Bessonies, Gabriel de (antimaçonnisme)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Gabriel de Bessonies (Melun, 27 avril 1859 – Paris, 4 février 1913), prêtre du diocèse de Paris et chapelain de Notre-Dame-des-Victoires, mène une double vie d’auteur. Sous son nom, il publie des livres de piété mariale ; sous les pseudonymes de Gabriel Soulacroix ou « le Chercheur », il anime à partir de 1892 un militantisme antimaçonnique fondé sur l’enquête et la liste nominative. Son nom reste attaché à l’affaire des fiches de 1904, où il sert d’intermédiaire dans la transmission des documents qui firent tomber le ministre de la Guerre.

Un prêtre de la piété mariale

Rien, dans la carrière ecclésiastique de l’abbé de Bessonies, ne laisse deviner le polémiste. Ordonné prêtre en 1882, il est attaché au clergé parisien et devient en 1894 chapelain de la basilique Notre-Dame-des-Victoires, haut lieu de la dévotion au Cœur immaculé de Marie, fonction qu’il conserve jusqu’à sa mort. Les catalogues de la Bibliothèque nationale de France recensent une série d’ouvrages de dévotion : rosaires pour le mois de Marie ou d’octobre (1884-1885), un Chemin de la croix (1886), un Manuel des serviteurs de sainte Anne (1890), des mois de saint Joseph et du Rosaire inspirés des encycliques de Léon XIII (1891-1892), puis un livre sur Notre-Dame-des-Victoires (1909).

Cette production pieuse n’est pas étrangère à son combat. Elle s’inscrit dans un catholicisme de reconquête, où la dévotion mariale et la lutte contre la « secte » maçonnique, dénoncée par l’encyclique Humanum genus de 1884, relèvent d’une même mobilisation contre la République laïque.

Le Comité antimaçonnique de Paris

En 1892, l’abbé fonde le Comité antimaçonnique de Paris. La même année, Mgr Amand-Joseph Fava, évêque de Grenoble et pilier de l’antimaçonnisme épiscopal, lui cède la revue La Franc-maçonnerie démasquée. Sous la signature de Gabriel Soulacroix, Bessonies écrit aussi dans La Croix et Le Pèlerin, les grands titres de presse des assomptionnistes, qui donnent à ses textes une audience populaire considérable.

Sa méthode le distingue des auteurs à système. Plutôt que de bâtir une grande théorie du complot, il recherche, publie et commente des listes de personnalités présentées comme maçonniques, élus, fonctionnaires, enseignants. Une série de brochures décline le thème de l’emprise : La Franc-Maçonnerie et la France, et l’enfant, et la jeunesse, et l’armée, et Jeanne d’Arc, ou encore Ni Francs ni Maçons. La dénonciation nominative devient un instrument politique.

Au temps de l’affaire Taxil

Le militantisme de Bessonies se déploie au moment même où éclate la mystification de Léo Taxil. Entre 1885 et 1897, le faux converti avait fait croire à une partie du public catholique à l’existence d’un culte luciférien au sommet des loges, avant de révéler sa supercherie lors d’une conférence publique en avril 1897. Le ridicule frappe alors tout l’antimaçonnisme catholique.

Le recours au document, à la liste et au nom propre apparaît, dans ce contexte, comme une manière de se refaire une crédibilité : opposer des « faits » vérifiables aux fables sataniques discréditées. Mais le procédé reste celui du soupçon, puisque l’appartenance supposée à une loge suffit à rendre un homme suspect.

L’intermédiaire de l’affaire des fiches

C’est en 1904 que l’abbé joue son rôle le plus lourd de conséquences. Le ministère de la Guerre du général André faisait alors renseigner, notamment par des francs-maçons du Grand Orient de France, des fiches sur les opinions religieuses et politiques des officiers, afin d’orienter les avancements. Jean-Baptiste Bidegain, employé au secrétariat du Grand Orient, sortit ces documents, et l’abbé de Bessonies servit d’intermédiaire entre lui et le député nationaliste Jean Guyot de Villeneuve.

Le 28 octobre 1904, Guyot de Villeneuve lit des fiches à la tribune de la Chambre. Le scandale est immense : le général André démissionne en novembre et le ministère Combes tombe en janvier 1905. L’affaire est l’une des rares où l’antimaçonnisme s’appuie sur une pratique réelle et condamnable de fichage. Elle lui fournira pour longtemps un argument, souvent étendu bien au-delà de ce que les faits établissaient.

Gabriel de Bessonies meurt à Paris en 1913, à cinquante-trois ans. Prêtre dévot, publiciste anonyme, passeur de documents, il montre qu’entre la sacristie et la tribune de la Chambre, le soupçon pouvait circuler par des canaux très discrets. Il n’a pas laissé de doctrine, mais une méthode : nommer pour accuser.

Voir aussi : Fichage antimaçonnique, Affaire Léo Taxil, Diana Vaughan et le palladisme, Presse antimaçonnique, Antimaçonnisme religieux, Associations antimaçonniques françaises (1895-1939), Dénonciation, Catholicisme et franc-maçonnerie.

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