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Dernier Dracula de la Hammer avec Christopher Lee, Les Rites sataniques de Dracula (1973), sorti en France sous le titre Dracula vit toujours à Londres, transporte le vampire dans le Londres des années 1970. Un culte satanique y rassemble des hommes de pouvoir au service d’un projet d’extermination. Sans montrer la moindre Loge, le film recycle la vieille hantise d’élites secrètement liguées, matrice de bien des fantasmes antimaçonniques.
De quoi parle Les Rites sataniques de Dracula ?
Un agent des services secrets britanniques s’échappe, mourant, d’une demeure de campagne où se tiennent des cérémonies sataniques. Il a eu le temps d’identifier quatre personnalités de premier plan parmi les participants, dont un ministre. Faute de pouvoir agir officiellement contre des hommes aussi haut placés, les services font appel au professeur Lorrimer Van Helsing, joué par Peter Cushing, spécialiste de l’occulte.
L’enquête mène à un laboratoire de recherche bactériologique, puis à un promoteur immobilier invisible, D. D. Denham, retranché dans son siège social. Derrière le magnat se cache le comte, qui fait mettre au point une souche de peste capable d’anéantir l’humanité. Réalisé par Alan Gibson sur un scénario de Don Houghton, le film fait suite à Dracula 73 et clôt la longue collaboration entre Christopher Lee et la Hammer autour du personnage.
Le culte des puissants : un fantasme ancien
Le film ne nomme jamais la Franc-maçonnerie. Il figure dans la filmographie parce qu’il illustre un schéma narratif que les Maçons connaissent bien pour en avoir été la cible : celui d’une élite cooptée – ministre, savant, militaire, financier – qui se réunirait en secret pour servir une puissance maléfique et préparer la ruine du monde ordinaire.
Ce schéma a une généalogie précise. À la fin du XIXe siècle, le polémiste Léo Taxil inventa de toutes pièces un « palladisme », prétendu culte luciférien caché au sommet de la Franc-maçonnerie, avant d’avouer publiquement sa mystification en 1897. Ses récits de messes noires et de dignitaires possédés ont pourtant continué de circuler. Le film de la Hammer, sans viser personne, puise dans ce répertoire : l’homme de pouvoir agenouillé devant l’autel noir est une image de pure fiction, mais elle a servi ailleurs d’arme de propagande.
Il faut aussi relever ce que le film dit de son époque. En 1973, Dracula n’a plus besoin d’un château : il possède une société, des bureaux, des relais dans l’administration. Le mal s’est fait organisation, et c’est cette modernisation du vampire qui intéresse le plus aujourd’hui.
Apocalypse et volonté de puissance
Le projet du comte – répandre une peste universelle – fait de lui une figure d’apocalypse. Il ne cherche plus à séduire ou à se nourrir, mais à en finir. Le culte qu’il manipule obéit sans comprendre : ses membres croient acheter la puissance, ils ne font que servir un dessein qui les dépasse et les détruira avec les autres.
Le contraste est éclairant pour un lecteur maçon. Une fraternité initiatique digne de ce nom se fonde sur la liberté de conscience et sur la construction ; le cercle du film repose sur la soumission et la destruction. C’est la même forme – réunion close, rites, hiérarchie – mise au service d’une fin opposée, ce qui montre qu’on ne juge pas une société à ses portes fermées, mais à ce qu’elle produit.
Fiche technique
- Titre original : The Satanic Rites of Dracula
- Titre de sortie en France : Dracula vit toujours à Londres
- Année : 1973
- Pays : Royaume-Uni
- Réalisation : Alan Gibson
- Scénario : Don Houghton
- Production : Roy Skeggs (Hammer Films)
- Interprètes : Christopher Lee, Peter Cushing, Michael Coles, William Franklyn, Joanna Lumley, Freddie Jones, Richard Vernon
- Genre : Fantastique, épouvante
Voir aussi dans le glossaire : Satanisme, Élites, Forces Occultes, Complot.
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