Une messe pour Dracula (Film)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Produit par la Hammer en 1970, Une messe pour Dracula met en scène trois notables victoriens qui, sous couvert d’œuvre charitable, cherchent dans un rite interdit le frisson que leur vie respectable ne leur donne plus. Le film ne montre aucune Loge, mais il dessine le portrait d’une confrérie de façade et d’une cérémonie dévoyée. Pour le lecteur maçon, il éclaire par contraste ce qui sépare un rituel qui élève d’un rite qui avilit.

De quoi parle Une messe pour Dracula ?

Angleterre, fin du XIXe siècle. William Hargood, Samuel Paxton et Jonathon Secker, trois pères de famille irréprochables en apparence, se retrouvent régulièrement au nom d’une prétendue société de bienfaisance qui leur sert surtout d’alibi pour fréquenter les maisons closes. Lassés de ces plaisirs, ils se laissent séduire par Lord Courtley, jeune aristocrate déshérité pour avoir célébré une messe noire, qui leur promet une expérience inoubliable.

Courtley leur fait acheter des reliques de Dracula, sa cape, sa bague et un peu de son sang séché, puis les entraîne dans une église désaffectée pour une cérémonie nocturne. Ce qui s’y passe réveille le comte, qui entreprend de se venger en retournant contre les trois hommes leurs propres enfants. Réalisé par Peter Sasdy sur un scénario d’Anthony Hinds, le film offre à Christopher Lee sa quatrième apparition dans la cape du vampire pour la Hammer.

Une confrérie de façade, pas une Loge

Il faut le dire nettement : Une messe pour Dracula ne parle pas de Franc-maçonnerie. Aucun signe, aucun tablier, aucune Loge n’apparaît à l’écran. Le film figure dans la filmographie du thème parce qu’il exploite un motif voisin et souvent confondu avec elle : celui du cercle de gentlemen qui se réunit à huis clos, se donne une respectabilité de façade et cache derrière ses portes des pratiques inavouables.

Ce motif a une histoire réelle. Au XVIIIe siècle, des « Hellfire Clubs » aristocratiques cultivèrent la provocation blasphématoire, et le duc de Wharton, fondateur de l’un d’eux en 1719, fut ensuite Grand Maître de la première Grande Loge de Londres en 1722-1723. Ce croisement de personnes a nourri bien des amalgames, alors que ces clubs de débauche n’avaient rien de commun avec le travail des Loges. La fiction de la Hammer hérite de cette confusion sans la commenter : la messe noire y est un simple ressort d’épouvante, non une accusation portée contre les Maçons.

Le film touche juste, en revanche, sur l’hypocrisie d’une société qui sépare la façade de la conduite. Le vrai scandale n’est pas le secret de la réunion, mais l’usage qu’en font ces hommes pour se soustraire à leur propre morale.

Le rite inversé

Lue avec des yeux de Maçon, la scène de l’église abandonnée est une initiation à rebours. Il y a un lieu consacré mais profané, un officiant, des participants qui hésitent, un breuvage, un serment implicite. Mais là où l’initiation demande de dépouiller le vieil homme pour s’ouvrir à la lumière, Courtley propose d’absorber les ténèbres pour en tirer un pouvoir. Le rite ne transforme pas : il possède.

La suite du récit tire la leçon de cette inversion. Ceux qui ont joué avec l’interdit pour tromper leur ennui voient se lever contre eux la génération suivante. Le film rappelle ainsi qu’un rite n’est jamais neutre : il engage ceux qui y participent, et la manière dont on transmet, ou dont on trahit, finit toujours par atteindre les enfants.

Fiche technique

  • Titre original : Taste the Blood of Dracula
  • Année : 1970
  • Pays : Royaume-Uni
  • Réalisation : Peter Sasdy
  • Scénario : Anthony Hinds (crédité sous le pseudonyme de John Elder)
  • Production : Aida Young (Hammer Films)
  • Interprètes : Christopher Lee, Geoffrey Keen, Linda Hayden, Peter Sallis, John Carson, Ralph Bates, Anthony Corlan
  • Durée : 1 h 31 à 1 h 35 selon les versions
  • Genre : Fantastique, épouvante

Voir aussi dans le glossaire : Accusation de satanisme, Satanisme, Fraternité défigurée.

Pour aller plus loin sur 450.fm

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