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Jacques Garnier, dit Garnier de Saintes (Saintes, 30 mars 1755 – noyé dans l’Ohio, aux États-Unis, en 1817 ou 1818), avocat, maire de Saintes puis député de la Charente-Inférieure à la Convention, est un montagnard radical, régicide et représentant en mission sous la Terreur. Des chronologies maçonniques lui attribuent une mesure d’interdiction des réunions maçonniques à Bordeaux en 1794. Ce point n’a pu être vérifié dans une source primaire ou universitaire indépendante : sa fiche permet surtout de rappeler que, sous la Révolution, le soupçon contre les loges est aussi venu des républicains.
Un avocat saintongeais dans la Révolution
Garnier appartient à cette bourgeoisie de robe que la Révolution porte au pouvoir. Avocat à Saintes dans les années 1780, il prend part dès 1789 aux comités locaux, en particulier à l’approvisionnement en grains, avant de devenir maire de sa ville en 1790 puis d’exercer des fonctions administratives départementales. Élu à la Convention nationale en 1792 par la Charente-Inférieure, il siège avec la Montagne et fréquente le club des Jacobins.
Lors du procès de Louis XVI, il vote la mort du roi. Il se signale par la virulence de ses propositions contre les émigrés et, en août 1793, propose de déclarer le Premier ministre britannique William Pitt « ennemi du genre humain ». Son profil est celui d’un révolutionnaire de combat, persuadé que la République doit se défendre par l’exception.
Le représentant en mission
Comme de nombreux conventionnels, Garnier est envoyé en province pour imposer l’autorité de la Convention. Au printemps 1793, il est en mission auprès de l’armée des côtes de La Rochelle, où il poursuit les suspects. Au printemps 1794, il organise le gouvernement révolutionnaire dans le Loir-et-Cher et la Sarthe, et intervient aussi à Bordeaux, où il entre en conflit avec d’autres représentants.
Les représentants en mission disposaient de pouvoirs très étendus : arrêtés de police, épuration des administrations, fermeture de sociétés jugées suspectes. C’est dans ce cadre qu’une mesure visant les assemblées maçonniques bordelaises lui est parfois imputée.
Ce qui est attesté, ce qui ne l’est pas
Le contexte général est établi ; l’acte précis attribué à Garnier ne l’est pas ici. Sous la Terreur, l’activité maçonnique s’effondre presque partout en France. Le Grand Orient de France suspend pratiquement ses travaux, de nombreux ateliers se mettent en sommeil, et des réunions qualifiées de secrètes deviennent suspectes aux yeux d’un pouvoir qui ne tolère plus d’autre sociabilité que celle des sociétés populaires. Une étude locale sur la franc-maçonnerie bordelaise mentionne ainsi l’interdiction des réunions maçonniques en l’an II au motif de leur caractère secret, sans citer l’acte ni son auteur.
L’attribution de cette interdiction à Garnier de Saintes circule dans des chronologies maçonniques en ligne, mais nous n’avons pu en vérifier ni la date exacte, ni le texte, ni la portée dans une source indépendante (archives départementales de la Gironde, édition des actes des représentants en mission, travaux universitaires sur les loges bordelaises). Elle doit donc être tenue pour plausible mais non vérifiée. Il serait inexact de faire de Garnier un théoricien antimaçonnique : aucun écrit de lui contre l’Ordre n’est connu.
Un antimaçonnisme républicain de circonstance
L’intérêt de ce cas tient au renversement qu’il opère. La tradition contre-révolutionnaire, de l’abbé Barruel à ses héritiers, a fait de la franc-maçonnerie la matrice de la Révolution. Or, sous la Terreur, ce sont des révolutionnaires qui tiennent les loges pour suspectes, parce qu’elles réunissent des nobles, des négociants, des modérés, et parce que leur secret échappe à la surveillance publique. Les loges ne pilotent pas la Révolution : elles en subissent la défiance.
Garnier poursuit après Thermidor une carrière politique au Conseil des Cinq-Cents et soutient le coup d’État du 18 fructidor an V. Proscrit comme régicide à la Restauration, il s’exile aux États-Unis en 1815, se lie aux bonapartistes de la colonie de la Vigne et de l’Olivier, puis meurt noyé avec son fils dans le naufrage d’un bateau à vapeur sur l’Ohio.
Le nom de Garnier de Saintes rappelle une vérité souvent oubliée : la franc-maçonnerie a été suspectée par la Terreur avant d’être accusée de l’avoir faite. Faute de pièce vérifiée, sa responsabilité personnelle dans l’interdiction bordelaise reste à documenter. L’histoire, ici, doit avouer ce qu’elle ne sait pas.
Voir aussi : Maçonnerie et Révolution française, Jacobinisme, Antimaçonnisme d’extrême gauche, Abbé Augustin Barruel, Secret maçonnique, Liberté de conscience, Censure.

