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Louis Dasté est le pseudonyme d’André Baron (1860-1932), ingénieur, journaliste et militant nationaliste français, l’un des polygraphes les plus prolifiques de l’antimaçonnisme de la Belle Époque. Associé à Paul Copin-Albancelli, il codirige les journaux À bas les tyrans et La Bastille et signe une série d’ouvrages d’accusation, de La Franc-Maçonnerie et la Terreur (1904) à Marie-Antoinette et le complot maçonnique (1910) et Les Sociétés secrètes et les Juifs (1912), qui relisent l’histoire de France comme celle d’une conjuration.
Un pseudonyme en forme de prière

Le nom de plume d’André Baron est un programme. « Louis Dasté » est l’anagramme de la formule latine Laus sit Deo, « Louange à Dieu » : le militant signe ses attaques contre les loges d’une profession de foi cryptée. Ingénieur de formation, il appartient à cette génération de catholiques nationalistes que l’affaire Dreyfus fait basculer dans l’engagement.
Antidreyfusard, il gravite autour de la Ligue de la patrie française, puis se rapproche de l’Action française. Il meurt le 19 décembre 1932. Ses premiers textes paraissent sous son vrai nom : État actuel de la franc-maçonnerie en France est publié en 1898 par la Maison de la Bonne Presse, l’éditeur catholique de La Croix.
Le tandem avec Copin-Albancelli
Sa trajectoire est inséparable de celle de Paul Copin-Albancelli, ancien franc-maçon devenu adversaire des loges. Ensemble, ils lancent À bas les tyrans, « journal antimaçonnique » paru de 1900 à 1902, puis La Bastille, publiée de 1902 à 1915, ainsi que France d’hier et France de demain en 1910-1911. Ces titres jouent sur l’imaginaire révolutionnaire en le retournant : ce sont désormais les loges qui seraient les tyrans et la Bastille à prendre.
Le duo participe aussi à la structuration associative de l’antimaçonnisme, notamment autour de la Ligue française antimaçonnique, dont les sources donnent des dates de fondation divergentes, entre 1906 et 1911. Ces organisations rivalisent alors avec l’Association antimaçonnique de France, plus proche des notables catholiques.
Une histoire de France réécrite en complot
Le cœur de son œuvre est une relecture conspirationniste de la Révolution. L’Armée et la franc-maçonnerie et La Gangrène maçonnique, parus en 1899 chez A. Pierret, cette dernière avec des contributions de François Coppée, Forain et Caran d’Ache, visent l’actualité. Mais avec La Franc-Maçonnerie et la Terreur (1904), préfacé par Coppée et édité par la Ligue patriotique des Françaises, il remonte à 1793 pour faire des loges les organisatrices de la Terreur.
Marie-Antoinette et le complot maçonnique (1910) prolonge cette veine : la reine y devient la victime d’une conjuration maçonnique, dans la droite ligne de la thèse de l’abbé Barruel. Les historiens de la Révolution ont depuis longtemps montré que les loges de la fin de l’Ancien Régime rassemblaient des hommes d’opinions très diverses, dont nombre de nobles et d’ecclésiastiques, et qu’elles n’ont jamais agi comme un parti. Le livre relève de l’accusation, non de l’histoire.
Des sociétés secrètes aux Juifs
Ses derniers ouvrages élargissent l’accusation jusqu’à une généalogie universelle du complot. Les Sociétés secrètes, leurs crimes (1906) prétend suivre une chaîne continue depuis les initiés d’Isis jusqu’aux francs-maçons modernes, procédé typique qui transforme toute société initiatique en maillon d’une même conspiration millénaire. Les Sociétés secrètes et les Juifs (1912) achève la fusion des deux ennemis en un seul.
Dasté contribue ainsi à installer, avant 1914, le schéma du « complot judéo-maçonnique » que l’entre-deux-guerres et Vichy radicaliseront. Il collabore aussi avec la Ligue patriotique des Françaises, qui publie en 1904 son Héroïsme héréditaire des Françaises préfacé par Jules Lemaître, signe de l’ancrage de cet antimaçonnisme dans les réseaux catholiques féminins.
Rééditions et lecture historienne
Ses livres n’ont pas disparu avec lui. Marie-Antoinette et le complot maçonnique a été réédité à la fin des années 1990, et Les Sociétés secrètes, leurs crimes a connu une réédition récente. Ces reprises témoignent de la longévité d’un corpus que certains milieux continuent de présenter comme une source d’information plutôt que comme un objet d’étude.
Les historiens, de Michel Jarrige pour les organisations antimaçonniques de la Belle Époque à Emmanuel Kreis pour l’antijudéo-maçonnisme sous la IIIe République, l’étudient au contraire comme un symptôme : celui d’un catholicisme intransigeant blessé par la laïcisation, qui cherche dans le complot l’explication de sa défaite politique.
Louis Dasté a mis au service de l’antimaçonnisme une plume infatigable et un sens certain de la formule. Sa production a fourni à des générations de polémistes une histoire de France prête à l’emploi, où chaque révolution porte la signature des loges. Signer « Louange à Dieu » des livres d’accusation ne suffit pas à en faire des livres d’histoire.
Voir aussi : Maçonnerie et Révolution française, Abbé Augustin Barruel, Complot judéo-maçonnique, Associations antimaçonniques françaises (1895-1939), Presse antimaçonnique, Action française, Femmes et antimaçonnisme, Dreyfus, Alfred, Origines fantasmées.

