris-Malaquais (entrée libre sur inscription), clos à 19 h par la table ronde « Pédagogies en temps de conflits ».
  • Jeudi 26 novembre, 19 h : table ronde « La guerre vue par les artistes ».
  • Vendredi 11 décembre, 19 h : projection de Kosmina, trois fois, film en chantier de Maxime Faure, en présence de l’architecte Bogdana Kosmina, curatrice du pavillon ukrainien à la Biennale de Venise 2025.

Pour prolonger la visite : le catalogue de l’exposition et le n°43 de la revue Archiscopie, « Guerre et paysage », disponibles à la librairie de la Cité.

La ruine n’est pas la fin de l’histoire…

Cité de l'architecture & du patrimoine, Palais de Chaillot, Paris.
Cité de l’architecture & du patrimoine, Palais de Chaillot, Paris.

On sort de Chaillot avec une certitude un peu inconfortable : la ruine n’est pas la fin de l’histoire, mais une question posée aux vivants. Ceux qui détruisent misent sur l’oubli, et ceux qui documentent, transmettent et rebâtissent parient sur la mémoire. Pour qui a appris qu’aucun Temple n’est jamais achevé, cette exposition rappelle que l’œuvre de reconstruction est toujours à reprendre, pierre après pierre.

Informations pratiques

Exposition : Patrimoines en résistance. De Tombouctou à Odessa – Dates : du 20 mai 2026 au 3 janvier 2027 – Lieu : Cité de l’architecture et du patrimoine, palais de Chaillot, 1, place du Trocadéro-et-du-11-Novembre, 75116 Paris – Horaires : tous les jours de 11 h à 19 h, sauf le mardi ; nocturne le jeudi jusqu’à 21 h – Tarifs : 13 € (plein), 10 € (réduit). Audioguide (français/anglais) : 5 € en plus du billet – Public : adultes et adolescents. Certains contenus peuvent heurter les personnes sensibles et les enfants de moins de 12 ans – Accessibilité : aide à la visite en français et en anglais, kit sensoriel, livret FALC – Renseignements : 01 58 51 52 00 – citedelarchitecture.fr – Billetterie : billetterie.citedelarchitecture.fr

Tombouctou
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Alexandre Jones
Alexandre Jones
Passionné par l'Histoire, la Littérature, le Cinéma et, bien entendu, la Franc-maçonnerie, j'ai à cœur de partager mes passions. Mon objectif est de provoquer le débat, d'éveiller les esprits et de stimuler la curiosité intellectuelle. Je m'emploie à créer des espaces de discussion enrichissants où chacun peut explorer de nouvelles idées et perspectives, pour le plaisir et l'éducation de tous. À travers ces échanges, je cherche à développer une communauté où le savoir se transmet et se construit collectivement.

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