Rosemary’s Baby (Film)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Chef-d’œuvre de Roman Polanski d’après le roman d’Ira Levin, Rosemary’s Baby (1968) enferme une jeune femme enceinte dans un immeuble new-yorkais où ses voisins semblent conspirer autour d’elle. Le film ne parle pas de Franc-maçonnerie, mais d’un cercle sataniste discret et bienveillant en apparence. Il éclaire la mécanique de la paranoïa et le fantasme du voisin initié, si souvent projeté sur les loges.

De quoi parle Rosemary’s Baby ?

Rosemary et Guy Woodhouse, jeune couple, emménagent au Bramford, vieil immeuble gothique de Manhattan à la réputation sinistre. Leurs voisins, Minnie et Roman Castevet, couple âgé, envahissant et chaleureux, se prennent d’affection pour eux. Guy, acteur en mal de rôles, voit soudain sa carrière décoller ; Rosemary tombe enceinte. Commence alors une grossesse douloureuse, entourée de prévenances qui ressemblent de plus en plus à une surveillance.

Premier film américain de Polanski, produit par William Castle, Rosemary’s Baby réunit Mia Farrow, John Cassavetes, Ruth Gordon, Sidney Blackmer et Ralph Bellamy. Ruth Gordon y a reçu l’Oscar du meilleur second rôle féminin, et le film est entré en 2014 au National Film Registry américain. Les extérieurs ont été tournés devant le Dakota, l’immeuble qui avait servi de modèle à Levin.

Un cercle sataniste, pas une loge

Le secret du film appartient au registre de la sorcellerie et du satanisme, non à celui de la Franc-maçonnerie. Ce qui intéresse le lecteur maçon, c’est la forme que prend ce secret : un réseau de personnes ordinaires, âgées, polies, insérées dans la vie sociale, qui se connaissent, s’entraident et se réunissent à huis clos. Rosemary ne voit jamais de cérémonie au grand jour ; elle déduit, recoupe, soupçonne, et le spectateur avec elle.

Ce schéma est exactement celui que l’accusation de satanisme a appliqué aux loges depuis la fin du XIXᵉ siècle, notamment avec les mystifications de Léo Taxil. Le film n’y fait pas allusion, mais il montre de l’intérieur comment naît la conviction d’un complot : par l’accumulation de signes ambigus et l’isolement de celle qui les lit.

Lecture symbolique : la dépossession

La grande force de Polanski est de ne jamais trancher trop tôt entre complot réel et délire. Rosemary est dépossédée de son corps, de ses choix médicaux, de sa parole, et chacun de ses doutes est retourné contre elle. Le film devient ainsi une méditation sur l’emprise, que l’on peut opposer terme à terme à l’initiation véritable : celle-ci requiert un consentement libre et éclairé, celle-là s’impose dans le dos de la personne.

On notera aussi le motif de l’anagramme et du nom caché, qui joue un rôle dans l’enquête de Rosemary : le secret y est une langue codée qu’il faut apprendre à lire, comme dans tant de récits initiatiques, mais retournée ici contre celle qui cherche.

Postérité

Le roman d’Ira Levin (1967, Un bébé pour Rosemary en français) a connu une suite télévisée en 1976, une minisérie en 2014 avec Zoe Saldaña et une préquelle, Apartment 7A, en 2024. Levin est aussi l’auteur des Femmes de Stepford, autre fable sur un cercle qui conspire autour d’une femme.

Fiche technique

  • Titre original : Rosemary’s Baby
  • Année : 1968
  • Pays : États-Unis
  • Réalisation : Roman Polanski
  • Scénario : Roman Polanski, d’après le roman d’Ira Levin
  • Interprètes : Mia Farrow, John Cassavetes, Ruth Gordon, Sidney Blackmer, Ralph Bellamy
  • Durée : 2 h 17
  • Genre : Horreur, thriller psychologique

Voir aussi dans le glossaire : Accusation de satanisme, Satanisme, Secte.

Pour aller plus loin sur 450.fm

Glossaire de la franc-maçonnerie

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